Je vous prie, cher Reichel, expliquez à cette femme malheureuse, que ce n'est pas un caprice de ma part; je ais tout ce que je crois juste; mais si j'allais au delà des limites, cela serait fini. Au reste personne ne peut mieux savoir mon désintéressement que la rédaction de la Voix du peuple qui a enterré mon cautionnement. Faites donc cela. A propos, étant chez Schomb, dites-lui que je voudrais, s'il le conseille, vendre les papiers hollandais que j'ai et qui rapportent si peu (s'ils sont en hausse depuis 1850?) Je suis tellement entouré de véritables malheureux qu'il faut chercher d'avoir plus de rente et penser un peu que l'avenir ne représente plus rien à ces hommes que l'Amérique et la faim.[264]

229. Г. МЮЛЛЕРУ-СТРЮБИНГУ

18 (6) октября 1852 г. Лондон.

18 octobre 1852.

London, 4 Spring Gardens.

Cher Müller,

Lorsque je t'ai rencontré à Londres sans m'y attendre le moins du monde et lorsque deux jours après je te parlais des terribles malheurs qui m'ont frappé, le nom de G. Sand tomba de tes lèvres. Je frissonnais à ce nom. -- C'était pour moi une indication. Elle doit connaître cette histoire, elle qui résume dans sa personne l'idée révolutionnaire de la Femme. Je t'ai exprimé mon désir de l'instruire de cette affaire.

La réponse dont tu m'a parlé hier me prouve qu'entraîné par l'indignation contre tant de scélératesses -- tu ne m'as pas tout-à-fait compris. L'affaire n'est pas à juger, le tribunal n'est pas à former. L'affaire est jugée, un tribunal formel est impossible, un tribunal moral a prononcé son arrêt. La réprobation générale qui a enveloppé cet homme, en est la preuve. Penses-tu donc que des hommes comme Mazzini, Willich, Proudhon, Kinkel etc. se seraient prononcés avec tant d'énergie si les faits n'étaient pas constatés, s'il n'y avait pas de documents et de témoins. Dévoiler cet homme devant ceux que j'estime, que j'aime, est pour moi un besoin de cœur, un acte de haute moralité. Socialiste et révolutionnaire, je ne m'adresse qu'à nos frères. L'opinion des autres m'est indifférente. Tu vois de là que l'opinion de G. Sand a une valeur immense pour moi.

Il s'agit d'une femme dans cette tragédie. D'une femme qu'on a brisée, calomniée, persécutée, qu'on est parvenu à assassiner enfin. Et tout cela parce qu'une passion malheureuse a envahi son cœur, comme une maladie, et que son cœur repoussa au premier réveil de sa nature noble et forte. Et l'assassin, le calomniateur, le dénonciateur de cette femme était ce même homme qui, feignant pour elle un amour sans bornes, la trahit par vengeance, comme il avait trahi son ami le plus intime par lâcheté. Tu as vu ses lettres. -- C'est un de ces caractères dans le

genre d'"Horace" de G. Sand. Mais Horace développé jusqu'à la scélératesse.