Мы здесь затеяли в память нашего Дельвига издать последние «Северные цветы». Изо всех его друзей только Вас да Баратынского не досчитались мы на поэтической тризне; именно тех двух поэтов, с коими, после лицейских его друзей, более всего был он связан. Мне говорят, будто Вы на меня сердиты; это не резон: сердце сердцем, а дружба дружбой. Хороши и те, которые ссорят нас бог ведает какими сплетнями. С моей стороны, моим искренним, глубоким уважением к Вам и Вашему прекрасному таланту я перед Вами совершенно чист.

Надеюсь еще на Вашу благосклонность и на Ваши стихи. Может быть, увижу Вас скоро; по крайней мере приятно кончить мне письмо мое сим желанием. Весь Ваш без церемонии

А. Пушкин.

21 н.

462. А. X. БЕНКЕНДОРФУ

24 ноября 1831 г. В Петербурге.

Mon Général,

N’étant pas encore attaché définitivement au service ot des affaires pressentes nécessitant ma présence à Moscou, je suis obligé de m’absenter pour deux ou trois semaines sans d’autre autorisation que celle de l’officier de quartier. Je crois de mon devoir d’en prévenir votre Excellence.

Je saisis cette occasion pour vous parler d’une chose qui m’est toute personnelle. L’intérêt que vous avez toujours daigné me témoigner, m’encourage à vous en parler en détail et en toute confiance.

Il y a un an à peu près que dans l’un de nos journaux on imprima un article satyrique dans lequel on parlait d’un certain littérateur qui manifestait des prétentions à une origine noble, tandis qu’il n’était qu’un bourgeois-gentilhomme. On ajoutait que sa mère était une mulâtre dont le père, pauvre négrillon, avait été acheté par un matelot pour une bouteille de rhum. Quoique Pierre le Grand ne ressemblât guère à un matelot ivre, c’était me désigner assez clairement, vu qu’il n’y a que moi de littérateur russe qui comptasse un nègre parmi mes ancêtres. Comme l’article en question était imprimé dans une gazette officielle, qu’on avait poussé l’indécence jusqu’à parler de ma mère dans un feuilleton qui ne devrait être que littéraire, et que nos gazetiers ne se battent pas en duel, je crus devoir répondre au satyrique anonyme, ce que je fis en vers et très vertement. J’envoyais ma réponse à feu Delvig, en le priant de l’insércr dans son journal. Delvig m’engagea à la supprimer, me faisant observer qu’il y aurait du ridicule à se défendre la plume à la main contre des attaques de cette nature et à afficher des sentiments aristocratiques, lorsqu’à tout prendre on n’était qu’un gentilhomme-bourgeois, sinon un bourgeois-gentilhomme. Je me rendis à son avis, et l’affaire en resta là: cependant il courut quelques copies de cette réponse, ce dont je ne suis pas fâché, attendu qu’il n’y a rien que je voulus désavouer. J’avoue que je tiens à ce qu’on appèlle des préjugés: je tiens à être aussi bon gentilhomme que qui que ce soit, quoique cela ne rapporte pas grand’chose; je tiens beaucoup enfin au nom de mes ancêtres, puisque c’est le seul héritage qu’ils m’ont laissé.