Bertrand's Lettre Missive
Touchant la Conversion et Baptesme du grand Sagamos
Paris: JEAN REGNOUL, 1610
Source: Title-page and text reprinted from original in Lenox Library.
LETTRE MISSIVE, TOVCHANT LA Conversion et Baptesme du grand Sagamos de la nouuelle Frãce, qui en estoit auparauant l'arriuée des François le chef & souuerain.
Contenant sa promesse d'amener ses subjets à la mesme Conuersion, ou les y contraindre par la force des armes.
Enuoyée du Port Royal de la nouuelle France au SR de la Tronchaie, dattée du 28. Iuin 1610.
A PARIS,
Chez Iean Regnovl, ruë du Foin, pres sainct Yues.
1610.
Auec permission.
A LETTER MISSIVE IN REGARD TO THE Conversion and Baptism of the grand Sagamore of New France, who was, before the arrival of the French, its chief and sovereign.
Containing his promise to secure the conversion of his subjects also, even by strength of arms.
Sent from Port Royal, in New France, to Sieur de la Tronchaie, dated June 28, 1610.
PARIS,
Jean Regnoul, Rue du Foin, near Saint Ives.
1610.
With permission.
[3] Lettre Missive, Tovchant la Conversion et [120] Baptesme du Grand Sagamos de la nouuelle France, qui en estoit auparauant l'arriuée des François chef & souuerain.
MONSIEVR & Frere, Ie n'ay voulu laisser partir le nauire sans vous faire sçauoir des nouuelles de ce païs que ie croy aurez agreables, d'autant que ie sçay, qu'estes bon Catholique, C'est que le Grand Sagamos, qui se dit en nostre langue Grand Capitaine des Sauuages, & le premier de tous, s'est fait baptiser le iour de la sainct Iean Baptiste derniere, [4] auec sa femme, ses enfans, & enfans de ses enfans, iusques au nombre de vingt: auec autant de ferueur, ardeur & zele à la Religion que pourroit faire vn qui y auroit esté instruict depuis trois ou quatre ans: Il promet faire baptizer les autres, autrement qu'il leur fera la guerre: Monsieur de Poutrincourt & Monsieur son fils les ont tenus au nom du Roy, & de Monseigneur le Dauphin. Les nouvelles de la mort du Roy n'estoiẽt encores en ce pays là. C'est desia vn beau commencement, ie croy que cy apres ce sera encores mieux: Quant au pays, iamais ie n'ay veu rien de si beau, meilleur ny plus fertile, & vous dis auec verité, & sans mentir, que si i'auois trois ou quatre Laboureurs maintenant auec moy, & [5] pour les nourrir vne année, & du bled pour ensemencer le labourage qu'ils pourroient faire de leurs bras seulement, du surplus qui me reuiendroit apres leur nourriture, i'espererois faire trafiq tous les ans de sept ou huict mille liures en Castors & Pelleterie: Ie suis bien marry auant que [122] partir que ie ne sçauois ce que ie sçay, i'eusse employé le verd & le sec ou i'en eusse amené deux ou trois, & deux muids de bled qui est peu de chose: Vous asseurant qu'il fait beau trafiquer par deçà & faire vn beau gain: Si vous voulez y entendre, mandez moy vostre volonté par ce porteur qui desire retourner & faire trafiq, suiuant ce qu'il a veu. Ie ne vous [6] en diray dauantage, sinon que ie prieray Dieu Monsieur & frere vous donner en parfaicte santé tres-longue vie. De la nouuelle France, du Port Royal ce xxviij. Iuin, 1610.
Vostre tres-affectionné Frere & seruiteur
Bertrand.
[3] A Letter Missive in regard to the Conversion and Baptism of the Grand Sagamore of new France, who was, before the arrival of the French, its chief and sovereign.
SIR and Brother, I did not wish the ship to depart without giving you some news of this country which I believe will be acceptable, as I know that you are a good Catholic. The Grand Sagamore, whom we call in our language Grand Captain of the Savages, and chief of all, was baptized on last saint John the Baptist's day; [4] with his wife, children, and children's children, to the number of twenty; with as much enthusiasm, fervor, and zeal for Religion as would have been evinced by a person who had been instructed in it for three or four years. He promises to have the others baptized, or else make war upon them. The news of the King's death had not then reached Canada.Monsieur de Poutrincourt and his son acted as sponsors for them in the name of the King, and of Monseigneur the Dauphin. We have already made this good beginning, which I believe will become still better hereafter. As to the country, I have never seen anything so beautiful, better, or more fertile; and I can say to you, truly and honestly, that if I had three or four Laborers with me now, and [5] the means of supporting them for one year, and some wheat to sow in the ground tilled by their labor alone, I should expect to have a yearly trade in Beaver and other Skins amounting to seven or eight thousand livres, with the sur plus which would remain to me after their support. I am very sorry that I did not know before my departure what I know now; if I had, I should have left no stone unturned to bring with me two or three farmers, and two hogsheads of wheat, which is a mere trifle. I assure you it is delightful to engage in trade over here and to make such handsome profits. If you wish to take a hand in it, let me know your intentions by the bearer, who desires to return and traffic here in pursuance of what he has seen. I [6] shall say no more, except to pray God to give you, Sir and Brother, a long life and perfect health. From Port Royal, New France, this 28th of June, 1610.
Your very affectionate Brother and servant,
Bertrand.
From Lescarbot's Histoire de la Novvelle France; Paris, 1612.
(Slightly reduced from original.)
Lettre du P. Pierre Biard, au T. R.-P. Claude Aquaviva
Dieppe, Janvier 21, 1611
Lettre du P. Biard, au R.-P. Christophe Baltazar
Port Royal, Juin 10, 1611
Lettre du P. Ennemond Massé, au T. R.-P. Aquaviva
Port Royal, Juin 10, 1611
Lettre du P. Biard, au T. R.-P. Aquaviva
Port Royal, Juin 11, 1611.
Source: Reprinted from Première Mission des Jésuites au Canada, by Auguste Carayon, S. J. Paris: L'Écureux, 1864.
[1] PREMIÈRE MISSION DES JÉSUITES AU CANADA.[I.]
Lettre du P. Pierre Biard, au T. R. P. Claude Aquaviva, Général de la Compagnie de Jésus, à Rome.
(Traduite sur l'original latin, conservé dans les Archives du Jésus, à Rome).
Dieppe, 21 janvier 1611.
Mon Très-révérend Père,
Pax Christi.
Que je voudrais pouvoir vous raconter combien grandes et nombreuses ont été, dans notre petite affaire, les miséricordes de Dieu et les fruits de sa bénédiction et des prières; c'est-à-dire comment [128] [2] nous sommes sortis de difficultés graves et multipliées, et comment, délivrés de toute entrave, nous partons pour la Nouvelle-France, lieu de notre [3] destination, [130] comme Votre Paternité le sait! Elle peut certainement s'en réjouir avec une grande consolation dans le Seigneur.
[4] Mais voici déjà minuit sonné, et à la première lueur du jour, nous mettons à la voile. Je vous donnerai seulement un précis des événements.
Quand les marchands hérétiques nous virent à Dieppe, au jour fixé pour le départ, le 27 octobre de [132] l'année dernière, 1610 (nous étions en effet convenus qu'on partirait de Dieppe), ils imaginèrent un moyen qu'ils crurent favorable pour nous nuire. Deux d'entre eux avaient fait un contrat avec M. de Potrincourt pour charger et équiper son navire, [5] sur lequel nous devions voyager. Ils déclarèrent aussitôt qu'ils ne voulaient plus s'occuper du vaisseau, s'il devait porter des Jésuites. C'était une insigne malice, et elle était facile à prouver, surtout quand les catholiques leur ajoutaient que le devoir ne leur permettait pas de refuser les Jésuites, puisque c'était l'ordre formel de la Reine.
On ne put cependant rien gagner sur eux. Il fallut avoir encore recours à la Reine. Sa Majesté écrit au gouverneur de la ville, catholique plein de zèle et de piété, et lui enjoint de signifier aux hérétiques que c'est sa volonté que les Jésuites soient reçus dans le vaisseau qui va partir pour la Nouvelle-France, et qu'on n'y mette aucun obstacle.
A la réception de ces lettres, le gouverneur assemble ce qu'on appelle le consistoire, c'est-à-dire tous les fidèles disciples de Calvin. Il donne lecture des lettres de la Reine, et les invite à l'obéissance.—Quelques-uns, c'est-à-dire ceux qui étaient bons, disent hautement qu'ils sont eux aussi du même avis, et ils engagent les marchands à se soumettre; mais ils déclarent que pour eux ils ne sont maîtres de rien. Tel était leur langage en public; mais en particulier, un des marchands qui était chargé d'équiper le navire, protesta qu'il n'y mettrait rien; que la Reine, si elle le voulait, pouvait lui [6] ôter son droit, mais que pour lui, il ne le céderait pas autrement.
Que faire? Certainement tout était arrêté; car cette société n'avait pas de contrat écrit, et ces sortes [134] d'engagements entre gens nobles ne se mettent pas ordinairement sur papier. On ne pouvait donc pas agir contre ces hérétiques.
On s'adresse de nouveau à la Reine. A la vue d'une pareille effronterie, elle dit en manière de proverbe: "Il ne faut s'abaisser à prier des vilains"; et elle ajouta que les Pères partiraient une autre fois.
Les catholiques consternés déclarent alors aux hérétiques que les Jésuites ne monteront pas dans ce vaisseau, qu'ils peuvent en conséquence le fréter, et que, dans tous les cas, si les Jésuites y prenaient place, ils payeraient auparavant eux-mêmes le prix de la cargaison.
Cette assurance une fois donnée, on vit à nu toute la malice des calvinistes; car ils chargèrent aussitôt le navire complétement et de marchandises et de toute espèce d'objets, ne pouvant s'imaginer que les catholiques pussent jamais trouver de quoi payer le prix de tant de choses.
A cette nouvelle, Madame la marquise de Guercheville, première dame d'honneur de la Reine, [7] s'indigna de voir les efforts de l'enfer prévaloir et la malice des hommes pervers détruire ces grandes espérances que l'on avait de procurer la gloire de Dieu. C'est pourquoi, afin que Satan ne demeurât pas le maître et ne renversât pas l'espoir que l'on avait de fonder une église au Canada, elle sollicita elle-même les aumônes des Grands, des Princes et de toute la Cour pour soustraire les Jésuites à la méchanceté des hérétiques.
Qu'arriva-t-il? Le navire déjà chargé était prêt à prendre la mer, quand cette dame envoya aux catholiques 4,000 livres avec d'autres secours. Alors, pour ne pas agir par surprise, ils vont dire adroitement [136] aux hérétiques qu'ils veulent avoir avec eux les Jésuites, que telle est la volonté de la Reine, et que, par conséquent, il faut qu'ils les laissent monter dans le vaisseau, ou bien que les marchands acceptent le prix de la cargaison et qu'ils se retirent. Ceux-ci déclarent qu'ils veulent le prix de leurs marchandises (Je crois qu'ils ne pensaient pas que les catholiques eussent assez d'argent, ou qu'ils espéraient trouver quelque autre moyen de déjouer leurs projets). On leur donne le prix demandé, et ce à quoi personne ne se serait attendu, nous sommes si pleinement substitués à leur place, que la moitié du bâtiment nous appartient, et que nous avons déjà ce qu'il faut pour commencer [8] cette fondation que le Seigneur daignera bénir dans sa générosité et dans sa bonté.
Ainsi donc, mon Très-Révérend et bon Père, Votre Paternité voit combien la malice du démon et de ses suppôts a tourné à notre avantage. Nous ne demandions d'abord qu'un petit coin dans ce vaisseau, et à prix d'argent; maintenant nous y sommes les maîtres. Nous allions dans une région déserte, sans grande espérance d'un secours de longue durée, et nous recevons déjà le commencement de la fondation. Nous étions forcés d'enrichir les hérétiques d'une partie de nos aumônes, et maintenant ils renoncent d'eux-mêmes à profiter d'une occasion qui les devait enrichir.
Mais je crois que le grand sujet de leur douleur, c'est précisément le triomphe du Seigneur Jésus; et fasse le ciel qu'il triomphe toujours! Ainsi soit-il!
Dieppe, le 21 janvier 1611.
De Votre Paternité
Le fils en Jésus-Christ et le serviteur indigne,
Pierre BIARD S. J.