Quant au roi, rien ne pouvait plus l'atteindre en fait d'amertumes, de déboires, de déceptions, de sacrifices.
Comme le Taciturne, il semblait dire:
Pas n'a été besoin d'espérer pour entreprendre;
Pas n'est besoin de réussir pour persévérer.
Transportez-vous dans cette salle du Palais de Turin, où s'achèvent en hâte les derniers préparatifs du départ. Le roi, plus pâle, plus défait que jamais, donne ses derniers ordres.
A côté de lui, la reine. Cette reine qu'il a épousée sans amour et qu'il ne paraît pas voir, hasarde en tremblant la terrible question:
« Quando ci rivedremo, Carlo? »
Et lui de répondre: « Forse mai. »
Dans ce jamais est toute la fatalité de la situation. Le mot sonne comme un glas. Le roi, en effet, sait bien qu'il part, non pour vaincre, mais pour mourir.
Impénétrable, impassible comme toujours, il suit la route funèbre: on le dirait déjà raidi par la mort.