Grandes étaient pour l'enfant les bontés de Charles-Albert, car vous le savez, Charette est le petit-fils du duc de Berry.
Or donc, comme tous ses camarades, à qui la proclamation du Statuto donnait une journée de liberté, le futur papalin acclamait la liberté de tout son cœur; à 18 ans, on aime l'amour pour l'amour, l'enthousiasme pour l'enthousiasme, et le Statuto par dessus le marché. Charette allait donc, faisant retentir la Via Dora Grossa de ses cris patriotiques lorsque passe un escadron de carabiniers, et qu'une main touche l'enfant à l'épaule.
Il se retourne. C'est le roi. Le roi qui passe morne, triste, qui, de sa voix grave dit à l'enfant: «Ne crie donc pas si fort.»
«Sans doute,» disait Charette, «Charles-Albert avait deviné les blasphèmes du Vendredi Saint par delà les acclamations du dimanche des Rameaux!
«Le souvenir de cette apparition, de cette parole,» ajoutait-il, «me demeure présent comme s'il datait d'hier.»
Les rares survivants, Messieurs, qui à cette heure décisive aperçurent Charles-Albert, rediraient, si on les questionnait, ce qu'a dit mon noble ami de la tristesse du roi. Car les pressentiments ne trompent pas; ne sont-ils pas les prophéties du cœur?
Plus promptement encore que le roi ne l'avait imaginé, la révolution faisait son œuvre.
À Paris, elle balayait un trône. Elle éclatait à Vienne, où elle balayait le prince de Metternich, en pleine conviction de son infaillibilité.
Il ne fallait cependant chercher ni à Paris, ni à Turin, ni à Vienne, le point aigu de la situation: par la force des circonstances, il était à Milan.
Je n'ai pas à vous rappeler la lutte héroïque des Milanais, en 1848.