No. II.

NOTE POUR LE ROI D’ESPAGNE.

Bayonne, le Juillet, 1808.

L’armée d’Espagne a son quartier général à Madrid; voici sa composition actuelle:

1º. Corps des Pyrénées Occidentales.

Le maréchal Bessières commande le corps des Pyrénées Occidentales, qui est fort de 23 mille hommes, infanterie, cavalerie, artillerie, occupe la place de St. Sebastian, les trois Biscays, les montagnes de St. Ander, la place de Burgos, et est chargée de combattre l’armée ennemie des Asturies et de Galice.

Toutes les troupes sont en mouvement pour composer l’armée de la manière suivante.

┌ le 4e regt d’infanterie legère
1ere brigade,│ 15e d’infanterie de ligne
le gal Reynaud.└ 1er baton de Paris en marche
Divisiontotal 3000 hom. présens sous les armes, et 6 pièces de canon, ci 3000 hes
du gal(Cette brigade marche sur Bénévent.)5100 hes
Mouton.2e brigade, { 2e regt d’infanterie legère
le gal Rey. { 12e idem
total 2100 hommes et 6 pièces de canon, ci 2100
(Cette brigade est à Burgos avec le roi, et doit joindre sa division.)
——
À reporter5100 hes

De l’autre part5100 hes
Brigade d’Armagnac1800
DivisionBrigade Gaulois1800
du galBrigade Sabathier28008400 hes
Merle.Brigade Ducos2000
——
Total8400 hes
et 16 pièces de canon.
Garde.Infanterie1900 hes
et 6 pièces de canon.
(Toutes ces troupes marchent sur Bénévent.)
10e de chasseurs450
22e id.450
Garde300
(Ces troupes marchent sur Bénévent.)
Escadrons de dragons200
Cavalerie.(Ces escadrons sont en marche et ont dépassé la frontière.1950 hes
26e de chasseurs450
(Arrivant à Bayonne sous peu de jours.)
——
Total de la cavalerie1950 hes
====

Les forces actives du maréchal Bessières sont doncde 17,000 hes. Il n’en a guère que 15,000 pour l’affairede Bénévent.

S’il obtenait à Bénévent et à Léon un grand succèscontre l’armée de Galice, peut-être serait-il convenablepour profiter de la victoire et de la terreurdes premiers moments de se jetter dans la Galice.Toutesfois, il devrait d’abord prendre position à Léon,en s’emparant de la plaine, jettant l’ennemi dans lesmontagnes, et interceptant au moins à Astorga lacommunication de la grande route.

Garnison de Burgos.—Il y a dans le châteaude Burgos une garnison de dépôt[28]

600 hes
———
À reporter17,950 hes
———

De l’autre part17,950 hes
Colonne du général Bonnet.—Il y a encore àBurgos le gal de division Bonnet, faisant partiedu corps du mal Bessières: ce gal va avoirsous ses ordres une colonne mobile de 1200hommes, pour maintenir la tranquillité dansla ville et ses environs. Cette colonne est composéecomme il suit:
4e bataillon du 118e, formant 450 hes
(Actuellement existant à Burgos.)
3e bataillon du dépôt gal actuellement à Vittoria 4501500 hes
2 compies du 4e d’infanterie legère, formant un petit bataillon 400
(En marche, ayant passé la frontière.)
——
1300 hes
Escadron de dragons (en marche) 200
2 pièces de canon en marche
——
1500 hes
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Colonne d’Aranda.—Cette colonne, formée du 1er bataillon de marche, fort de 1000 hes et de 4 pièces de canon, peut se réunir au bésoin avec la colonne du gal Bonnet: elles doivent assurer la communication jusqu’aux montagnes en avant d’Aranda, ci 1000 hes
Colonne de Vittoria.—Le général de brigade Monthion, et le colonel Barerre, occupent Vittoria avec une colonne composée comme il suit:
2 compagnies du 15e de ligne, formant un petit bataillon de 300 hes
Le 2e baton du 12e d’infanterie legère 600
Le 2e baton du 2e id. 600
——
(Ce qui fait en infanterie)1500 hes
1 escadron de dragons (en marche) 200
2 pièces de canon.
——
(Tous ces corps sont en marche)1700 ci 1700
———
À reporter 22,150 hes
———

De l’autre part22,150 hes
Garnison de St. Sebastian.—Le général Thouvenot commande à St. Sebastian avec mille hommes de garnison, ci 1000
———
Recapitulation.—Le corps du mal Bessières est de 23,150
Et 36 pièces de canon.======

Les détachemens et troisièmes bataillons des corps qui sont aux divisions actives du mal Bessières pourront sous 15 jours le réjoindre, vû qu’ils seront remplacés à Vittoria et à Burgos par d’autres corps.

2º. Arragon.

Jusqu’à cette heure les troupes qui sont en Arragon, faisaient partie du corps des Pyrénées Occidentales. Mais le corps des Pyrénées Occidentales se portant sur la Galice, il devient indispensable d’en faire une division à part.

Aujourd’hui, ce commandement comprend Pampelune, la Navarre, et les troupes qui forment le siège de Saragosse, sous les ordres du général Verdier.

Ces troupes sont divisées en quatre brigades, et sont composées ainsi qu’il suit:

3 regimens d’infanterie de ligne de la Vistule, ayant sous les armes3600 hes
Les 4e, 6e et 7e bataillons de marche1500
Le 3e bataillon du 14e provisoire1300
Le 1er regiment supplementaire 900
Les 47e, 15e et 70e1600
Un bataillon des gardes nationales d’élite 600
——
Total.9500 hes
La cavalerie consiste dans un regiment de lanciers Polonais700}1100
Plus un escadron de marche400}
À Pampelune le gal Dagout commande.Indépendamment d’une dépôt de 800 hommes,formant 800 la garnison de la citadelle; il aune colonne mobile composée du 1er bataillonde marche du Portugal, du troisième bataillon du118e, fort de 650 hommes, et d’un escadron dedragons, ce qui forme un total de 1400 hommesdisposibles pour se porter sur tous les pointsde la Navarre, et sur(ci 800
———
À reporter 11,400

De l’autre part11,400
Et les communications de Saragosse, pour y mettre l’ordre: ci1,400
Artillerie200
———
Il y a donc en cernement en Arragon et en Navarre13,000
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Aussitôt que Saragosse sera pris, et que le corps de l’Arragon sera constitué, il sera nécessaire de fairer entrer au corps du marl Bessières le bataillon du 47e, celui du 15e, et les trois bataillons du 14e provisoire; ce qui augmentera le mal Bessières de deux mille hommes, afin de tenir les corps réunis. Il est possible qu’on fasse partir de Bayonne le 19,300 hommes de bonnes troupes de ligne, pour se diriger sur Saragosse et enlever la prise de cette place, si toutefois elle n’est pas encore prise.

Si Saragosse était pris, le corps du mal Bessières pourrait être renforcé de ces trois mille hommes d’élite et de 2000 hommes du corps de Saragosse, ce qui lui ferait un corps nombreux pour la campagne de Galice.

Indépendamment de Saragosse, les rebelles occupent la ville de Jaca et plusieurs points dans les vallées. À tous les débouchés des vallées en France il y a un général de brigade avec une colonne mobile. On attendra la prise de Saragosse pour entrer dans ces vallées et y marcher dans les deux sens. En général l’esprit des vallées est bon; mais des troupes de contrebandiers que les chefs des rebelles ont enrégimentés les vexent.

3º. Catalogne.

Le général Duhesme occupe Barcelone, qui est une place qui a deux très belles forteresses, qui la dominent. C’est la plus grande ville de la monarchie.

Le général Duhesme a deux divisions, la division Chabran et la division Lechi, formant 11,000 hes d’infanterie, 1600 hes de cavalerie et 18 pièces de canon.

Le général Duhesme a eu plusieurs événemens; il a brulé un grand nombre de villages, et maintenu en respect le pays à 15 lieues à la ronde.

La ville de Géronne, n’ayant pas été occupée, les insurgés de la Catalogne ont établis là leur Junte, d’où ils donnent le mouvement au reste de la province. 2000 insurgés assiégeaint le fort de Figuéras. On y avait heureusement laissé 300 Français: ils ont été obligés de tirer beaucoup de coups de canon et de bruler le village.

Le gal de division Reille, avec deux bataillons Toscans; a marché sur Figuéras, l’a débloqué, le 6 du mois, et y a fait entrer une grande quantité de vivres, dont on manquait. Le 10, il réunissait sa division, qui arrivait de divers points de la France; il avait déjà 6000 hommes, et il doit avoir aujourd’hui 9000 hes; il doit s’assurer de Roses et marcher sur Géronne, établir ses communications avec le général Duhesme et ensemble pacifier la Catalogne.

Les forces réunies des généraux Duhesme et Reille s’élevent donc à22,000 hes
Ainsi le corps des Pyrénées Occidentales est fort de23,000
Celui d’Arragon, de13,000
Celui de Catalogne, de22,000
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Total68,000 hes.
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Nous venons de faire connaître la situation de l’armée dans les provinces de la Biscaye, de St. Ander, de la Castille, de la Navarre, de l’Arragon et de la Catalogne; c’est à dire, sur toute la frontière de France.

Voici actuellement la situation dans les autres points:

Les deux corps qui se sont rendus à Madrid sous les ordres du général Dupont et du mal Moncey portaient, et portent encore; le premier, le nom de corps d’observation de la Gironde, commandé par le gal Dupont; le second, le nom de corps d’observation des Côtés de l’Océan, commandé par le mal Moncey.

Le corps d’observation de la Gironde est composé de trois divisions: deux sont en Andalousie avec le général Dupont; la 3eme, celle du général Frere, doit être à present à San Clemente.

Le corps d’observation des Côtés de l’Océan est composé également de trois divisions. La première est avec le maréchal Moncey, sous Valence: les deux autres sont à Madrid, et disséminés en differentes colonnes, pour maintenir la communication avec le général Dupont. Les états de situation vous feront connaître la force de ces divisions: mais on peut en général les considérer les unes dans les autres comme fortes de 6000 hommes présens sous les armes.

Il y a à Madrid deux bataillons de la garde, formant 1000 hommes, et à-peu-près 900 hommes de cavalerie de la garde.

Ainsi il y a à Madrid, et du côté de Valence et de l’Andalousie, la valeur de 40,000 hommes d’infanterie, huit mille hommes de cavalerie et 80 pièces de canon attelées.

Le général Junot a en Portugal trois divisions, formant présens sous les armes, compris son artillerie, sa cavalerie, 23 mille hommes[29].

Telle est la situation de l’armée en Espagne et en Portugal.

1ere Observation.—Les événemens qui se passent aujourd’hui et demain amélioreront beaucoup la situation de toutes les affaires, en jettant dans la Galice le général Cuesta, en lui ôtant ses communications avec l’Estramadure, Madrid et l’Andalousie, en assurant nôtre communication avec le Portugal, et en assurant la soumission des provinces de Salamanque, Zamora, Toro, &a.

La manière dont ces événemens auront lieu décideront à entrer sur le champ en Galice, à soumettre les Asturies, ou à différer encore quelques jours.

2e Observation.—La Navarre et la Biscaye se sont maintenues tranquilles.

En Arragon le plat pays a été soumis, les rebelles ont été battus plusieurs fois; avec deux seuls bataillons, 8 à 10 mille insurgés ont été détruits ou dispersés; le découragement est à dernier point parmi eux. Ils se sont défendus dans leurs maisons à Saragosse; on les a bombardé; on leur a fait beaucoup de mal; on achève aujourd’hui de bloquer la ville en jettant un pont sur l’Ebre. Une fois cette ville soumise, il n’y a pas de doute que tout l’Arragon ne devienne tranquille. Une partie des troupes sera cependant nécessaire pour maintenir la province; une petite partie pourra aider à la soumission de la Catalogne. La partie qui est nécessaire pour le bien du service du maréchal Bessières ira le rejoindre. Ainsi cet événement équivaudra à un secours considérable.

3eme Observation.—La première opération du général Reille a débloqué Figuères: il soumet à présent tous les environs. Il ne tardera pas sans doute à s’emparer de Géronne et à établir sa communication par terre avec le général Duhesme. La reduction de Géronne éntamera probablement celle de Lerida; on pourra avoir alors une colonne de deux trois ou mille hommes, qu’on dirigera par Tortose sur Valence.

4eme Observation.—On n’a point de nouvelles de l’expédition de Valence, et le maréchal Moncey a huit mille hommes. Avec ces forces il n’a rien à craindre. Il peut ne pas prendre la ville, qui est très grande, si les paysans s’y sont renfermés et ne craignent point de la ruiner: mais le mal Moncey se maintiendra dans le plat pays, occupera les revoltés, qu’il empêchera de se porter ailleurs, et fera porter au pays tout le poids de la guerre.

5e Observation.—On compte que le général Dupont a aujourd’hui près de 20,000 hommes. Si les opérations du maréchal Bessières réussissent bien, il n’y aura pas d’inconvénient à appuyer encore le général Dupont et à lui permettre de reprendre l’offensive. Ainsi les deux points importans, et où on fera une véritable guerre reglée, sont la Galice et l’Andalousie, parceque les troupes du camp de St. Roche, de Cadiz, des Algarves, sont près de 25 mille hommes, qu’elles ont pris parti pour la sedition de Seville en Andalousie, et que tout ce qui était à Porto a pris parti pour les rebelles de Galice.

Le point le plus important de tous est celui du mal Bessières, comme on l’a déjà vu dans la note qu’on a envoyé. On doit tout faire pour que ce corps n’éprouve aucun mouvement rétrograde, aucun échec; celui du général Dupont vient après.

Les affaires de Saragosse sont au 3e ordre; celles de Valence ne sont qu’en 4me.

Voilà la véritable situation des affaires militaires du royaume.

Il parait convenable de former dans l’Arragon une division de 10 à 12 mille hommes que pourra commander le gal Verdier. Il devra corréspondre directément avec l’état major du roi, avec le mal Bessières (pour s’éntendre), avec le gal Duhesme pour se concerter, et avec le général de la 11e division militaire, qui se tiendra à Bayonne, afin de connaître toujours la situation de cette frontière. Son commandement doit embrasser la Navarre et tout l’Arragon.

Alors l’armée sera composée du corps des Pyrénées Occidentales, de la division de l’Arragon (il est inutile d’en faire un corps), du corps de la Catalogne composé de trois divisions, y compris celle du général Reille, et des six divisions que forment les corps d’observation de la Gironde et des Côtés de l’Océan.

Cela fera à-peu-près 12 divisions réunies et en outre un certain nombre de petites colonnes mobiles et de garnisons.


Dictated by the emperor Napoleon. Taken at Vittoria.