C'était une déclaration de guerre jetée à l'Autriche par tout un peuple dont le roi, à cette heure, se faisait le héraut d'armes.
Le lendemain, l'Italie lisait ce que ses peuples n'avaient pu entendre la veille.
«Nos armes vous apporteront l'aide que le frère doit au frère, que l'ami doit à l'ami,» disait le roi dans son immortelle proclamation.
«Nous vous seconderons, espérant en Dieu qui a donné Pie IX à l'Italie....»
Et la patrie italienne s'était dès lors faite chair en lui. C'était la patrie que le petit soldat, gai et alerte, allait voir passer aux jours de victoire ou de défaite, dans ce roi pareil à un fantôme, qui toujours, chevauchait vers l'endroit où la fusillade était la plus nourrie, où le danger était le plus grand.
«Son visage décharné, son air malade, presque mourant avec un regard de feu,» écrivait Minghetti à Pasolini, «sa tristesse qui semble repousser jusqu'à l'apparence d'un sourire, ont sur ses troupes une influence magnétique.»
De ce visage rayonnait en effet, en même temps, une vaillance de race et une foi mystique dans la mission à accomplir!
Charles-Albert se regardait comme l'instrument de la Providence, il était sûr de vivre, tant que la Providence aurait besoin de lui. De là, cette même impassibilité, et sous les fleurs, et sous les balles, et devant les acclamations qui saluaient son entrée en Lombardie, et devant les insultes qui furent, après Milan, la dernière escorte du vaincu.
Il marchait, si sûr de sa mission, qu'il attribuait à d'obscures hallucinées, les visions de Catherine de Sienne, la grande libératrice.
Ici, permettez-moi encore un souvenir personnel.