O anima lombarda,
Come ti stavi altera e disdegnosa.
L'âme d'un peuple n'a pas d'âge. Rien ne vieillit en elle. Si elle apparaît, à travers les siècles, avec les mêmes rayonnements, elle apparaît aussi avec les mêmes ombres. Et quand le génie ou la douleur la touchent, elle fait éternellement entendre le même cri sublime ou désolé.
L'église de Santa Croce qui s'élève là, près de nous, n'est-elle pas à la fois le Panthéon de votre génie et de vos douleurs?
Si Charles-Albert n'a pas eu la prodigieuse grandeur de ceux qui reposent à Santa Croce, comme eux il a connu les douleurs messianiques, si je puis ainsi dire.
À ce Messie de l'indépendance italienne, il fallait un Calvaire, et la croix lui est apparue l'instrument de sa mission. Charles-Albert souffrit des élancements du passé et des angoisses de l'avenir. Il n'ignora ni l'ingratitude, ni le doute, ni l'abandon. Il fut déchiré par tous les espoirs trompés, abreuvé de toutes les amertumes de la défaite, et torturé jusqu'à son heure dernière par ce mal royal que j'appellerai, oh! non pas, Messieurs, le mal du pays, mais le mal de la patrie.
La douleur, l'éternelle douleur, voilà le secret du roi. Terrible secret, qui est celui de toutes les vies inexpliquées.
Et, sur ce point, je ne redoute aucune contradiction. Leopardi a, dès longtemps, trouvé ce mot de toute énigme humaine:
Arcano è tutto fuor che il dolor nostro!