La nuit qui précède la bataille, il a toutes les visions sinistres du moribond. Il en a les mouvements convulsifs, les soubresauts, les effrois. On dirait qu'il voit des spectres.

Cette fois la campagne fut courte. L'armistice était dénoncé le 14 mars 1849. Le 23, l'armée Piémontaise était vaincue à Novare. Et le soir même, Charles-Albert, entouré de ses fils et de son état-major, abdiquait.

Dans une des salles du palais Bellini, à Novare, le roi est adossé à la cheminée.

Le duc de Gênes et le duc de Savoie se tiennent à ses côtés. Les généraux font cercle devant lui. Charles-Albert demande s'il est possible de faire une trouée sur Verceil ou sur Alexandrie.

«Non.»

Alors, il se fait un grand silence dans cette pièce où se joue un des drames les plus poignants de ce siècle. Et ces soldats se sentent pénétrés pour leur maître d'une infinie compassion.

Charles-Albert seul reste impassible.

Il reprend de sa voix lente et grave:

«Rien jusqu'ici, ne m'a coûté pour le bonheur du Piémont et de l'Italie. Je me sens maintenant un obstacle à ce bonheur. Pour que cet obstacle disparût, j'ai toute la journée cherché une balle sans la rencontrer. Il me reste l'abdication.»

On se jette sur les mains du roi. On le conjure de renoncer à un projet si funeste. Mais lui reprend: