Tu m'as fait beaucoup de plaisir en me disant... devine, si tu peux, -- en me disant que tu étais malade. Je commenèais déjà à m'indigner sérieusement de ces délais éternels, d'autant plus que je savais que tu trouvais qu'il fait encore trop chaud pour le voyage, et je le savais parce que ma mère a écrit: "Je suis d'accord avec G qu`il fait, etc." J'ai pensé que dans ces temps révolutionnaires la chaleur pouvait continuer jusqu'au mois de mai de l'année 1857.

Par un ordre du jour daté de Zurich, tu mis une défense complète à faire des suppositions, hypothèses, probabilités et autres opérations, par lesquelles l'esprit humain cherche à savoir ce qu'il ne sait pas -- concernant ton absence. Mais tu sais la faiblesse de l'homme; après avoir longtemps pensé, nous nous sommes arrêtés à cette supposition: "Ma mère a écrit il y a deux mois que tu avais coupé tes cheveux -- or donc tu attends qu'ils repoussent pour repousser du littoral Suisse la barque qui doit te rendre à Nice". -- C'était la dernière hypothèse lorsque ta

lettre a dit que tu étais malade. Pourquoi ne m'as-tu pas écrit avant? je t'aurais ménagé beaucoup de reproches de la part d'Emma, et j'aurais trouvé les moyens de la consoler, mais comme j'étais moi-même tanto poco arrabiato -- j'ai aussi pesté, vociféré, julesfavrisé tes retards. Au reste -- Dieu et Löwe aidant -- cela doit passer et tu viendras -- et cela sera fini.

Il y a ici à l'hôtel une femme de chambre qui ne parle ni le franèais, ni l'italien, mais un jargon incompréhensible. Emma a de suite commencé à parler avec elle. Elle est allée d'une supposition magnifique, si on estropie tous les mots franèais et italiens, elle doit comprendre. Exempli gratia, elle dit à la femme: "Porta cana dans l'appartamiento del aguuia fredigosca", ou: "Ba la cete parquetoccio nel Salione mangisco"...

C'est bien dommage que la femme de chambre comprenne encore moins cette nouvelle langue.

Tout ce que ma femme et Emma ont écrit concernant mes disputes avec Emma, n'est que la suite d'une calomnie qui ferait honneur à Basile. Il n'y a qu'un seul point sur lequel nous disputons: en vérité je suppose qu'il ne faut rien faire lorsqu'on n'a rien à faire -- et Emma pense que c'est alors qu'il faut faire.

Moi, je dis non seulement, il ne faut pas mentir, mais qu'il ne faut pas dire la vérité -- lorsqu'on peut s'en passer... etc. Moi, je suis vieux conservateur, et en qualité de Slave et de Russe -- un peu plus rusé.

Melgounoff déplore depuis 5 ou 6 ans l'ouvrage de Kœnig, il lui a dicté sous des influences de clocher. Par ex, il parle de Khomiakoff comme d'un grand poète etc. Il me fallait pour faciliter la mémoire. Au reste, j'ai fait un traité politique, au lieu d'un littéraire.

Je pourrais préparer pour le 1 sept l'article.

Dis à Kol de m'envoyer le journal sous bande, mais affranchi -- autrement cela ne partira pas.