Je n'ai pas à vous rappeler davantage le mot prêté au maréchal Radetzky «qu'une saignée de trois jours assurerait une paix de trois siècles à l'Italie.»
Cette paix ne pouvait être qu'une guerre à outrance. Elle allait soudainement révéler à l'Europe une solidarité qui, surmontant tous les obstacles, devait vous donner un jour, Messieurs, la Patrie Italienne!
Quelle force unifiante dans l'idée monarchique, quelle puissance dans ce mot de Patrie!
Le roi, pour un pays, est comme une clé de voûte.
Les Italiens, alors, pouvaient ne pas aimer la personnalité de Charles-Albert, mais ils avaient foi dans le principe qu'il incarnait.
Ce prince représentait l'affranchissement et l'autonomie d'une Italie, capable de vivre de sa propre vie et de se gouverner elle-même. Roi et peuple s'appelaient, devinant qu'un glorieux avenir couronnerait leur commun effort.
Dans ses longues heures de solitude et de méditation, Charles-Albert si hésitant d'ordinaire, s'était fait une inébranlable certitude de cet avenir et sa foi religieuse, plus impérieuse encore, si je puis ainsi dire, que sa foi politique, le jetait dans l'action.
«L'homme qui n'est pas ton frère ne doit pas régner sur toi»; tel était le verset biblique qui hantait sa pensée, et sans cesse passait devant ses yeux, éblouissant comme l'éclair.
Toute sa vie le roi avait entendu, — pardonnez-moi d'employer ici encore une image, — toute sa vie le roi avait entendu un duo chanté par deux voix discordantes qui, tour à tour, s'élevaient des profondeurs de son âme, et voilà que, tout à coup, elles s'accordaient dans le splendide unisson du cri de guerre qui retentissait d'un bout à l'autre de votre pays.
Arrière les scrupules! Qui du droit ou de la force l'emportera dans ce champ clos où ils vont se mesurer? Peu importe!