Ainsi quiconque veut ataquer les Turcs, doit s'atendre à les trouver unis, et plus espérer de ses propres forces que de leurs désordres. Mais si une fois ils étoient si bien défaits dans une bataille, qu'ils ne pussent remétre une armée sur pié, il n'y auroit plus rien à craindre que du coté de la famille du Prince, qu'il faudroit exterminer (Ivi). [Cela s'appel parler en grandt homme, et ie m'i suscris à son sentiment. — Cela n'arrivera pas aysement. — Je doutte si l'empire du monde vaut un tel prix.]

Il en est tout autrement des Etats gouvernés comme la France. [Cela est changée.] Il est aisé d'y entrer, en gagnant quelque Grand du Roiaume, parce qu'il se trouve toujours des mécontens et des broüillons. Ceux-la, dis-je, pour les raisons aléguées, te peuvent bien fraier le chemins à cet Etat, et t'en faciliter la conquête, mais tu trouves mille dificultés à le conserver (Ivi). [Je tiens la France ayse à conquerir et pas difficile à conserver, n'en depaise a gran politique.]

Il ne te sufit pas d'exterminer la race du Prince, parce que les Grans qui restent se font chefs de parti; [Ce seroit un grandt ouvrage.] et faute de les pouvoir contenter ou exterminer tous, tu perds cet Etat à la première occasion (Ivi). [L'un et l'austre sont impraticables.]

Pour les Etats gouvernés comme la France, il est impossible de les posseder si paisiblement. Têmoin les fréquentes revoltes des Espagnes, des Gaules et de la Gréce contre les Romains, qui venoient toutes de ce qu il y avoit quantités des Principautés dans ces Etats (Ivi). [Qui voudroit establir sa demeure en France apres l'avoir conquis, en viendroit aisement à bout.]

Tout cela bien considéré, l'on ne s'étonnera point de la facilité qu'eut Aléxandre à conserver l'Asie (Ivi). [On fai icy tort a nostre Alexandre.]

Si l'Etat conquis est acoutumé à la liberté et à ses loix, il y a trois moiens de la conserver. Le premier est de le ruiner. Le second, d'y aler demeurer. Le troisième, de lui laisser ses propres loix, à condition de paier un tribut (Chap. V). [Tout ces maximes ne sont pas infalibles.]

Le meilleur moien de conserver celles[816] qu'on a conquises est de les ruiner, etc. (Ivi). [C'est le pire et le plus cruel.]

Quand ce sont des Villes ou des Provinces acoutumées à vivre sous un Prince, et qu'il ne reste plus personne de son sang, comme d'un coté elles sont faites à obéir, et que de l'autre la maison de l'ancien Prince est éteinte, elles ne s'acordent pas entre elles à en faire un autre (Ivi). [Les nations acoutusmes à la monarchie ne peuve s'accommoder d'austre forme de gouvernement.]

Les Républiques ont plus de vie..., et le souvenir de l'ancienne liberté n'y sauroit mourir (Ivi). [Tout meurt en ce monde.]

Comme l'on ne peut pas tenir entiérement la même route, ni même ariver toujours à la perfection de ceux, que l'on imite, l'homme prudent doit toujours suivre les traces des plus excellents personages, afin que s'il ne les égale pas, ses actions aient du moins quelque ressemblance aux leurs, [La lesson est tres bonne.] faisant comme les bons tireurs, qui trouvant que le but est trop éloigné, et connoissant la vraie portée de leur arc, visent beaucoup plus haut, que n'est le but,... pour pouvoir frapper au but en le mirant ainsi. [Belle comparaison.] Je dis donc que le principautés nouvelles, et qui ont un nouveau Prince, sont plus ou moins dificiles à conserver, selon que ce Prince est plus ou moins habile. Or comme de particulier d'être devenu Prince, c'est une marque de valeur ou de bonheur, il semble, que l'un ou l'autre aide à surmonter beaucoup de dificultés (Chap. VI). [C'est en quoi consiste tout. — Pas tousiour. — C'est quelque fois le plus grandes malheurs.]