Je me vois dans le nécessité de couper court à des dépenses qui ne m’entraînent qu’à faire des dettes et qui me préparent un avenir d’inquiétude et d’embarras, sinon de misère et de désespoir. Trois ou quatre ans de retraite à la campagne, me mettront de nouveau dans la possibilité de venir reprendre à Pétersbourg des occupations que je dois encore aux bontés de Sa Majesté.

J’ai été comblé des bienfaits de l’empereur, je serais au désespoir que Sa Majesté put supposer dans mon désir de m’éloigner de Pétersbourg un autre motif que celui d’une absolue nécessité. Le moindre signe de mécontentement ou de soupçon, suffirait pour me retenir dans la position où je me trouve, car enfin j’aime mieux être gêné dans mes affaires, que perdu dans l’opinion de celui qui a été mon bienfaiteur, non comme souverain, non par devoir et par justice, mais par un libre sentiment de bienveillance noble et généreuse.

C’est en remettant mon sort entre vos mains, que j’ai l’honneur d’être avec le respect le plus profond

Monsieur le Comte

de Votre Excellence

le très humble et très obéissant

serviteur

Alexandre Pouchkine.

1 juin.

St. Pb.{149}