1 марта (17 февраля) 1850 г. Париж.

1 mars 1850. Paris.

Eh bien; nous sommes parvenus, clopin-clopant, jusqu'au mois de Mars, et tout le monde parle de la guerre pour faire la cour à l'honorable général de l'Olympe, qui a été incarcéré de la manière la plus humaine que je connaisse, in carcere molle, par Vulcain. -- L'exorde n'est pas mauvais, comme tu vois, caro Georges...poursuivons.

Hier à 11 heu du matin entra dans ma chambre Kapp, en me demandant si je ne voulais pas lui dicter l'épilogue, tout-à-fait comme s'il n'avait jamais quitté nous autres que pour une demi-heure. Ensuite il m'a demandé ce que nous avions résolu avec la brochure, moi je lui ai dit que je t'avais écrit là-dessus. Moi je consens s'il le faut de donner en Verlag à Campe (qui n'a pas écrit la découverte de l'Amérique par Robinson) -- il veut payer 200 T; tant mieux, les frais seront couverts. Faites envoyer l'argent chez ma mère. Le succès des fragments imprimés dans quelques feuilles а été très grand. Kapp veut aller à

pied jusqu'à New-York, il cherche un endroit guéable où traverser l'Осéаn, cе qui ne sera pas difficile vu sa longueur immense; par bonheur le podesta de Cologne ne lui a pas chargé les épaules de sa fille, il veut voir comment Kapp s'installera, comment il s'enrichira et alors lui donner pour la bonne bouche (lorsqu'il n'aura plus de dents) la beauté prussienne. Il espère entre autres que l'Amérique sera aussi châtiée et incorporée à la Prusse sous le nom de Brandebourg maritime. Je sais tout cela par clairvoyance.

A présent parlons des affaires. J'attends une lettre de mon chargé d'affaires pour le 6 ou le 5 de ce mois (au reste, tu sauras ce qu'il écrit avant moi, la lettre sera adressée chez ma mère). Eh bien, il у a deux cas. 1) Ou après avoir épuisé tous les faux-fuyants bureaucratiques, la banque payera. Alors libre individuellement, j'irai tout de suite, une semaine après la réponse, au sud de la France, et je chercherai des maisons près de Nice (ou enfin à Nice-même, nous en pourrons traiter mille fois), je suis même d'avis d'acheter tout bonnement une petite campagne avec un jardin près de la mer.

Mais voilà que vient le 2e cas. Si on refuse le payement sous un prétexte quelconque -- ce qui est très probable, -- voilà mon plan, je prierai Rotschild de sévir enfin avec toute son autorité, -- il le fera. Mais alors il faut attendre une réponse. -- 25 jours, au moins, et en cas de non-réussite s'adresser à Wurtemberg ou déterminer ma mère de faire un voyage. (Nous verrons cela d'après les termes de refus, s'il у en a un.) Pour toute cette affaire, mon éloignement au Sud serait pernicieux. Et si je ne peux longtemps rester à Paris, j'irai pour deux-trois mois dans une campagne des environs, -- en cas de besoin j'irai seul en Angleterre ou en Belgique, mais je n'irai pas au Sud...

Puisque tu n'es pas tout à fait mal en Suisse, je crois que c'est prudent d'attendre, jusqu'à ce que la guerre ne donne de véritables inquiétudes.

-- Voilà tout le plan... Je t'embrasse de tout mon cœur.

D'après les lettres de ma mère, je crois que ces lignes vous trouveront encore à Zurich, chère Emma, et vous pensiez que je vous ai crue lorsque vous m'aviez dit que vous alliez pour 2 jours et autant de nuits. -- Horace se conduit parfaitement bien, vous savez que je suis un peu sévère avec lui depuis l'histoire de la récidive de l'incendie -- mais en vérité on ne peut rien désirer de plus d'un enfant de son âge. Vous avez agi en véritable Caïn avec Abel, figurez-vous qu'il court deux fois par jour donner des leèons des Champs Elysées au Montmartre -- il est devenu plus petit et plus humide; pour lui vous pouvez être sûre qu'il vous attend comme Héro attendait Léandre, c'est-à-dire comme vous attend