153. Г. ГЕРВЕГУ
7 февраля (26 января) 1850 г. Париж.
Le 7 février. Paris.
Votre lettre du 4, cher Georges, efface la précédente, et je von assure que je ne cherche rien qu'à faire arrêter non seulement la correspondance "entredévorante", mais d'oublier les mots, d'extirper les souvenirs. -- Je sais très bien mes défauts, je suis très peu tolérant et peut-êtrе trop brusque dans la manière de m'exprimer -- mais la source n'est jamais ni un caprice, ni une irascibilité subjective. Ne vous ai-je pas écrit encore avant l'arrivée de N -- que je ne demande que de brûler les lettres? Et pour-tant je sens au fond de mon âme que cette avalanche devait se développer -- le fardeau était pénible à porter, à rouler de Paris à Zur, de Zur à P -- mais soyez profond et consciencieux, tout cela avait un sens.
Je n'ai jamais désespéré de vous, mais j'étais mécontent de vous, et je vous accablais de reproches. Il у a deux jours j'en parlais avec N et pour me faire clairement comprendre, je lui ai dit que je me trouvais envers vous dans la même position qu'envers la France. Pourquoi je ne frémis pas de rage en lisant la gazette de Berlin, de Londres -- et chaque indignité à Paris m'offense, me fait désespérer du genre humain et sévir contre toute la nation?
Ensuite je prends votre état actuel pour une maladie, peut-être nécessaire -- combien de fois j'ai dit à Emma: "Mais de grâce, donnez-lui donc un peu de temps, un peu de solitude", -- demandez-la.
L'amitié n'a pas seulement une justice pour les amis, mais elle est aussi injuste, elle a des ménagements, elle a l'indulgence -- tout ce que vous voulez. Comment revenons-noue donc toujours aux accusations -- vous pouvez inculper de cela le ton de mes lettres -- et moi le fond des vôtres. -- Je tiens toutes vos lettres, eh bien, de la première jusqu'à la dernière -- je ne trouve pas un mot qui me serve de preuve que vous sentiez au moins qu'il
y a quelque chose de vrai dans ce que nous disons vous concernant. Non, vous aimez, vous souffrez, vous nous accusez enfin, mais vous êtes justissime à vos yeux -- vous avez un tel faible pour vous défendre, que vous nous dites les choses, que nous devons dire pour vous -- et qui s'évanouissent tout de suite, lorsque la personne elle-même les prononce.
Mais, cher Georges, attendez donc que notre cœur parle pour vous et ne lui dictez pas. Votre candeur (que vous citez aujourd' hui) devait vous dire que с'est un forfait double, si on prépare d'avance une indulgence plenaria pour soi-même. С'est notre affaire. Et voilà pourquoi, j'en étais étonné à Berne de la manière comme vous avez résolu la question qui nous occupait. Ne vous fâchez pas, je vous assure que je suis serein et que j'entrevois le temps où les dernières traces de ces discussions s'envoleront, eh bien, ne prenez pas en mauvaise part, mais plutôt riez un peu de vous-même si je vous citais pour Warnungsbeispiel Robert Macaire. Vous vous rappelez comme il dit à Bertrand: "J'avais tort envers lui... mais... mais je le lui ai pardonné". Il у a de ces choses et de ces sentiments, les sentiments les plus tendres, qui ne sont beaux que lorsqu'ils vibrent dans notre âme et ne passent jamais par nos oreilles.
Vous n'avez jamais eu tort envers moi -- jamais. Que voulais je donc?