Moralité

Imperceptiblement il avance. Tout le sert, et ses efforts, et les efforts des autres pour le refouler, ou le tuer. Un jour on s’aperçoit, qu’il est fameux et que la chance le désigne. Or, sa vraie chance c’est sa fermeté naturelle. Il sait ce qu’il veut: par cela il se distingue des indécis. Il sait surtout ce qui est bien et sera admis par la conscience des hommes ses pareils. Cela le met franchement à part. Personne, parmi ceux qui s’agitent dans cette ambiance trouble, n’est aussi sûr que lui des lois morales. Qu’on ne cherche pas plus loin les ori-gines de sa renommée qui ne sera plus jamais obscurcie. Les contemporains, d’alors et de quelques autres époques, ont pour habitude de s’incliner devant tout succès, même infâme, quitte à se recuser aussitôt traversé ce passage où soufflait un vent de folie. Par contre, les succès d’Henri n’étaient pas pour humilier les hommes, ce que n’évitent guère la plupart des chefs heureux. Ils devaient plutôt les rehausser dans leur propre estime. On ne voit pas d’habitude l’héritier d’une couronne, que le parti dominant répudie voilemment, gagner à sa cause, par des procédés d’une honnêteté pathetique, le roi même que force lui est de combattre. Combien il voudrait aider ce roi, au lieu de devoir le diminuer, lui et son royaume. Il a eu ses heures de faiblesse et la tentatation d’en finir ne lui est pas restée inconnue. Cela le regarde. A mesure qu’il approchaít du trône il a fait comprendre au monde qu’on peut être fort tout en restant humain, et qu’on défend les royaumes tout en défendant la saine raison.[10]