La couronne de Charles-Albert ne fut plus qu'une couronne d'épines quand il eut repassé le Tessin.

Il retrouvait son royaume en pleine anarchie, comme du reste l'était toute l'Europe.

Le ministère Gioberti y avait déchaîné toutes les passions, ou plutôt toutes les incohérences. Il ne restait au roi qu'un parti à prendre, celui de la folie; folie sublime qui, seule, pouvait ramener l'union et la concorde dans les esprits troublés. On venait d'être battu par Radetzky. On résolut de recommencer la lutte. Cette fois, il n'était plus question d'arracher à l'Autriche la Lombardie, le Quadrilatère et Venise. Il s'agissait de l'honneur. Il s'agissait de ramener les cœurs et les esprits à des passions plus hautes que celles de la politique de parti.

En effet, Messieurs, il n'est rien en ce monde pour parler un plus haut langage à une nation qu'un champ de bataille. Et il n'est pas de nation pour mieux comprendre ce langage que la vôtre.

Quant au roi, rien ne pouvait plus l'atteindre en fait d'amertumes, de déboires, de déceptions, de sacrifices.

Comme le Taciturne, il semblait dire:

Pas n'a été besoin d'espérer pour entreprendre;

Pas n'est besoin de réussir pour persévérer.

Transportez-vous dans cette salle du Palais de Turin, où s'achèvent en hâte les derniers préparatifs du départ. Le roi, plus pâle, plus défait que jamais, donne ses derniers ordres.

A côté de lui, la reine. Cette reine qu'il a épousée sans amour et qu'il ne paraît pas voir, hasarde en tremblant la terrible question: