I.

Paris, le decembre 1823.

Monsieur,

Un de mes plus vifs desirs, en quittant l’allemagne, était de faire profiter mon pays de mon voyage, en contribuant à lui faire connaître les productions des Vôtres. L’attrait particulier qu’ont en vos ouvrages pour mon imagination, depuis le premier moment ou je les ai connus, m’inspirait surtout l’envie d’en voir passer quelque chose dans notre langue. — À essayer de le faire moi même était un espoir dont je me berçais, c’était un plaisir que je me reservais après des travaux longs et pénibles dans les quels je suis plongé maintenant, mais je n’ai plus besoin de l’attendre le plaisir; et heureusement pour mon impatience et pour Vos ouvrages, Monsieur, j’ai été devancé par un de mes amis, qu’une plume élégante et déjà exercée rend moins indigne de Vous traduire. Comme notre public a beaucoup à faire encore, malgré sa bonne volonté et nos efforts pour saisir tout l’agrément de la poésie etrangère et pour goûter un genre de composition aussi original et aussi nouveau pour lui que le sont les Votres, nous commencerons par un choix, qui nous Vous soumettons. Notre pensée était de débuter par le chat botté et quelques nouvelles; mon ami M. E. Fresnel (?), frère d’un de nos plus illustres academiciens enlevé récemment aux (illigible), a déjà traduit le chat botté et „Liebeszauber;“ il va commencer le blond Egbert, il Vous envoye quelques questions aux quelles il (?) Vous prie de répondre, dans l’intérêt de la traduction. En effet il faut bien mettre notre public au courant et nous ne pouvons nous mêmes y être mis que par Vous.

Si ce n’était pas trop abuser de Votre complaisance qui m’est connue, je Vous demanderais de nous envoyer une liste de tout ce que Vous avez publié — si Vous trouviez un moyen de nous faire parvenir quelqu’une de ces nouvelles de Vous qui se trouvent dans des almanachs poétiques et qui sont difficiles à trouver, ce serait pour nous un bonne fortune, entre autres, le Pietro Aponi que je Vous ai entendu lire, avec tant de plaisir.

Veuillez me pardonner, Monsieur, cette importunité, et s’il se peut, accorder à mon ami sa demande, nous vous en remercierons pour nous et pour les lecteurs.

M. Eckermann de Weimar m’a donné de Vos nouvelles. Il a eu le plaisir de Vous voir chez Goethe, il était bien heureux de diner entre Vous deux.

J’ai eu aussi des nouvelles de Mlle. Kraukeln (?) et de M. Weihrauch (?) soyez assez bon pour leurs présenter tous mes souvenirs.

Enfin veuillez bien Monsieur transmettre mes hommages à Madame et à Mademoiselle Tieck et agréer l’assurance de ma profonde admiration et de mon sincere attachement,

Votre devoué Serviteur
J. J. Ampère.
rue de (?) St. Victor No. 19