Le roi mourant refusait la statue que l'Italie en deuil voulait lui élever.

Le Tasse mourant refusait, lui aussi, les honneurs du Capitole.

«C'est un cercueil qu'il me faut,» disait-il, «et non un char de triomphe. Si vous me réservez une couronne, gardez-la pour orner ma tombe.»

Le Tasse mourut pendant qu'on préparait la couronne de lauriers, et la couronne fut déposée sur son cercueil.

C'est de même sur le tombeau de Superga que vous avez déposé la couronne d'Italie.

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Messieurs, combien différente de votre souriant pays est cette rude Savoie, que j'ai traversée naguère pour venir jusqu'à vous. On dirait cette région hérissée de forêts, creusée de précipices qui, dans les visions de votre poète défendait les jardins d'Armide. Et voilà que, visionnaire à mon tour, il me semblait qu'un souffle faisait frémir les grands arbres, qu'un écho se répercutait aux rochers, que les torrents murmuraient des mots vagues. Il me semblait que des entrailles mêmes du sol, s'échappaient des voix lointaines. Tout cela parlait une langue que j'avais jadis entendue. C'était la langue des ancêtres; oui, c'était la langue qu'avaient parlée pendant huit cents ans, de l'autre côté des Alpes, les serviteurs et les soldats de la maison de Savoie. Mon cœur frissonnait à ces accents que je pourrais dire d'outre-tombe, et cependant j'admirais, en revoyant, comme un nid abandonné, ce château de Charbonnières qui fut le berceau de votre race royale, j'admirais la destinée des aigles qui s'en étaient envolés. Dieu, jadis, nous les avait donnés pour maîtres et pour amis, vous les avez choisis pour rois, ces princes, tour à tour politiques raffinés et soldats héroïques. Leur mission historique est aujourd'hui accomplie.

Qu'importent, après la victoire, les péripéties, les angoisses de la lutte? Quel est le champ de bataille qui ne soit jonché de morts?

Arrière donc les douloureux souvenirs et « Sempre avanti Savoja

SILVIO PELLICO