Peut-être l'assainira-t-il, ce pays, par le don de cette constitution qui apparaît à quelques uns comme un moyen de régénération?
Le penchant du roi l'y porte, car opprimé lui-même si longtemps, il sympathise avec tous les opprimés; il lui semble qu'affranchir un peuple soit équitable.
Mais il se demande si cette liberté amènera la justice qu'il rêve.
Qu'ont gagné à la liberté les nations qui l'ont conquise, sinon des vices et des souffrances de plus?
Tyrannie des forts, écrasement des faibles, voilà le spectacle que lui offre l'histoire depuis le commencement du monde, sans que les révolutions y aient rien changé.
Existe-t-il réellement un remède aux maux de l'humanité, et n'y a-t-il pas en elle la même inaptitude au bonheur que le roi constate en lui même?
Doutes, anxiétés, hésitations le brisent.
Tantôt, il se reproche d'être tyrannique, tantôt d'être faible.
Tantôt, il veut donner; tantôt, il croit devoir reprendre. Plein de pitié pour le mal d'autrui, il veut trancher dans le vif pour guérir; puis, il recule, de peur de tout compromettre. Sa pensée n'est qu'un tissu de courts espoirs, de longues angoisses, de perpétuelles inquiétudes.
Sa vue se trouble, et par un étrange phénomène psychologique, son amour pour ses peuples, son enthousiasme pour leur affranchissement, devient, Sieurs, l'asservissement de sa vie.