132. Е. М. Мухиной

Псков, 27.10.1906

Се 27 octobre 1906

Pscow

Après une nuit très tourmentée, dans le désespoir d'une vilaine chambre d'hôtel quel bienfait, oh ma blanche consolatrice, que quelque pages de Vous en ces chers caractères romains si... effacés... si lointains...

Toute la journée à ma triste besogne je ne pensais qu'à Vous écrire. Il fait déjà sombre, mais mon premier moment libre Vous appartient.

Changeons de décor, voulez-vous? Abolissons le mien -- ces abominables lits d'auberge, le tas de pommes sous ma table... et la moisissure de ce mur qui me barre la vue et qui m'enlève les yeux enrhumés de ce vieil ivrogne que les grecs ont si délicatement surnommé Ouranos (Ciel). Abolissons même le Votre si élégant... Bast... je brise ce cadre, si charmeur pourtant. Il n'y a ni vous, ni moi... Il y a la mer... Noire pour être d'azur et légèrement duvetée d'écume... Il y a le soleil si définitivement, si grossièrement rond, fatigué, rougeâtre, presque bronzé tout près de l'horizon -- la journée a été tropicale... Voyez-vous encore se dessiner là-haut ce pâle substitut du souverain agonisant, cette lune si jaune et si vaguement ronde -- on dirait une tranche de melon sur une assiette devenue bleue pour être trop abondamment lavée... Et encore ce tas de bâtiments -- palais, masures, églises et prisons -- mais qui sont pour le moment tous -- cachots fraîchement blanchis à la chaux, mornes et aveugles et dardant leurs prunelles étrangement dilatées vers le ciel mourant -- spectre effrayé par un autre...

Au balcon il y a un malade et il se laisse doucement bercer par la fraîche harmonie du soir... Oh... Il la voudrait... oui... se laisser bercer... Mais il y a un regret et il y a un reproche qui ne veulent pas de repos... Et ils n'obéissent pas ces vilaines bêtes au rythme de tout ce qui meurt si splendidement et qui se tait en mourant... Mais ils font des grimaces et n'osant pas crier ils s'amusent à donner des piqûres au coeur du convalescent... et il dit lui-même pour ces vilaines bêtes... "Le rêve n'a rien à évoquer... rien à évoquer..."

I. A.

27 октября 1906