Прощайте, берегитесь, умоляю вас... Я буду вам писать и расскажу все после, дайте немного забыть.

133. Ж. МИШЛЕ

30 (18) ноября 1851 г. Ницца.

Nice, 30 novembre 1851.

Monsieur,

Un de mes amis vous a informé du malheur affreux qui a frappé ma famille. Il m'était impossible de vous écrire moi-même, et vous remercier pour votre lettre du 15 nov.

Maintenant je reviens à la vie, avec un fond de douleur sans bornes et d'une colère impuissante. Ce qui blesse le plus dans ces sinistres, c'est qu'il n'y a pas même de lutte possible, on n'a pas la consolation de haïr son ennemi, de maudire, d'injurier son bourreau. Le monde physique, c'est un chaos à demi-organisé, désordre consolidé, un tâtonnement aveugle, ivre, stupide et inintelligent.

J'ai perdu ma mère, mon fils âgé de 8 ans et un ami. C'était l'instituteur de mon fils, jeune homme de 25 ans. Nageur parfait, il pouvait se sauver, il tenait déjà une corde, lorsque ma mère, entraînée par l'eau, cria: "Sauvez l'enfant". Le jeune homme, voyant que personne ne peut lui donner l'enfant, lâche la corde et se précipite vers le petit, il le prend sur ses bras -- et le steamer disparaît sous l'eau. Le nom de ce jeune homme sublime est Jean Spillmann.

Ah, monsieur, si vous connaissiez un statuaire, j'élèverais un monument à cet ami dévoué, près du phare d'Hyères. Quel groupe -- ma mère qui au moment de la mort ne pense qu'à son petit-fils et implore de le sauver, le jeune homme qui meurt pour le sauver, et l'enfant beau comme un ange. -- Je donnerais volontiers 15, même 20 000 francs pour ce monument. Il m'est impossible d'offrir plus. -- C'est une scène de la vie intime de ces réfugiés, ennemis de la famille et de la moralité...

Je serai très reconnaissant à M. Noël s'il désire signer les articles, en général faites tout ce que vous trouverez bon et gardez -- moi votre amitié.