En 1843, Bakounine, poursuivi par les réactionnaires suisses et dénoncé par eux au gouvernement russe, reçut la sommation de rentrer en Russie. Il refusa d'y obtempérer et passa à Paris. En 1847, dans un discours qu'il prononça à l'occasion de l'anniversaire de la révolution polonaise, il tendit une main amie aux Polonais. On l'expulsa pour ce fait de la France.

Après la révolution de février, le vieux monde chancela, l'Allemagne, les Slaves s'agitèrent. Bakounine se rendit à Prague et représenta l'idée républicaine au congrès slave. Son influence sur le peuple à Prague, au dire des Bohèmes eux-mêmes, ne peut être' comparée qu'à l'influence de Hecker sur les Allemands.

La révolution allemande comprimée en Autriche, à Bade, en Prusse, fit un effort suprême en Saxe. Dresde osa lever la tête, lorsque Vienne et. Berlin écrasés par les soldats se renfermaient dans un désespoir triste et morne. Bakounine fut à la tête de ce mouvement, il présida les réunions et dirigea la défense de la ville.

Après la prise de Dresde, il tomba dans les mains de ses ennemis. On le traduisit devant une Haute Cour de Saxe qui le condamna à la peine capitale. Le très-pieux roi de Saxe, par horreur du sang, commua cette peine en celle de la détention perpétuelle. Mais l'Autriche voulut aussi avoir sa part à l'exécution d'un martyr de la cause slave. La Saxe livra Bakounine;, on le transporta, les fers aux pieds, à Gradschine, forteresse près de Prague, où l'on ouvrit une enquête.

Manie indigne d'un gouvernement d'aller glaner après les bourreaux d'un autre pays et achever les victimes.

De Gradschine on envoya Bakounine à Olmütz. On prétend qu'il va être livré à la Russie…

Qu'il aille donc dans les neiges de la Sibérie, presser la main de ces vieillards glorieux, exilés en 1826, qu'il aille, suivi de nos vœux, dans ce grand cimetière russe où reposent tant de martyrs de notre cause.

Bakounine, succombant à la fois avec la révolution allemande et allant en Sibérie pour l'Allemagne, la veille peut-être d'une guerre avec la Russie, servira de gage et de preuve de cette sympathie qui existe entre les peuples de l'Occident et la minorité révolutionnaire en Russie.

Les travaux littéraires de M. Ivan Golovine ont été également appréciés en France,en Allemagne, en Angleterre. Depuis la publication de «La Russie sous Nicolas Ier», en 1845, jusqu'à celle des «Mémoires d'un prêtre russe», en 1849, l'auteur n'a pas discontinué sa guerre contre le despotisme de Pétersbourg. Il dévoile ce que le gouvernement russe cherche soigneusement à cacher, il raconte en Europe ce qu'on tait en Russie. Il faut connaître quelle crainte le gouvernement russe a de l'opinion publique en Europe, devant laquelle il tremble comme le parvenu devant l'opinion d'un salon aristocratique, pour comprendre toute la portée des écrits de M. Golovine.

Expulsé de Paris, après le 13 juillet 1849, il poursuivit son activité en Suisse, en Angleterre, en Italie, vouant à la risée publique la camarilla de Pétersbourg qui bondit d'indignation, habituée qu'elle est aux saluts et prosternations. Il dénonce l'étroite politique, l'administration dépravée de la Russie, les hommes arriérés et médiocres qui meuvent cet immense, levier commençant au palais d'Hiver et finissant à Kamtschatka, il montre avec pitié au gouvernement rétrograde de la république française son idéal du Pouvoir fort, lui faisant honte de se mettre à la remorque de l'absolutisme moscovite.