Voilà dans quelles angoisses s'abîme, sous quels écrasements succombe, aux pieds de son crucifix, ce roi absolu qui, lui aussi, a des sueurs de sang!

Mais enfin, vient l'heure où la fatalité a raison de ses hésitations.

Vous le savez, les espérances éveillées deviennent des droits, et la foule bientôt acclame, non plus comme octroyée, mais comme conquise, cette constitution qui servit, si je puis ainsi dire, de transition, entre le calme prologue et le douloureux épilogue du règne de Charles-Albert.

Et à propos de cette constitution, laissez-moi vous raconter un fait par lui-même insignifiant, mais qui cependant prouve qu'en histoire, les petites choses servent parfois à éclairer les grandes.

Quelques jours avant de quitter Paris, je causais avec ce soldat, à la bravoure duquel, à Castelfidardo comme à Mentana, l'Italie a rendu hommage; je causais avec le général Charette de l'honneur qui m'attendait ici.

Et lui, évoquant les lointains souvenirs de sa jeunesse, me raconta qu'en 1848, il était élève à l'école militaire de Turin.

Grandes étaient pour l'enfant les bontés de Charles-Albert, car vous le savez, Charette est le petit-fils du duc de Berry.

Or donc, comme tous ses camarades, à qui la proclamation du Statuto donnait une journée de liberté, le futur papalin acclamait la liberté de tout son cœur; à 18 ans, on aime l'amour pour l'amour, l'enthousiasme pour l'enthousiasme, et le Statuto par dessus le marché. Charette allait donc, faisant retentir la Via Dora Grossa de ses cris patriotiques lorsque passe un escadron de carabiniers, et qu'une main touche l'enfant à l'épaule.

Il se retourne. C'est le roi. Le roi qui passe morne, triste, qui, de sa voix grave dit à l'enfant: «Ne crie donc pas si fort.»

«Sans doute,» disait Charette, «Charles-Albert avait deviné les blasphèmes du Vendredi Saint par delà les acclamations du dimanche des Rameaux!