5 января 1852 г. (24 декабря 1851 г.). Ницца.

5 janvier 1852. Nice.

Monsieur, il у a une semaine que j'ai eu le plaisir de recevoir votre lettre du 25 décembre. Ne m'en voulez pas mon silence. Je n'avais rien à dire, digne d'être entendu par vous. Ma tête est vide, mon cœur commence à s'endurcir.

J'ai apporté assez de courage pour braver la vie, mais enfin mes épaules fléchissent, une lassitude indicible s'empare de moi. A peine je me sentais un peu soulagé des deux terribles catastrophes, desquelles l'une m'enleva ma mère et mon fils, et l'autre jeta le linceul d'un monde entier, pour couvrir les cercueils des miens qui s'effaèaient devant l'énormité du malheur universel -- qu'un nouveau coup de foudre tombe sur ma tête.

Ma femme indisposée depuis l'événement du 16 novembre, est gravement malade d'une pleurésie. Je n'ai ni la force d'espérer, ni la force du désespoir. J'ai un seul devoir au monde -- envers mes enfants, je me dévoue, tête baissée et maudissant la vie.

Pardonnez-moi de vous entretenir de mes souffrances. Vous en avez assez autour de vous.

Je vous remercie beaucoup pour les renseignements concernant le monument; je tiens fortement à cette idée, mais je ne puis rien dire pour le moment. Mes pensées sont incohérentes, je vous prierai la permission d'écrire sur ce sujet une autre fois.

J'ai déjà écrit, il y a deux ou trois semaines, pour avoir votre dernier ouvrage Pologne et Russie, j'attendais l'exemplaire que vous avez eu l'amitié de me promettre, et je n'ai rien reèu encore...

Je vous serre bien affectueusement la main.

A. H.