No. X.
The duke of Feltre, minister of war, to the king of Spain.
Paris, le 29 Janvier, 1813.
Sire,
J’ai eu l’honneur d’écrire à V. M. le 4 de ce mois pour lui faire connaître les intentions de l’empereur au sujet des affaires d’Espagne, et la necessité de transporter le quartier général de Madrid à Valladolid. Cette dépêche a été expédiée par duplicate et triplicate, et j’ignore encore si elle est parvenue à V. M. Depuis sa dépêche de Madrid du 4 Decembre je suis privé de ses lettres, et ce long silence me prouve que les communications de Madrid à Vittoria restent constamment interceptées. Il est vrai que les opérations du général Caffarelli qui s’est porté avec toutes ses troupes disponsibles sur la côte de Biscaye pour dégager Santona fortement menacé par l’ennemi et parcourir la côte, a donné aux bandes de la Castille une facilité entière d’intercepter la route de Burgos à Vittoria. Les dernières nouvelles que je reçois à l’instant de l’armée de Portugal sont du 5 Janvier. A cette époque tout y était tranquille, mais je vois toujours la même difficulté pour communiquer. Cet état de choses rend toujours plus nécessaire de s’occuper très sérieusement et très instamment de balayer les provinces du nord, et de les délivrer enfin de ces bandes qui ont augmentés en forces et en consistance à un point qui exige indispensablement toute notre attention et tous nos efforts. Cette pensée a tellement attire l’attention de l’empereur que S. M. I. m’a réitéré quatre fois successivement l’ordre exprès de renouveller encore l’expression de ses intentions que j’ai déjà adressée à V. M. par ma lettre du 4 Janvier pour l’engager à revenir à Valladolid, à garder Madrid par une division seulement, et à concentrer ses forces de manière à pouvoir envoyer des troupes de l’armée de Portugal vers le nord, en Navarre, et en Biscaye, afin de délivrer ces provinces, et d’y rétablir la tranquillité. Le général Reille également frappé de l’état des choses dans le nord de l’Espagne a bien compris la nécessité de prendre un parti decisif à cet égard. Il m’a transmis à cette occasion la lettre qu’il a eu l’honneur d’écrire à V. M. le 13 Octobre dernier, et j’ai vu qu’il lui a présenté un tableau frappant et vrai de la situation des affaires qui vient entièrement à l’appui de ma dépêche du 4 courant. Quant à l’occupation de Madrid, l’empereur m’ordonne de mettre sous les yeux de V. M. le danger qu’il y aurait dans l’état actuel des affaires de vouloir occuper cette capitale comme point central, et d’y avoir encore des hôpitaux et établissemens qu’il faudrait abandonner à l’ennemi au premier mouvement prononcé qu’il ferait vers le nord. Cette considération seule doit l’emporter sur toute autre, et je n’y ajouterai que le dernier mot de l’empereur à ce sujet; c’est que toutes les convenances dans la position de l’Europe veulent que V. M. occupe Valladolid, et pacifie le nord. Le premier objet rempli facilitera beaucoup le second, et pour y contribuer par tous les moyens comme pour économiser un tems précieux, et mettre à profit l’inaction des Anglais, je transmets directement aux généraux commandant en chef les armées du nord et de Portugal, les ordres de l’Empereur pour que leur exécution ne souffre aucun retard, et que ceux de V. M. pour appuyer et consolider leurs opérations n’éprouvent ni lenteur ni difficulté lorsqu’ils parviendront à ces généraux. Je joins ici copie de mes lettres, sur lesquelles j’ai toujours reservé les ordres que V. M. jugera à-propos de donner pour l’entière exécution de ceux de l’empereur. Ma lettre était terminée lorsqu’un aide-de-camp de M. le maréchal Jourdan est arrivé avec plusieurs dépêches, dont la dernière est du 24 Decembre. J’ai eu soin de les mettre sous les yeux de l’empereur, mais leur contenu ne saurait rien changer aux intentions de S. M. I. et ne peut que confirmer les observations qui se trouvent dans ma lettre. J’aurai l’honneur d’écrire encore à V. M. par le retour de l’officier porteur des dépêches de M. le maréchal Jourdan. Je suis avec respect, Sire, de votre majesté, le très humble et très obéïssant serviteur,
Le ministre de la guerre,
Duc de Feltre.