«Le souvenir de cette apparition, de cette parole,» ajoutait-il, «me demeure présent comme s'il datait d'hier.»
Les rares survivants, Messieurs, qui à cette heure décisive aperçurent Charles-Albert, rediraient, si on les questionnait, ce qu'a dit mon noble ami de la tristesse du roi. Car les pressentiments ne trompent pas; ne sont-ils pas les prophéties du cœur?
Plus promptement encore que le roi ne l'avait imaginé, la révolution faisait son œuvre.
À Paris, elle balayait un trône. Elle éclatait à Vienne, où elle balayait le prince de Metternich, en pleine conviction de son infaillibilité.
Il ne fallait cependant chercher ni à Paris, ni à Turin, ni à Vienne, le point aigu de la situation: par la force des circonstances, il était à Milan.
Je n'ai pas à vous rappeler la lutte héroïque des Milanais, en 1848.
Je n'ai pas à vous rappeler davantage le mot prêté au maréchal Radetzky «qu'une saignée de trois jours assurerait une paix de trois siècles à l'Italie.»
Cette paix ne pouvait être qu'une guerre à outrance. Elle allait soudainement révéler à l'Europe une solidarité qui, surmontant tous les obstacles, devait vous donner un jour, Messieurs, la Patrie Italienne!
Quelle force unifiante dans l'idée monarchique, quelle puissance dans ce mot de Patrie!
Le roi, pour un pays, est comme une clé de voûte.