PIÈCES JUSTIFICATIVES
’histoire générale ne comporte pas tous les détails d’une chronique locale; elle se prête encore moins aux longues citations, aux froides nomenclatures et aux discussions sur les points controversés.
Il en est ainsi dans l’histoire du culte de saint Michel. Plusieurs assertions demandent des preuves; certains faits ont besoin d’être éclaircis. Le lecteur ne serait pas satisfait, s’il ne trouvait des pièces justificatives à l’appui des opinions que l’auteur émet le premier, ou défend contre des écrivains d’une valeur incontestée. D’autre part, saint Michel avec ses attributs guerriers, sa mission auprès des âmes, ses luttes et ses triomphes, a excité de tous temps l’enthousiasme des poètes. Il a partout sa place d’honneur dans la poésie lyrique, dans le drame et dans l’épopée. Nous avons rapporté plusieurs faits pour démontrer cette assertion; mais il est utile de multiplier les citations, afin de mieux faire ressortir l’influence que saint Michel a exercée dans la littérature et les arts.
C’est pourquoi nous publions ici quatorze pièces justificatives ou appendices que nous classons selon l’ordre chronologique, et nous indiquons, quand il y a lieu, les pages qui leur correspondent dans le texte. La première de ces pièces, La révolte des Anges d’après une tablette chaldéenne, prouve que la grande lutte engagée entre saint Michel et Lucifer, était connue dès la plus haute antiquité. Dans les pièces II, III, IV, V, VI, IX, X, XI et XII, nous avons des modèles de cette poésie où l’Archange figure tour à tour comme le vainqueur de Satan, le conducteur et le peseur des âmes, le génie tutélaire de l’Église et de la France. Le septième appendice est dû à M. Deschamps de Vadeville: il renferme la liste des chevaliers qui défendaient le Mont-Saint-Michel en 1427, sous la conduite de Louis d’Estouteville. Jusqu’ici, la question de l’atelier monétaire établi au Mont-Saint-Michel n’avait pas été résolue; le huitième appendice comble cette lacune. Enfin, les pièces XIII et XIV nous fournissent des documents précieux sur l’histoire du Mont-Saint-Michel pendant le XVIIIᵉ siècle et à l’époque de la Révolution.
I
AVANT L’ÈRE CHRÉTIENNE
LA RÉVOLTE DES ANGES, D’APRÈS UNE TABLETTE CHALDÉENNE
[Page 84.]
C’est à M. Talbot que nous empruntons et la traduction de cette tablette et les réflexions qui précèdent cette traduction.
Cette description de la révolte des Dieux ou des Anges semble avoir été précédée d’un récit de l’harmonie parfaite qui existait d’abord dans les Cieux. La guerre entre Michel et le Dragon a beaucoup de rapport avec le combat de Bel contre le Dragon qu’une tablette chaldéenne raconte[35]. Et il n’est pas inutile de remarquer que le dragon chaldéen a sept têtes, comme celui dont parle l’Apocalypse.
Nous venons de dire que les premières lignes (au moins quatre) de la tablette manquent.
5. «L’Être divin dit trois fois le commencement d’un psaume[36].
6. Le Dieu des saints cantiques, Seigneur de religion et d’adoration,
7. Établit mille chanteurs et musiciens, et institua un chœur
8. Aux chants duquel des multitudes répondaient.....
9. Avec un bruyant cri de mépris, ils interrompirent son saint cantique,
10. Abîmant, confondant, rendant confus son hymne de louange.
11. Le Dieu de la brillante couronne, avec un désir de réunir ses adhérents,
12. Sonna de la trompette pour éveiller la mort
13. Qui défendit aux dieux rebelles de revenir.
14. Il refusa leur service. Il les éloigna parmi les dieux ses ennemis.
15. A leur place il créa l’humanité.
16. Le premier qui reçut la vie habita seul avec lui.
17. Puisse-t-il leur donner la force pour qu’ils ne négligent pas sa parole,
18. En suivant la voix du Serpent[37], que ses mains ont créé.
19. Et puisse le Dieu de divine (parole) chasser de ses cinq mille ces mauvais mille
20. Qui, au milieu de son chant céleste, ont crié des blasphèmes mauvais.
21. Le dieu Ashur, qui avait vu la malice de ces Dieux qui avaient abandonné leur place
22. Pour se révolter, n’alla pas avec eux[38].»
II
POÉSIE DES PREMIERS SIÈCLES CHRÉTIENS
HYMNE ATTRIBUÉE A SAINT AMBROISE[39]
[Page 88.]
Mysteriorum signifer
Cœlestium, Archangele,
Te supplicantes quæssumus
Ut nos placatus visites.
Ipse cum sanctis Angelis,
Cum Justis, cum Apostolis;
Illustra locum jugiter,
Quo nunc orantes degimus.
Castissimorum omnium
Doctorum ac Pontificum
Pro nobis preces profluas
Devotus offer Domino,
Hostem repellat ut sævum,
Opemque pacis dirigat,
Et nostra simul pectora
Fides perfecta muniat.
Ascendant nostræ protinus
Ad thronum voces gloriæ,
Mentesque nostras erigat
Qui sede splendet fulgidâ.
Hic virtus ejus maneat,
Hic firma flagret charitas,
Hic ad salutis commoda
Suis occurrat famulis.
Errores omnes auferat,
Vagosque sensus corrigat,
Et dirigat vestigia
Nostra pacis per semitam.
Lucis in arce fulgidâ
Hæc sacra scribat carmina,
Nostraque simul nomina
In Libro vitæ conferat.
III
POÉSIE LATINE DU MOYEN AGE
UNE PROSE D’ADAM DE SAINT-VICTOR[40] (XIIᵉ SIÈCLE)
[Page 203.]
1.
Laus crumpat ex affectu!
Psallat chorus in conspectu
Supernorum civium!
Laus jocunda, laus decora,
Quando laudi concanora
Puritas est cordium.
2.
Michaelem cuncti laudent,
Nec ab hujus se defraudent
Diei lætitiâ.
Felix dies, quâ sanctorum
Recensetur Angelorum
Solemnis victoria.
3.
Draco vetus exturbatur,
Et Draconis effugatur
Inimica legio.
Exturbatus est turbator,
Et projectus accusator,
A cœli fastigio.
4.
Sub tutelâ Michaelis
Pax in terrâ, pax in cœlis,
Laus et jubilatio.
Cum sit potens hic virtute,
Pro communi stans salute,
Triumphat in prœlio.
5.
Suggestor sceleris
Pulsus à superis,
Per hujus aeris
Oberrat spatia.
Dolis invigilat,
Virus insibilat.
Sed hunc annihilat
Præsens custodia.
6.
Tres distinctæ hierarchiæ
Jugi vacant theoriæ,
Jugique psalterio.
Nec obsistit theoria,
Sive jugis harmonia,
Jugi ministerio.
7.
O quàm miræ charitatis
Est supernæ civitatis
Ter terna distinctio,
Quæ nos amat et tuetur
Ut ex nobis restauretur
Ejus diminutio!
8.
Sicut sunt hominum
Diversæ gratiæ,
Sic erunt ordinum
Distinctæ gloriæ
Justis in præmio.
Solis est alia
Quam lunæ dignitas,
Stellarum varia
Relucet claritas;
Sic resurrectio.
9.
Vetus homo novitati,
Se terrenus puritati
Conformet cœlestium.
Coæqualis his futurus,
Licet nondum plenè purus,
Spe præsumat præmium.
10.
Ut ab ipsis adjuvemur,
Hos devotè veneremur,
Instantes obsequio.
Deo nos conciliat
Angelisque sociat
Sincera devotio.
11.
De secretis reticentes
Interim cœlestibus,
Erigamus puras mentes
In cœlum cum manibus,
12.
Ut superna nos dignetur
Cohæredes curia,
Et divina collaudetur
Ab utrisque gratia!
13.
Capiti sit gloria
Membrisque concordia!
Amen.
IV
POÉSIE FRANÇAISE DU MOYEN AGE
EXTRAIT DU ROMAN DU MONT SAINT-MICHEL[41] (XIIᵉ SIÈCLE)
[Page 196.]
Ancieine costume esteit
Que jà par nuit, en nul endreit,
N’osast entrer huem desoz ciel
Dedenz l’igliese Seint-Michiel
Por nul besong que il éust,
Ne clers, ne lais, quels que il fust,
De ci qu’à l’ore que chaieit
Li orloges qui fors esteit,
Qui les matines terminout:
Li segreteins lors i entrout.
Totes les gardes fors gesoient
En lor maison que els aveient:
Ce faiseit l’en tout por l’Archangre,
Qui i hantout, e li seint angre.
Cil qui voleient escouter,
Les oeient souvent chanter.
Lor chant esteit cleirs e seriz
Comme de si seinz esperiz.
Apertement les reveeient
Mainte feiée, ceu diseient,
Li segrestein qui là geseient,
Quant guarde et escout s’em perneient.
Cil seint espirt molt i chantouent;
De lor clartei enluminouent
Tote l’igliese, quant veneient.
Les compangnes granz i esteient.
Entre tant vint au marruglier,
Oiant les gardes del mostier,
Uns huem (mès ne sei com out non,
Ne se s’il fut de la maison)
Por demander lor grant folie;
Ne leirei pas ne la vos die:
Il lor demande que deveit
Que el mostier nuls ne geseit,
Si cum en altres plusors funt,
Où cez chières reliques sunt;
Ne n’i leit l’en nul homme entrer
Dès qu’il ennoite, por ovrer.
Respondent cil: «Par reverence:
«Des seinz angles dont grant frequence
«I a par nuit espessement;
«Si ne porreit nuls veirement
«Suffrir veeir cele clarté
«Dunt sunt li angle avironné.»
—«Par fei! feit-il, empensé ai
«Que une noit i veillerai,
«Se l’en suffrir le me voleit.»
Chascun s’en rist qui s’en oieit;
Il quidouent qu’il se joast
E que ses diz à gab tornast;
Mais puis que virent que’s preiout
Et adecertes tot tornout,
Quant que lor out primes conté,
A lor maistres cil ont mostré.
En folie tenu le r’unt:
Jà otreiz nul ne l’en ferunt
De ceste ovre por nule rien,
Trestuit s’en sunt afichié bien;
Mais nequedent tant les preia
Que par ennui veincuz les a:
Otrié ont ceu qu’il requist;
Unques dangier nuls ne l’en fist.
Toz prof en prof treis jorz juna,
Al derraien bien se lava;
En l’aserant s’en est entrei
Dedens l’igliese, e recutei
En un angleit, à une part
Où chandele ne ceirge n’art.
Endreit prinsomme s’effreia:
Quer visions ne veia.
De la poor que il en out,
Unques une conter n’en sout;
Sum chief couvrit, si se mucha,
Jus à terre s’acraventa.
Aprof iceu el mostier vit
Molt grant clarté, si cum il dit;
En la clarté vit seint Michiel
E la Raïne, ou lui, del ciel,
E le portier de paréis,
De l’autre part, ceu li fut vis:
Le mostier vunt avironnant,
Dedenz entor e poralant.
De là où ert e se geseit.
Seint Michiel ot qui se plengneit
A cels qui eirent ovec lui,
Que el mostier aveit senti
De caroigne odor molt male:
De la poor devint cil pale;
Esguardé a cele partie
Où a la voiz de l’angle oïe.
Marriement le vit venir
Vers sei, molt tost ne pout fuir.
Leiz lui li Angles s’aresta:
Cruel vis out, ce li sembla,
E vie chose bien semblout.
Merci cria, si cum il pout.
De sa misere pitié unt
Li dui ki o seint Michiel sunt.
Ceu est la Mere Jesu-Crist
E seint Pierres, si cum cil dist;
A seint Michiel preient que ait
Merci de cel homme forfait.
Fait aveit grant presumpcion,
Meis or li preient que pardom
Por lor amor de cest li face.
Cil se geseit enz en la place.
Il lor respont que non fera,
Jà cest forfait ne pardonra:
As sainz espirz grant tort a fait:
Suffrir deivent que peine en ait.
Il li dient: «Se vos voleiz,
«Se veaus non trueves li donneiz
«Tant que as angles ait dreit fait
«A qui il a granment forfait.»
Seinte Marie pleige en fu,
Ceu a-il puis reconnéu.
La dame s’est vers lui clinée,
Si li a dit comme senée:
«Di, colibert, por quei venis
«En cest mostier, que i quéis?
«Liève tost sus e si t’en eis;
«Si faces dreit, iceu te rois,
«A seint Michiel, quant tu porras,
«Et as angles, qui tort fait as.»
Si cum il pout s’est remuez
E de l’igliese fors alez
Par mie la porte, qu’a trouvée
Trestote ouverte et esbaiée;
Iluec el porche est arestez,
Si se coucha sor les desgrez;
Malades est, si se pleigneit,
De ses pechiez se repenteit.
Li orloges atant sonna:
Li segresteins molt tost leva,
El mostier veit, si l’a chercié;
Esbahi s’est e esmaié
Quant il n’en a celui trouvé
Qui i esteit le seir entré;
Por veir quide qu’il ait robée
Toute l’igliese e violée;
A ses serjanz s’est tost alez:
«Seignors, fait-il, por Deu levez,
«E le larrum par tot querez
«Qui nos a toz ennuit robez.»
Isnelement cil sunt levé,
Tot le mostier ont poralé;
Al derraien vienent as portes,
Qui bien eirent fermes e fortes,
Desferment-les, eissu s’en sunt:
L’omme malade trouvé unt
Iluec devant où se geseit
Et à bien prof l’ame traieit.
Por lor meistre coru resunt,
Isnelement menet li unt.
Il veit celui mesaiesié,
Prise l’en est molt grant pitié;
Demande-lui que il aveit,
Con faitement eissuz esteit
De l’igliese, qu’aveit éu.
Cil li a tot reconnéu,
Conté li a sa vision
De chief en chief, sanz grant sermon.
Quant le jor vit lendemein cler,
Se fist très-bien decepliner
Devant l’autel apertement,
Si que’l virent tote la gent;
Dous jorz vesquit, molt a ploré,
A toute gent merci crié,
A seint Michiel méismement
Vers cui s’esteit forfait griement.
De cest siècle est al tierz alez:
Ge n’espeir pas qu’il seit dampnez.
V
LES ORIGINES DU THÉATRE FRANÇAIS (XIVᵉ SIÈCLE)
REPRÉSENTATIONS DRAMATIQUES DONNÉES A L’ABBAYE DEVANT LES PÈLERINS
Guillaume de Saint-Pair avait raconté en un style charmant les miracles du Mont-Saint-Michel; mais ce n’était là qu’une narration, et il fallait un jour en venir à la dramatiser. C’est ce que fit, au quatorzième siècle, un moine inconnu du Mont-Saint-Michel, qui fit jouer son drame «en présence de ces foules immenses qui, à certains jours de fêtes privilégiées, encombraient les abords de l’Abbaye». Le texte de ce drame a été dressé par M. Léopold Delisle et publié par M. de Beaurepaire. «C’est une œuvre incorrecte, inégale et généralement dépourvue d’invention; mais enfin c’est une œuvre théâtrale, et cette transformation de la légende en drame est un fait important à noter.» Le premier miracle (I) n’est qu’un fragment. Une pèlerine au Mont-Saint-Michel a mis au jour un enfant au milieu de la grève, et saint Michel l’a miraculeusement préservée contre le flot montant. Elle quitte avec son mari le Mont où elle a été recueillie, et le poète nous fait assister à ce départ. Le second miracle (II) est plus compliqué, et se rapporte à un serpent merveilleux, qui fut tué grâce à saint Michel. Le troisième (III) est sans doute relatif à l’une de ces visites que saint Michel faisait de temps en temps à sa montagne de prédilection et à celle peut-être qu’a racontée plus haut Guillaume de Saint-Pair. Ce ne sont que des débris, et, si nous les reproduisons ici, c’est à cause de l’intérêt exceptionnel que présentent ces représentations théâtrales à l’usage des pèlerins au Mont. (Voy. E. de Beaurepaire, Les Miracles du Mont-Saint-Michel, Avranches, 1862, in-8º. C’est d’après cette publication que nous imprimons notre texte.)
I
. . . . . . . . . . . .
SPONSUS RECEDENS A MONTE.
Penson d’errer ligièrement,
Ainz que la mer retourne en greve.
S’il ne va pas empirement,
Il n’y a chose qui nous grève...
Pour plus aler ysnellement,
Cil enfant illec me baillez.
(Ipsa tradit puernm.)
Pour qu’il est né nouvellement,
La venez. Suymes bien taillez,
Et si m’avent à le porter
Comme à ung asne à porter somme...
UXOR SPONSI.
Gardez qu’il n’ait le vis couvert:
Partant à coup seroit estainct...
Portez le en pais, sans haracier:
Il en pourroit estre pery.
SPONSUS.
Fole estes de vous soucier
Qu’il ne soit porté bien sery.
Nous devon bien Dieu gracier
Que nous suymes ceux en lignie.
Les moynes, sans falacier,
Nous ont fait bonne compagnie.
UXOR SPONSI.
Sy ont. Quer ils sont gens de bien
Misericors et charitables.
Prier pour eulx devrion bien,
Quer jolis sont et bien metables.
. . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . .
II
. . . . . . . . . . . .
POPULUS.
A la place suymes venuz
Que desirée avons souvent.
A saluer suymes tenuz
L’abbé de cy et le couvent,
Et puis après, notre message
Raconteron sans nul deffault.
CONSULTUS POPULI.
Sire, vous parlez comme sage,
Et ainsi entendre le fault.
Après vostre eloquence dicte,
Verron bien, si c’est leur plaisir,
Que la chose soit reconduyte
Avecquez eulx, et s’en saisir
Juscquez ad ce point n’est possible
Que nous en puysson rien savoir.
Cest jouel à qui est sensible
Profite plus qu’or ne avoir.
Alon d’accort leur presenter,
Et par ytant en seron quictez.
POPULUS.
C’est bien dit: sans nous sermenter
De nous en croire aront meritez.
Celui qui est sans finement,
Dicit abbati.
Messeigneurs, vous doint bonne estraine.
Si ouyr vous plaist benignement,
Le cas vous diron qui nous mene.
MAINART, ABBAS MONTIS.
Volentiers vous escouteron,
Quer vous nous semblez gens honnestes,
Par quoi point ne vous doubteron;
Quer gens de bien pert que vous estes.
A voir à vostre filomie,
Ignorer n’en fault nullement.
POPULUS.
De rien ne vous mentiron mie:
Pour nous seroit fait follement.
Et vroy qu’au party dont nous sommes.
Avoit ung serpent molt cruel,
Nagairez, qui femes et hommes
Devouroit à perpetuel.
Du peuple la communité
S’efforça pour le pourchacier.
Veant sa grant malignité,
A le tuer ou le chacier.
La où son retraict il faisoit
Sourvint de commun grant faison:
Quer toutes fois qu’il lui plaisoit
Envenymoit tout de poison.
En un maroys trouvé couché
Fut dudit peuple habitué
Où il avoit été touché
Et frapé à mort et tué.
MAINART ABBAS.
Qui fit cela?
POPULUS.
Nul ne savoit.
Gens y furent de mainte guise.
Ydonc si sage n’y aveit
De nostre evesque et gens d’église
Qui sachent qui avoit frapée
Geste beste cruelle et felle.
Mais son escu et son espée
Lessa sanglans au plus près d’elle.
L’evesque n’y sceut qu’aviser,
Quant au regart de celle ensaigne,
Fors porter pour en delivrer
Au Mont de Gargaine en Champaigne.
Nous deulx icy les portion
En esperant de Dieu la grace;
Mes tant plus fort nous allion,
Plus eslognion de la place.
Ung jouvencel après trouvasmes
En chemin qui fut ensement:
Que portion nous lui contasmes
Qui nous introduyt grandement,
Et de faict nous fist retourner,
Disant estre l’ange Michel
Qui venu est sans séjourner,
Pour le serpent, lassus du ciel...
. . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . .
III
. . . . . . . . . . . .
ABBAS.
Il est jour, Jennyn. Liève toy
Et nous euvre celle fenestre.
J’ay le cueur en si grant esmoy
Que plus ycy je ne vuyl estre.
Pas ne seroit en ma puyssance
De dormir ne de reposer:
Onc de tel fait n’eu congnoissance.
Je n’y saroye que supposer.
JENNYN.
La fenestre si est ouverte,
Il est jour, dont je suys bien aise,
Oncques pour gaigne ne pour perte
Mon cueur ne fut si mal à l’aise,
Comme il a esté ceste nuit.
Je ne sçay don ce m’est venu.
Je ne vouldroye pas ennuyt
Pour rien estre si court tenu.
PRIMUS CUSTOS.
Depuys que m’alay recoucher,
Après la tourmente passée,
Laisir n’eusse eu de me moucher,
Tant ay esté en grant pencée.
Il est jour, dont je remercie
Dieu d’estre hors de ceste paine;
Mais touttefois bien me soucie
D’où vient ceste chose soudaine.
SECUNDUS CUSTOS.
Je n’ay pas trop grande savance;
Mais je vous diray comme indigne,
Qu’en cet hostel, à ma cuydance,
A quelque chose qui est digne;
Aultrement ne se pourroit faire,
Selon que puys apercevoir.
Monseigneur, alez ceste affaire
A nos frères faire assavoir.
ABBAS (intrando in ecclesiam).
Alon à eulx. Ils sont levez.
Ils sont icy dedens l’eglise
Vous, gardes, estre y devez;
A la garder que nul n’y nuysse.
Quer c’est vostre commission
De garder l’autel et reliques.
De ce faire avez pension:
Gardez les myeulx que gens iniques.
Dicit fratribus suis.
Frères, entendez tous à moy.
Une chose sur mon cueur tire
Qui le tient en si grant esmoy
Qu’à paine je vous saroye dire.
Sachez que, quant nous en alasmes.
Er soir, pour nous devoir coucher.
Nos huys et fenestres fermames,
Si bien que nully aproucher
N’en povait en nulle manière,
Tant estoient fermées bien à point.
Puys me couchè, et chacun frere
En noz liz très bien et à point.
Pas ne dormismes longuement,
Qu’il vint une tel fraction
Qu’onc ouy ne fut tel tourment,
De quoy soit faicte mencion.
De ce fusmez tous esvillez:
De dormir nous n’avions garde,
Et, tous ainsi esmerveillez,
Nous levasmes, sans point de tarde,
Cuydans qu’aucuns larrons y fussent.
L’ostel fut serchié promptement:
Et nulz pour serchier que ilz peussent
Rien n’y trouverent nullement.
Si chercha l’en par les corniers,
Et par cotières, et par boutz
Sur les trefs, et sur les sabliers,
Tant par dehors que par desoubz.
Puys que tout ainsi serché fut,
Sans y trouver aucune chose,
Et qu’on eut fait le mieulx qu’on peult.
Chacun après si se repose,
En son lit, comme auparavant,
Sans point dormir une estincelle,
Plus amalvisés que devant
Nous avon esté de plus belle.
Nous ne savon que ce peult estre,
A vous venon conseil querir,
En priant le doulz Roi celestre,
Qu’il luy plaise nous secourir.
Dictez m’en vos oppinions,
Et qu’un poy ycy me repose.
PRIMUS MONACHUS.
Assez sages ne serions
A respondre de si grant chose:
C’est ung cas ycy mervilleux;
Je croy que ce soit ung miracle.
Dieu nous en face tous joieux,
Et luy plaise que par signacle,
Ou par aucune demonstrance,
Nous en vuylle faire certains,
Pour plus confermer sa creance,
Et sans de luy estre lointains.
Je lui supli que, de sa grace,
S’il lui plaist, ainsi soit parfait.
SECUNDUS MONACHUS.
Je lui pri que certains nous face
Qu’il est à faire de cest fait.
Monseigneur, vous estes bien sage,
Et avez en vous grant science,
Pour pourvoir de vostre courage
A cest fait cy, come je pence.
Tout ce que vous adviserez,
Pour ce cas cy, nous le feron.
ABBAS.
Mes amis estes et serez:
S’or me croiez, nous juneron,
Troys jours continuelment,
Prians Dieu qu’il luy vieulle plaire
A nous donner entendement
De ce cas cy qu’il est à faire.
Et, si la chose vient de luy,
La luy plaise reiterer;
Aussi, s’el ne vient de par luy
Lui plaise le fait moderer.
Et, si le fait est fantaisie,
Ne nous souffre plus tourmenter.
Chacun de nous ne vouldroit mye
. . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . .
VI
LES ORIGINES DU THÉATRE FRANÇAIS (XIVᵉ SIÈCLE)
MIRACLE DE LA NATIVITÉ DE NOSTRE SEIGNEUR JHESUS CRIST [42]
PERSONNAGES:
|
JOSEPH. NOSTRE-DAME. ZEBEL. SALOMÉ. MICHIEL. GABRIEL. SIMÉON. |
JHESUS. LE LIBRAIRE. PREMIER MAISTRE. DEUXIESME MAISTRE. TROISIESME MAISTRE. QUATRIESME MAISTRE. |
JOSEPH.
Vueillez a moy entendre sa,
Marie, doulce amie chiére;
Je ne sçay en quelle maniére
Avec moy vous puisse mener:
Car il nous esconvient aler
Jusqu’en la ville où je fui nez,
A ce que li treuz paiez
Soit de nous, et, a mon semblant,
Si près estes d’avoir enfant,
Ne sçay qu’en die.
NOSTRE DAME.
Joseph sire, cuer qui se fie
En Dieu ne peut estre periz:
Alons y donc. Sains Esperiz
Par sa bonté nous conduira,
S’il li plaist, et de nous fera
Sa voulenté.
JOSEPH.
Dame, vous dites verité:
Or vueille de nous deux commettre;
Car je me vueil en chemin mettre
Tout maintenant.
NOSTRE DAME.
Ce seroit grant desavenant,
Joseph, puis qu’estes mon espoux,
Se je n’aloie avecques vous:
Et pour c’yray.
JOSEPH.
Chiére amie, et je vous menray
Tout bellement.
NOSTRE DAME.
Sire, je suis ja malement
Traveillie; querez un lieu
Où nous puissons huimais pour Dieu
Nous herbergier.
JOSEPH.
Dame, j’en craing moult le dangier:
Car on m’a pour voir raconté
Qu’en Bethleem, ceste cité,
A tant venu pour voir de gent
C’on ne peut trouver pour argent
Ou place avoir.
NOSTRE DAME.
Sire, si vous faut il savoir
Où habergie huimais seray:
Car je croy que j’enfanteray
Encor ennuit.
JOSEPH.
Hé! m’amie, or ne vous ennuit
Tant qu’a celle femme soions
Que la voy. Si li demandons
S’aucun lieu nous enseignera.
Dame, Dieu du ciel qui tout a
Creé, vous doint beneiçon!
Enseigniez nous une maison,
Se vous savez, ou aucun estre
Où sanz plus huimais puissons estre.
Herbergié, dame.
ZEBEL.
Sire preudons, foy que doy m’ame,
Vous estes venuz mal a point:
Car je ne sçay de maison point:
Ou il n’ait gent à grant planté,
Si qu’enseignier en vérité
Ne vous saroie lieu nesun,
Se ce n’estoit un lieu commun,
Liquelz n’est pas pour vous honnestes:
Car la foraine gent leurs bestes
Quant il sont venuz au marchié,
Sitost qu’il les ont decharchié,
Y mettent, sire.
NOSTRE DAME.
Ha! dame, que Dieu vous gart dire!
Y seray je par vous menée?
Je sui de traveil si lassée
Que ne puis plus.
ZEBEL.
Dame, oil, sanz faire refus:
Vous me samblez de bon affaire
Et preste, ce croy, de bien faire.
Sçavez vous terme?
NOSTRE DAME.
Nanil; pour voir le vous afferme,
Ma doulce amie.
ZEBEL.
Dame, ne vous mentiray mie:
Vezci le lieu que je disoie.
Entrez ens. Dieu vous y doint joie
De vostre corps.
NOSTRE DAME.
Joseph, alez me tost là hors
Aucune ventriére amener:
Car je senz bien que delivrer
D’enfant me fault.
JOSEPH.
C’y vois de cuer joiant et baut,
Sans faire sejour ne détri.
Dame, je vous requier et pri
Que vous li tenez compagnie,
Afin que seule ne soit mie,
Tant que reviengne.
ZEBEL.
Sire preudons, quoy qu’il aviengne,
N’en doubtez point, ne la lairay.
M’amie, je vous aideray
Voulentiers. Comment vous est il?
Certes, je crainz moult le peril
Où je vous voy.
NOSTRE DAME.
Bien, dame; pour Dieu, aidiez moy;
Vueilliez mon enfant recevoir;
Car nulle autre n’y peut pour voir
A temps venir.
ZEBEL.
Je le feray de grant desir.
Ha! Dieux! que je voy grans merveilles!
Onques mais ne vi les pareilles:
Car je tieng un fil né de mere
Sanz generacion de pere
Corporelle, et par verité
La vierge en sa virginité
Est demeurée.
NOSTRE DAME.
Doulce amie, s’il vous agrée,
En ces drapiaux envelopez
Mon enfant, et puis le metez
Ci delez moy.
ZEBEL.
Voulentiers, dame, par ma foy;
Au bien couchier vueil mettre cure.
E! enfes, doulce creature,
Bien puisses tu ore estre nez
Et bons eurs te soit donnez!
Car tu es gracieus et doulx
Et plaisant sur les enfans touz
C’onques en ma vie vi naistre.
Tenez, dame, vueillez le mettre
De vous bien près.
NOSTRE DAME.
M’amie, moult en suis engrès;
Baillez le sa.
JOSEPH.
Dame, Dieu vous gart! Il a là
Une femme d’enfant enceinte,
Et sachiez qu’elle est si atainte
Qu’il lui semble bien sanz doubter
Que maintenant doie enfanter.
Pour ce, dame, je vous requier,
S’il vous plaist, venez li aidier
Par charité.
SALOMÉ.
La dame dont m’avez compté,
Sire, où fait elle son demour,
Respondez me voir par amour,
Ne qui est elle?
JOSEPH.
C’est une jonne damoiselle
Qui m’a esté donnée à fame,
Qui n’a pas plus de treize ans, dame,
Et s’est née de Nazareth.
Pour Dieu, mais qu’il ne vous soit lait,
Ma chiére amie, à li venez,
Si que de l’enfant quant iert nez
Serez ventrière.
SALOMÉ.
Sire, avec vous à lie chiére
Yray, puis qu’en avez mestier:
Car aussi est ce mon mestier
D’enfans noviaux nez recevoir.
Alons men tost sans remanoir;
N’atarjons point.
JOSEPH.
Alons, dame: Dieu doint qu’a point
Y puissez estre!
SALOMÉ.
Sire, dites moy en quel estre
Vous me menez.
JOSEPH.
M’amie, assez tost y serez.
C’est ci, ce sachiez, qu’est la fame
Pour qui je vous amaine, dame.
Or entrez ens.
SALOMÉ.
Diex du ciel vueil estre ceens
Par son plaisir!
ZEBEL.
Salomé, bien puissez venir!
Que venez querre?
SALOMÉ.
On m’a ci amené bonne erre
Pour une femme qui travaille,
A qui je dois estre la baille
De son enfant.
ZEBEL.
Salomé, pour voir vous créant
Que trop à tart vous y venez:
Car li enfes si est ja nez
Et vezla la mere couchie;
Et si sachiez c’onques touchie
Ne fu d’omme en nulle manière;
Ains est vierge de corps entière:
Car je l’ay bien hui esprouvé,
Et pour voir telle l’ay trouvé
A l’enfanter.
SALOMÉ.
Tu te feras des gens moquer,
M’amie, se plus diz telz moz:
Ne porte à femme ja ce loz
Qu’elle puist enfant concevoir
Sanz congnoissance d’omme avoir:
Ce ne peut estre par nature;
Ne qu’enfanter puist vierge pure,
Ne le dy mie.
ZEBEL.
Quoyque des autres ne le die,
De ceste le tesmoingneray,
Qu’après l’enfanter trouvé l’ay
Vierge pucelle.
SALOMÉ.
Certes, c’est chose si nouvelle
Que se de mes yeulz ne veoie
La dame, et de mes mains touchoie,
Je ne croiroie point tel dit;
Pour ce maintenant sanz respit
L’iray veoir et puis taster.
Lasse! j’ai perdu le taster.
Lasse! lasse! lasse! mes mains
Ay perdu. E! lasse! s’au mains
L’une des deux demourast vive,
Bien me fust; mais lasse! chetive!
Ceste forment me desconforte,
Que je voi qu’elle est toute morte:
Et ceste ci redevient seiche
Aussi comme une vielle meiche.
Dieux! or vivray je en mescheance
Quant les membres dont ma chevance
Par honneur je souloie avoir
Pers ainsi. Lasse! Or ne sçay voir
Que puisse faire.
MICHIEL.
Gabriel, pour le cuer reffaire
De joie à la vierge bénigne
Qui du filz Dieu gist en gesine
Nous fault en Bethléem aler
Et devant la dame chanter.
Or y alons.
GABRIEL.
Certes, Michiel, c’est bien raisons
Que de nous ait aucun soulaz:
Car humains par elle des laz
A l’ennemi seront hors mis,
Et seront fait a Dieu amis;
Et dès maintenant leur paix ont
Tuit cil qui de bon vouloir sont.
Pour c’est li fil Dieu nez en terre.
Or y alons, Michiel, bonne erre;
Je vous em pri.
MICHIEL.
Alons sanz plus faire detri,
Et chantons pour nous rehaitier.
Rondel.
On doit bien la dame prisier
En qui prist par dileccion
Dieu le fil incarnacion;
Puisqu’a Dieu fist homme appaisier,
On doit bien la dame prisier.
Car Dieu enfanta sanz brisier
De riens sa vierge affeccion,
Et pour c’en grant devocion
On doit bien la dame prisier
En qui prist par dileccion
Dieu le filz incarnacion.
SALOMÉ.
E! Diex pour quelle mesprison
Sui-je ainsi laidement batue?
Lasse! de forte heure embatue
Me sui ceens, au dire voir,
Pour enfant mortel recevoir,
Quand g’y ay mes deux mains perdu:
Dont j’ay le cuer si esperdu,
Ne sçay que dire.
ZEBEL.
Salomé, je me doubt qu’en ire
Dieu contre vous meu ne soit
Pour aucun pechié qu’en vous voit,
Qui par aventure est en vous,
Ja soit ce que nous pechons touz,
Dont il se veult ore vengier:
Car il est juge droiturier.
Mais il est si misericors
Que qui de soi met pechié hors
Et merci li prie humblement
Il l’appaise ligiérement:
Si que je vous conseil pour bien,
M’amie, se vous savez rien
Qu’aiez meffait encontre li
Que vous li en criez merci:
Ce sera sens.
SALOMÉ.
A ce conseil, Zebel, m’assens;
Car il me semble raisonnable:
Mais je ne sçay de quoy coulpable
Vers li tant soie.
GABRIEL.
Michiel, bien devons mener joie;
Regardez com noble mistere!
Vierge est de son createur mere:
Car elle l’a vierge enfanté,
Et la divine majesté
C’est à enfermeté conjointe,
Et foy c’est a cuer d’omme adjointe
Pour tout ce croire.
MICHIEL.
Gabriel, c’est parole voire.
Dieu c’est fait homs dessous nature
Pour ce que soient l’escripture
Et tuit li prophete acompli,
Et li siéges es cieulx rampli
Qui sont touz vuidz.
GABRIEL.
Ce nous tournera à deduiz,
Michiel amis, et à grant gloire.
Par amour ors disons encoire
Ce rondel qui moult m’atalente:
RONDEL.
Vierge royal, dame excellente,
Sur toutes autres pure et monde,
Qui ne vous sert pensée à lente,
Vierge royal, dame excellente;
Car du fruit avez est à l’ente
Qui de nient crea tout le monde;
Vierge royal, dame excellente,
Sur toutes autres pure et monde.
SALOMÉ.
E! sire Diex, s’en vous habonde
Ne pitié ne misericorde,
Je vous pri de moy vous recorde,
Et me vueillez estre amiable,
Dieu du ciel, pére esperitable:
Car se j’ay n’en parler n’en fait
Riens, sire, contre vous meffait,
Pour quoy vous me punissiez ci,
De cuer vous en requier merci
Que le me vueillez pardonner,
Et me vueillez, sire, donner
Par vostre infinie bonté,
S’il vous plaist, parfaite santé
Dessus mes membres.
GABRIEL.
Salomé dame, or te remembres,
Que pour ce que tu n’as veu
Vierge enfanter, ne l’as creu;
Ains le vouloies esprouver;
Pour ç’a volu Dieux estriver
A toy qu’estrivoies à lui,
Et t’a envoié cest annuy
Qui te doit estre à grant contraire.
Or t’avise que Dieu peut faire
Plus que vierge faire enfanter,
Et, se tu le croiz sanz doubter,
Atouche l’enfant seulement,
Et tes mains saines vraiement
Recouvreras.
SALOMÉ.
Ha! sire, ne me moquez pas.
Qui estes vous? Dites le moy,
Si vous plaist, et je vous em proy:
Ne vous voi mie.
GABRIEL.
Je sui un ange, belle amie;
Sachez que je te compte voir.
Si tes mains veulz saines ravoir,
Fai ce qu’ay dit.
SALOMÉ.
Je le vois touchier sanz respit.
Enfes doulz et beneurez,
Si voirement com tu es nez
De vierge, et ainsi je le croy,
Et que mes mains en cette foy
Mett sur toy, Dieu par son plaisir,
Ains que de ci puisse partir,
A sa merci me vueille prendre!
Ha! Dieu, bien vous doy graces rendre,
Puis que tant m’avez honnouré
Que mes mains m’avez restoré,
Sire, en santé.
ZEBEL.
Il est Diex parfaiz en bonté,
Salomé, ce pouez savoir.
Nous devons espérer pour voir
Que cest enfant de par lui vient,
Puis qu’après l’enfanter il tient
Vierge la mère.
SALOMÉ.
Voire, et dire qu’il en est pére.
Zebel, moult doiz grant joie avoir,
Quant tel enfant poz recevoir.
Et vous, dame, moult estes digne,
Qui gisez de ceste gesine
Esmerveillable.
NOSTE DAME.
A Dieu, le pére esperitable,
En soit la gloire atribuée,
Quant de sa grace m’est donnée
Si grant partie.
SALOMÉ.
Ja ne quier estre departie
De vous, dame, s’il vous agrée,
Tant que vous soiez relevée
Tout à vostre aise.
NOSTRE DAME.
Chiére amie, ne vous desplaise,
Zebel seule bien me souffist.
Alez à celui qui vous fist
Qui vous gart l’âme!
SALOMÉ.
Je m’en vois donques. A Dieu, dame.
Puissiez remaindre!
SIMÉON.
Dieu de lassus, fai tes cieulx fraindre:
Envoie nous ton filz en terre,
Par quoy soit finée la guerre
Que tu as à l’umain lignage,
Si qu’avoir puissons l’eritage
Pour quoy, sire, tu nous formas.
Et, sire, longuement nous as
Anoncié par tes sains prophètes,
Et tant belles promesses faites
Du rachat de lignie humaine
Que li Sathans en enfer maine!
Ysaïes a dit pour voir
Qu’une vierge doit concepvoir
Et enfanter un vierge fil
Qui hors gettera du peril
D’enfer le peuple d’Israel,
Et ara nom Emanuel.
Sire Dieu père, ceste grace
Que faire nous doiz, quant sera ce?
Ha! Dieux, cil enfes quant venra
Ne quant sera ce qu’il naistra.
Afin que je veoir le puisse?
Je ne cuit pas que ci me truisse
Cest enfant que je tant désir.
Dieux, te venroit il à plaisir
A moi de grâce pourveoir,
Tant que cil œil ci de veoir
Ycellui soient saoulé,
Par qui de mon cuer reveillé
Seront il œil?
MICHIEL.
Gabriel amis, aler vueil,
Car il m’est de Dieu conmandé,
A Simeon qui demandé
Li a un don par grant desir.
Ne vous vueilliez de ci partir;
Si revenray.
GABRIEL.
Michiel, ci vous attenderay;
Alez au Dieu plaisir, amis:
Puisque vous y estes conmis,
C’est bien raison.
MICHIEL.
Paix soit avec toy, Simeon!
En ton cuer doiz avoir grant joie
Sains Esperiz à toi m’envoie
Et te mande, n’en doubte pas,
Que ja la mort ne gousteras
Si aras veu le Sauveur
Du monde: ceste grant honneur
Te veult il faire.
SIMÉON.
Ha! vrai Diex, pere debonnaire,
Quant ert ce? Ja sui je si vieulx
Qu’à peine puis lever les yeulx
Et mon corps sur piez soustenir:
Je ne cuiday onques venir
A tel vieillesce.
MICHIEL.
Or aiez cuer plain de leesce.
Pour ce que tant l’as désiré
Et en ce désir demouré
Est devant Dieu ta voix oie,
Et ta clamour est essaucie,
Si que venuz es à ce point
Que le verras; n’en doubtes point.
A Dieu te dy.
SIMÉON.
A! Dieu pére, je vous mercy,
Quant en ce siècle tant vivray
Qu’à mes deux yeux celui verray
Qui sauveur du monde sera;
Certes, mon cuer repos n’ara
Tant que le voie.
NOSTRE DAME.
Zebel, il est temps que je doye
De ceste gesine lever,
Et au temple de Dieu aler
Pour ma purificacion,
Et mon filz en oblacion
Porter: c’est droiz.
ZEBEL.
C’est mon, dame; il a plus d’un mois
Que vous acouchates, ce croy,
Voire quarante jours, par foy:
Bien m’en souvient.
NOSTRE DAME.
C’est voir, m’amie; il vous convient
Que vous m’alliez deux turtres querre
Ou deux jeunes coulons bonne erre,
Qu’avec moy seront apportez:
Mon enfant en ert rachatez
Après s’offrande.
ZEBEL.
Dame, mon cuer se reconmande
A faire tout vostre plaisir:
Querre les vois de grant desir,
Telz que je sçay qu’ils doivent estre.
Je ne revenray en cest estre
Si les aray.
NOSTRE DAME.
Or ne faites pas long delay,
M’amie chiére.
ZEBEL.
Dame, revien je tost arriére?
Vezci une paire d’oisiaux,
Qui sont et gracieux et biaux,
Je vous creant.
NOSTRE DAME.
M’amie, et nous fault mon enfant
Couchier en nouviaux drapelez,
Touz les plus biaux et les plus nez
Que j’ay; et puis si en irons
Moi et vous, et le porterons
Au temple offrir.
ZEBEL.
Ainsi le fault pour acomplir
De la loy le conmandement.
Delivrons-nous, dame, briévement;
Il en est heure.
SIMÉON.
Pére des cieulx, moult me demeure
Que je voie ton enfant chier,
Que tu doiz en terre envoier
Pour le sauvement des humains.
Haste toy, doulx pére hautains;
Romps tes cieulx, euvre paradis.
Acomplis ce que m’as promis,
Dieu de lassus!
GABRIEL.
Or tost, Symeon, liéve sus;
Aorne toy sanz deporter.
Vez ci c’on te vient apporter
L’enfant, moult te doit estre bel,
Qui sera du peuple Israel
Sauveur et sire.
SIMÉON.
Ha! Dieux, onques mais n’oy dire
Chose qui tant me feist joie.
Certes tenir ne me pourroie
Qu’à l’encontre de li ne voise:
Car sa venue moult m’envoise
Et rebaudist.
ZEBEL.
Dame, or veez s’il vous suffist.
Vezci votre enfant; couchié l’ay
Au miex que je couchier le say,
Se m’aist Diex.
NOSTRE DAME.
Zebel, m’amie, on ne peut miex:
Or en alons.
GABRIEL.
Michiel, cy plus ne nous tenons:
Alons nostre Dieu convoier,
Et pensons de nous avoier
D’un biau chant dire.
MICHIEL.
Je ne vous vueil mie desdire.
Mon tresdoulx ami Gabriel;
Je vous pri, disons ce rondel:
Car de moy joie le cuer emble.
Rondel.
Humble vierge, à qui ne ressamble
Personne née,
Par droit devez estre honnorée
Plus que nulle autre, se me samble,
Et miex amée,
Humble vierge, à qui ne ressamble
Personne née:
Car pour vous d’omme et Dieu ensamble
Est hui donnée
Offrande au temple desirée;
Humble vierge, à qui ne ressamble
Personne née,
Par droit devez estre honnorée.
SIMÉON.
Bien puissiez estre relevée,
Dame, qui au temple venez!
Ce doulx enfant que vous tenez,
Pour Dieu mettez le sur mes bras;
Dessus l’autel, n’en doubtez pas,
Le porteray.
NOSTRE DAME.
Voulentiers le vous bailleray.
Tenez, sire, je le vous offre:
Après vous feray j’une autre offre,
Pour li ravoir.
ZEBEL.
Dame, vez la ci preste, voir,
En ce panier.
SIMÉON.
Dieu, je te doy bien mercier,
Qui le mien cuer en paix as mis;
Car ainsi com tu m’as promis
Par ta parole qui est voire,
Je voy le salut et la gloire
Qu’a ton peuple as appareillié;
S’en ay, sire, le cuer si lié
Qu’avis m’est que doie partir.
Or fay de mon corps departir,
Sire, l’ame quant te plaira,
Puis que mon cuer son desir a,
Dont tant ay joie.
NOSTRE DAME.
Zebel, il est temps que je doie
Faire m’offrande, ce m’est vis.
Bailliez ça ces oisellez vis
Et ce cierge aussi alumé,
Ainsi qu’il est acoustumé:
Pour mon enfant ravoir, au prestre
Voulray tout donner, et pour estre
Purifiée
ZEBEL.
Je feray de voulenté lie,
Dame, vostre conmandement.
Tenez, offrez appertement
Au nom de Dieu.
NOSTRE DAME.
Sire prestre, tenez en lieu
De ma purificacion
Ce cierge, et en oblacion
De mon enfant ces oisiaux ci.
Que Dieu par la seue merci
Nous vueille aidier!
SIMEON.
Dame, je tien que nul mestier
De purefiement n’avez:
Car ce filz qui de vous est nez
N’est pas venuz par euvre d’omme;
Ainsi est filz de Dieu, c’est la somme,
Qui pris a corps et nouvelle ame;
Et pour ce je vous di bien, dame,
Qu’à l’eure de sa passion,
Pour la grant tribulacion,
Dame, qu’endurer li verrez,
Si tourmentée en cuer serez
Que la douleur qu’il souffrera
Parmi vostre ame passera,
Et sa mort vous sera à mort.
Li cuer si me dit et remort
Qu’ainsi doit avenir sanz faille.
Tenez, dame, je le vous baille.
Alez vous ent.
NOSTRE DAME.
Diex en fera à son talent,
Sire; c’est bien raisons et droiz.
Par vostre congié je m’en vois;
A Dieu vous di.
ZABEL.
Sire, je vous commant aussi
A Dieu le pere.
GABRIEL.
Or fault que nostre voiz s’appere
En chantant, Michiel, doulx amis,
Tant que nostre rondel pardis
Sera du tout.
MICHIEL.
Gabriel, mettez soing et coust,
Que vostre chant au mien s’assemble.
Rondel.
Car par vous d’omme et Dieu ensamble
Est hui donnée
Offrande au temple desirée;
Humble vierge, à qui ne ressamble
Personne née,
Par droit devez estre honnorée.
JOSEPH.
Dame, je say qu’acoustumée
Est que l’evesque et li provoire
Font hui moult grant feste, en memoire
Que Dieu noz peres tant ama
Que d’Egipte les delivra
Hors des mains au roy Pharaon,
Par Moyse et par Aaron.
En savez rien?
NOSTRE DAME.
Joseph, sire, il me membre bien
Qu’en fait hui feste, en remembrance
De ce que Dieux à delivrance
Mist tout son peuple hors d’Egipte,
Et que la mer où nulz n’abite
Passèrent sanz estre moillez,
Et l’ost d’Egipte y fut noiez
Et tout perdu.
JOSEPH.
Marie, c’est voir; ainsi fu:
Et pour ce de toute Judée
A ceste solempnel journée
En Jherusalem leur offrande
Portent tuit. Ainsi le conmande
Dame, la loys.
NOSTRE DAME.
Sire, c’est bien raison et droiz
Que moy et vous donc y alons,
Et Jhesu, nostre enfant, menons
Avec nous: s’offerrons ensemble.
C’est bon à faire, se me semble;
Et vous qu’en dites?
JOSEPH.
Nous n’en pouons, dame, estre quittes
Autrement; si que par amour
Appareilliez vous sanz demour,
Et vous, biau filz: si en irons.
Au temple de Dieu vous menrons
Hui, se Dieu plaist.
JHESUS.
Je sui tout prest, sire, s’ous plaist
Ma mére et vous.
NOSTRE DAME.
Oil certes, mon enfant doulx.
Alons men, sire.
JOSEPH.
Or alons, que Dieu nous gart d’ire.
Il n’y a pas de ci granment;
Nous y serons assez briement.
Venez, biau filz.
JHESUS.
Pere, soiés certains et fiz
Que g’y vois moult tres voulentiers.
Avançons nous endementiers
Que temps avons.
NOSTRE DAME.
Vezci le temple où nous alons.
Biau filz, tout bellement venez;
Pour Dieu, de moy près vous tenez.
Je vous en pri.
JHESUS.
Mére, alez; si feray je si:
Ne vous doubtez.
JOSEPH.
Marie dame, or m’escoutez.
Ceens ara ja si grant presce,
Que maint y seront à destresce:
Car gens venront de toutes pars.
Ne soions pas d’offrir eschars,
Mais dessus cest autel mettons
Nostre offrande, et nous en alons
Ysnellement.
NOSTRE DAME.
Sire, je l’accors bonnement:
Or, offrez donques sanz delay.
J’ay tout prest ce que j’offerray
Sur cest autel.
JOSEPH.
J’ay offert; or faites autel
Que j’ay fait, dame.
NOSTRE DAME.
Joseph, moult voulentiers, par m’ame.
Qu’il est raisons.
JOSEPH.
Par amour, or nous en alons,
Puis que noz offrandes sont faites:
On verra maishui moult de sectes
De gens venir.
NOSTRE DAME.
Je ne me vueil ci plus tenir.
Venez vous en, biau filz Jhesus.
E! lasse! qu’est il devenuz?
Pas ne le voy?
JOSEPH.
Avoy, ma doulce amie, avoy!
Comment! Jhésus est-il perduz?
Haro! je sui touz esperduz!
Que n’en voy point.
NOSTRE DAME.
E! lasse! grant douleur m’espoint.
Je ne scay où il est alez.
Lasse! lasse! il s’est egarez!
Lasse! biau filz, où te querray?
Lasse! je croy de dueil morray,
Se ne te truis.
JOSEPH.
Dame, alons tost de huis en huis
Demander se nuz l’a veu.
Lasse! comme il a deceu,
S’il n’est chiez l’un de noz parens!
Yssons de ci: parmy ces rens
Si l’alons querre.
NOSTRE DAME.
Pour Dieu, Joseph, alons bonne erre;
Sa perte moult me desconforte.
Lasse! je sui honnie et morte,
S’il n’est trouvez.
JOSEPH.
Dame, ne vous desconfortez:
Car en tant de lieux le querrons,
Se Dieu plaist, que le trouverons
Encore ennuit.
JHESUS.
Amis, mais qu’il ne vous ennuit,
Je vous pri que vous me monstrez
Ce livre: assez tost le rarez,
Je vous creant.
LE LIBRAIRE.
Voulentiers; tenez, mon enfant.
C’est un livre de prophecies,
Et le fist le bon Ysaïes:
N’en doubtés point.
JHESUS.
De par Dieu, en aussi bon point
Que le bailliez, le vous rendray:
Car de ci ne me mouveray
Tant que le vous aie rendu:
N’en aiez ja cuer esperdu.
Spiritus Domini super me; eo unxit me,
evangelizare pauperibus misit me,
sanare contritos corde et predicare captivis
remissionem et cecis visum, dimittere
confractos in remissionem, predicare
annum Domini acceptum et diem
retribucionis.
Vostre livre tenez, amis;
Je vous le rens entier et sain.
Biaux seigneurs, sachiez de certain,
Combien que soiez li greigneur
Maistre de la loy et docteur,
Ne le tenez ja à merveilles,
Qu’aujourd’hui est en voz oreilles
Ceste prophecie acomplie,
Et ceste escripture aemplie
Par verité.
PREMIER MAISTRE.
Seigneurs, avez vous escouté
Cest enfant, conme il a leu
Et puis conment sur ce meu
A sa raison?
DEUXIESME MAISTRE.
Hé! c’est parole d’enfançon;
On la doit mettre en nonchaloir:
Il lui semble bien qu’il dit voir;
Laissons ester.
TROISIESME MAISTRE.
Qui le meut ore à repliquer
Ainsi contre nous l’escripture?
Que Dieux li doint male aventure!
Qui peut il estre?
QUATRIESME MAISTRE.
Je sçay bien qu’il n’ot onques maistre
Ne ne hanta onques l’escole;
Mais ainsi de nous se rigole
Conme un enfant sot et nicet.
Ne savez vous pas qui il est?
C’est Jhesus, c’on dit qui est filz
De Joseph, qui est touz flouriz
Ja par viel aage.
PREMIER MAISTRE.
Il a dit parole trop sage,
Et bien l’a sceu appliquier.
Enfes, ça vien: je te requier
Que tu me dies verité.
Dy moy: en quelle auctorité
Diz tu de ceste prophecie
Qu’elle est hui en nous acomplie?
Qui t’a donné ceste science
Qu’osé l’as, en plaine audience
Devant nous dire?
JHESUS.
S’enquerre et savoir voulez, sire,
Qui m’a donné ceste science.
Respondez moy ci en presence
De ce que vous demanderay.
Se me respondez sanz delay,
Mais que ne me mentez de nient
Dont ceste science me vient
Tantost sarez.
PREMIER MAISTRE.
Biau sire, et vous response arez:
Demandez tost.
JHESUS.
Je vous demans sanz plus ce mot:
Respondez en selon vostre esme.
Vint du ciel le Jehan batesme
Ou bien des hommes?
PREMIER MAISTRE.
Seigneurs, oez vous con nous sommes
De cest enfant ci argué?
Nous serons du peuple hué,
Se nous ne li savons respondre.
D’une autre part nous fault respondre,
Pour prendre advis.
DEUXIESME MAISTRE.
Je vous diray que j’en devis.
Se nous disons que du ciel est,
Il est de respondre tout prest:
Pourquoy donques ne le creons?
Se des hommes est li disons,
En verité il semblera,
Et respondre aussi le pourra,
Que nous cremons le peuple plus
Que Dieu: ainsi sommes confus.
Qu’en dites-vous?
TROISIESME MAISTRE.
Que dire n’en sçay, sire doulz,
Par le grant Dieu.
QUATRIESME MAISTRE.
Onques mais je ne fui en lieu
Ou l’en trouvast enfant si sage.
Il nous fera avoir hontage
A touz ensemble.
DEUXIESME MAISTRE.
Non fera, seigneurs, qu’il me semble
Que j’ay responce contre lui
Qui luy pourra estre à annui.
Alons à li; je la feray.
Biau sire, je vous respondray:
Le baptesme dont vous parlez,
Dont il vient, ce nous demandez;
Nous ne savons.
JHESUS.
Ne je ne vous feray respons
Nul aussi, en quelle science
J’ay ci dit, en vostre audience,
Ce que j’ay dit à touz ensemble.
Mais dites moi voir que vous semble.
D’un homme qui deux filz avoit:
A l’un dit: va t’en bon exploit,
Filz, en ma vigne labourer;
Et cil li sçot bien refuser
Et de son pere se parti;
Mais assez tost se repenti
Et en la vigne ouvrer ala.
Le pere à l’autre filz dit a
Aussi qu’au premier avait fait:
Le filz respondit tout à fait
Que son conmandement feroit
Et qu’en sa vigne ouvrer yroit:
Toutes voies point n’y ala.
Dites moy liquelx des deux a
Mieux fait le voloir de son pere:
C’est ci une chose legière
Pour y respondre.
DEUXIESME MAISTRE.
Sanz ceste chose plus espondre,
Nous disons: celui le fist plus
Qui premier ot fait le refus,
Et puis ouvra.
JHESUS.
Aussi sachiez qu’il avenra
Pour voir, ains le derrenier jour,
Que li publique pecheour
Ou regne Dieu seront avant
Mis que vous, je le vous creant,
Aussi seront les foles fames;
Pour ce vous sera grant diffames,
Pour ce qu’il ont creu Jehan
Entre elles et li publiquan,
Et vous ne l’avez pas creu,
Ne n’avez repentance eu
De vos durtez, c’est chose voire,
Quant à lui veez telz gens croire
Et vous n’i eustes creance;
Pour ce vous sera à grevance;
A honte et à confusion
A la grant resurreccion
De toutes gens.
TROISIESME MAISTRE.
Il pert bien conme es negligens
Et fol, quant nous fais mencion
Qu’il soit ja resurreccion
N’autre siècle qu’il a icy.
Or me respons donc a cecy:
Conment ce que diz avenra?
Moises dist et conmanda
En la loy que s’ome moroit
Sanz lignie, se femme avoit,
Que son frere si l’espousast,
A la fin que il recouvrast
En lieu de son frere lignie.
Or avons veu qu’il n’a mie
Granment, qu’il estoient set frere,
Dont li aisné, c’est chose clere,
Qui femme avoit, morut sanz hoir.
Avint que li secons avoir
Convint la dame et l’espousa,
Mais sanz lignie trespassa:
Ainsi du tiers, du quart, du quint,
Du sixiesme et setiesme advint.
Touz set celle dame espouserent,
Et sanz avoir hoirs trespasserent.
La dame après est trespassée.
Quant venra à celle journée,
Que tu diz que tout ressourdront,
A qui sera-el femme adonc?
Tuit l’ont eue.
JHESUS.
Que vous estes gent malostrue
Et plains d’erreur, quant à ce point
L’Escripture ne savez point,
Non faites vous la Dieu vertu!
Savoir devez, fol malostru,
Qu’à celle resurreccion
On n’y espousera pas, non,
Ne ne sera l’en espousé;
Mais tuit li bon resuscité
Seront comme ange en la Dieu gloire.
Ne lisez vous, c’est chose voire,
Du resuscitement des mors,
Que Dieu qui est misericors
Si vous a escript à vos yex?
«Je suis d’Abraham, dit il, Diex,
Dieu d’Isaac et de Jacob.»
Estes vous soluz a ce cop?
Or aiez en vous ce remors,
Qu’il ne se dit pas Dieu des mors,
Mais des vivans.
NOSTRE DAME.
E! Diex, or est li mien dueilz granz,
Et ce n’est mie sanz raison.
Hé! biau filz, par quelle achoison
De moy t’es ainsi departiz?
Mon cuer à grant doleur partiz,
Et me fais plaine de destresce.
Lasse! lasse! filz, coment est ce
Que de moy es si esloingniez?
E! lasse! et que le m’enseigniez,
Bonne gent, se le savez point.
Il m’est avis que l’en me point
Et fiert d’un glaive en chascun membre
Quant de mon enfant me remembre,
Que ne truis mie.
JOSEPH.
Par foy, c’est mau fait, doulce amie,
De vous ainsi desconforter:
Pour Dieu vueilliez vous deporter.
Au temple arriére retournons;
Espoir que nous l’i trouverons,
Et qu’il est là.
NOSTRE DAME.
Sire, allons où il vous plaira,
Pour Dieu et me laissiez en paiz.
Pour li ne vueil user jamais
Qu’en pleur mes ans.
QUATRIESME MAISTRE.
Biau maistre, encore te demans
Qui est selon ton escient
Tout le plus grant conmandement
De nostre loy.
JHESUS.
Je t’en responderay par foy
Ce qui n’est pas à getter pueur:
«Aime Dieu de trestout ton cueur,»
Non pas conme un homme aime famme;
Aime l’ainçois de toute t’ame,
Et aussi de tout ton pouoir.
Li second conmandement voir
Est à ce premier ci semblables:
C’est que tu soies amiables;
Car il dit: «Aime ton prouchain
Com toy mesmes»; et de certain
En ces deux conmandemens ci
Pent toute la loys et aussi
Tuit li prophete.
QUATRIESME MAISTRE.
Ceste response est si honneste,
Maistre, qu’à dire sui tenuz
Que tu es de par Dieu venuz:
Car nul ne peut ce que tu diz
Dire, de ce sui je touz fiz,
Se premièrement ne venoit
De par Dieu, et se Dieu n’estoit
Avecques lui.
JHESUS.
Et pour tout certain je te dy:
Qui ne renaist nouvellement
Le royaume Dieu nullement
Ne peut veoir.
QUATRIESME MAISTRE.
Conment, maistre, peut donc avoir
Viel homme nouvelle naiscence?
Je ne croy que nulz ait poissance
Telle qu’il se puist mettre ou ventre
De sa mère, ne qu’il y rentre
Pour naistre enfant.
JHESUS.
Tu as engin mal entendant.
Je te di que nulz n’enterra
Ou regne Dieu, qui ne sera
Aussi conme maintenant nez,
Tout de nouvel regenerez
En yave et ou saint esperit:
Car savoir doiz sanz contredit
Que ce qui de char naist char est,
Et ce qui de l’esperit naist
Est esperit par autel point.
Ne te merveilles donques point
S’en ma raison m’as oy mettre
Que, pour estre sauf, il fault naistre
Tout derrechief.
QUATRIESME MAISTRE.
Du savoir suis à grant meschief
Conment peut c’estre.
JHESUS.
Conment? Tu tiens siége de maistre
Et si es si plain d’ignorance
Que tu n’en as pas congnoissance!
Se je vous parle en general
Des choses qui sont en aval,
Qui sont les choses terriennes
Et n’i creés, les celestiennes
Conment croirez se les vous di?
Je ne sçay. Dites moy ceci:
Je vous demant à touz ensemble
En verité: de qui vous semble
Que Crist, qu’a avoir attendez,
Par qui devez estre sauvez,
Que il soit filz.
QUATRIESME MAISTRE.
Maistre, il sera filz de David;
Se lisons nous.
JHESUS.
Or gardez bien: que dites vous?
Comment seigneur en esperit
L’appelle dont David qui dit:
Dixit Domimis Domino meo: Sede a
dextris meis, donec ponam
inimicos
tuos scabellum pedum tuorum?
Se David par cette raison
Son maistre et son seigneur l’appelle,
Conment sera la chose telle
Que son fil soit?
NOSTRE DAME.
Ha biau filz, es tu ci endroit?
E! lasse! que nous as tu fait?
Trop nous as mis en grant dehait.
Entre Joseph, ton pere, et moy,
Nous t’avons quis trois jours par foy
De lieu en lieu, chiez noz parens.
Nous ne savions mais par quel sens
Nouvelles de toy eussions.
Je crois que touz deux mort feussions
Se nous ne t’eussions trouvé.
Nostre joie avons recouvré,
Quant te veons.
JHESUS.
Pour quoy, mere? quelle achoisons
Vous a fait gester si voz pas?
Dites moi, ne savez vous pas
Qu’es choses qui sont de mon pere
Il esconvient que je m’apere
Desoremais?
JOSEPH.
Certes, je ne fu onques mais
Si troublez conme j’ay esté
Pour toy, biau filz, qu’en verité
Nous te cuidions avoir perdu:
S’en estions si esperdu,
Que nous ne savions que faire
Ne ne savions quel part traire
Pour toy trouver.
JHESUS.
Ore c’est fait; laissons ester;
Il devoit ainsi avenir.
Que pensez vous à devenir?
Nous avons assez esté ci.
Où irons nous, pour Dieu merci,
De ci endroit!
NOSTRE DAME.
Biau filz, nous en irons tout droit
Chiez un mien ami bien prouchain,
Qui de vous veoir a grant fain
Dessus son lieu.
PREMIER MAISTRE.
Seigneur, je ne tiens pas à jeu
Ce que ce garçon dit nous a:
Le peuple nous en moquera,
J’en sui certains.
DEUXIESME MAISTRE.
Il me poise que de mes mains
Ne li ay batu le visage.
Conment l’ont fait dyable si sage,
Qu’il nous a touz quatre maté?
Par le grant Dieu, j’en ai esté
Et sui encore si plain d’ire
Qu’il me semble c’om me martire.
D’une grant masse.
TROISIESME MAISTRE.
Il convient que ce dueil se passe.
Que dyable y soit! Laissons ester
Ce larroncel: alons disner;
Je miex n’i voi.
QUATRIESME MAISTRE.
Sire, de ma part je l’ottroy.
Alons touz quatre en ma maison:
Je vous donrray à grant foison
Rost et pastez, poisson, blanc pain,
Et de bon vin de Saint-Pourçain,
Trestout pour nient.
NOSTRE DAME.
Biau filz, aler nous en convient
En Nazareth, dont nous venismes:
Car, si m’aist ly roy haultismes,
Il me tarde moult que j’y soie.
Joseph, mettons nous tost à voie,
S’il vous agrée.
JOSEPH.
Dame, mes cuers à el ne bée.
Par amours or nous en alons
Par chiez noz parens, où avons
Quis Jhesu, faire leur savoir
Que nous l’avons trouvé pour voir,
Et leur montrons.
NOSTRE DAME.
Joseph, il me plaist bien, alons;
Aussi en seront il plus aise,
Quant nous saront hors de malaise.
Biau filz, par la main me tenez
Et avec moi vous en venez
En Nazareth.
JHESUS.
Mère, j’ay cuer et vouloir prest
D’ensuir vous où vous irez,
Et de faire quanque direz
Benignement.
JOSEPH.
Biau filz, c’est bien dit; alons ment.
Que Diex noz meffaiz pardonner
Nous vueille, et en la fin donner
Des cieulx la gloire!
VII
AU QUINZIÈME SIÈCLE
LISTE DES CHEVALIERS QUI DÉFENDIRENT LE MONT SAINT-MICHEL (D’APRÈS LES CHARTES CONTEMPORAINES)
[Page 272]
Pierre Allart.—D’or, à trois bandes de gueules.
Guillaume Artur.—De gueules, à la coquille d’or, au chef d’argent.
Estienne Aubert.—Paslé d’argent et de gueules de six pièces, au chef d’azur.—Devise: Stat fortuna domus.
Pierre d’Auxais.—De sable, à trois besants d’argent, posés deux et un.
Briant d’Auxais.—De sable, à trois besants d’argent, posés deux et un.
Guillaume Aux Espaules.—De gueules, à la fleur de lys d’or.—Devise: Non potest duobus dominis servire.
Pierre Bascon.—De gueules, à six roses d’argent, posées trois, deux et une.
Richard de Bailleul.—Mi-parti d’hermines et de gueules.—Devise: Tacere aut bene dicere.
Guillaume de Beauvoir.—D’azur, à trois losanges d’argent, posés deux et un.
Robert Bence.—De gueules, à la fasce d’argent, accompagnée de trois molettes d’éperons d’or, posées deux et une.
Gilles Benoist.—D’argent, à l’aigle au vol abaissé de sable; becquée et membrée de gueules.
Guillaume Benoist.—D’argent, à l’aigle au vol abaissé de sable; becquée et membrée de gueules.
Guillaume des Biards.—D’argent, fretté de sable de six pièces.
Robert de Bordeaulx.—De gueules, au griffon d’or éployé, accompagné de trois canettes d’argent, posées deux et une.
Guillaume de Bourguenolles.—D’azur, au lion d’argent, armé et lampassé de gueules; accompagné de trois étoiles d’argent, posées deux et une.
Robert de Brecey.—Aux deux badelaires d’argent, posés en sautoir.
Thomas de Breuilly.—D’azur, au chef cousu de gueules; au lion d’or couronné à l’antique, brochant sur le tout.—Devise: Plus valet quam lucet.
Guillaume, sire de Briqueville de Colombières.—Paslé d’or et de gueules de six pièces.
Richard, sire de Briqueville-Bretteville.—D’argent, à six feuilles de chesne de synople, posées trois, deux et une.
Roger, sire de Briqueville-Bretteville.—D’argent, à six feuilles de chesne de synople, posées trois, deux et une.
Thomas de la Broïse.—D’azur, à deux fasces d’or, accompagnées de trois molettes d’éperons du même, posées deux et une; au chevron du même brochant sur le tout.
Jean Le Brun.—Mi-parti d’hermines et d’azur; au lion de l’un en l’autre, couronné, tenant de ses pattes de devant une lance de gueules posée en pal.
Louis de Cantilly.—De gueules, au chevron d’or, accompagné de trois besants d’argent, posés deux et un; au chef cousu de gueules, chargé d’une croix d’argent.—Devise: A Cantilly, honneur y gist.
Jean de Carrouges.—De gueules, aux fleurs de lys sans nombre.
Jean de la Champaigne d’Argouges.—D’azur, à deux fasces d’or; accompagnées de neuf merlettes d’argent, posées quatre, trois et deux.
Robert Le Charpentier.—D’argent, à trois canettes de sable, posées deux et une.—Devise: Dieu m’aide.
Raoul Le Clere.—D’argent, à la fasce de gueules; accompagnée d’un léopard de même, posé à la dextre de la pointe de l’écu.
Richard de Clinchamp.—D’argent, au gonfanon de gueules, frangé d’azur, orné de trois pendants de même.—Devise: Pro Deo et rege.
De Combray (le bastard).—D’azur, à trois lionceaux d’argent, posés deux et un.
Raoulquin de Créquy.—D’or, au Créquier de gueules.—Devise: A Créquy, le grand baron, Créquy haut baron, haut renom.
Foulques de Creully.—D’argent, à trois lionceaux de gueules.
Jean de Criquebeuf.—D’azur, au bœuf passant, en peine d’argent.
Henri de Crux.—D’azur, à deux bandes d’or; accompagnées de sept coquilles d’argent, posées deux senestres en chef, trois lignées entre les deux bandes et deux destres en pointe.
Jean Drouart.—De gueules, à trois membres de griffon d’or, posés deux et un; au chef d’or.
Louis, sire d’Estouteville, capitaine.—Burelé d’argent et de gueules de dix pièces; au lion morné de sable brochant sur le tout.
Robert d’Estouteville, bastard d’Aussebosc.—Burelé d’argent et de gueules de dix pièces; au lion morné surmonté d’un lambel, le tout de sable brochant sur le tout.
Françoys Flambart.—D’azur, à la fasce cinq fois flamminée, accompagnée en chef de deux étoiles, le tout d’or.
Richard Flambart.—D’azur, à la fasce cinq fois flamminée, accompagnée en chef de deux étoiles, le tout d’or.
Jacques de Folligny.—Mi-parti d’argent et de gueules, à deux quintefeuilles de gueules et d’argent mises en fasce.
Louis de Folligny.—Mi-parti d’argent et de gueules, à deux quintefeuilles de gueules et d’argent posées en fasce.
Robert de Fontenay.—D’argent, à deux lions de sable léopardés, posés l’un au-dessus de l’autre, armés, lampassés et couronnés de gueules.
Jean Gouhier.—De gueules, à trois roses d’argent, posées deux et une.
Jean de Grainville.—D’azur, à deux fasces d’argent, accompagnées de six croisettes d’or, posées trois, deux et une.
Henry de Grippel.—D’azur, à un dextrochère d’argent, tenant un demi-vol du même.
Pierre Le Grys.—D’argent, à la fasce de gueules.—Devise: Avec le temps.
Henry Le Grys.—D’argent, à la fasce de gueules.
Thomas Guérin.—D’azur, à trois molettes d’éperons d’or, posées deux et une; au chef d’or chargé d’un lion issant de gueules.—Devise: In trino omnia, et uno.
Charles de Guémené.—Mi-parti, au premier de gueules, à neuf mascles d’or; au deuxième d’hermines sans nombre.—Devise: Potius mori quam fœdari.
Jean de Guiton.—D’azur, à trois angons d’argent, posés deux et un.—Devise: Diex aïe.
Du Halay.—De sable, à deux fasces d’argent; au pal d’or brochant sur le tout.
Guillaume Hamon.—D’azur, à trois annelets d’or, posés deux et un.—Devise: Ha mon ami.
Olivier Hamon.—D’azur, à trois annelets d’or, posés deux et un.
Alain Hamon.—D’azur, à trois annelets d’or, posés deux et un.
Thomas Le Hartel.—D’or, à une manche mal taillée de gueules.
Guillaume Hay.—De sable, au lion morné d’argent.—Devise: A toga nitesco et ense.
Jean de la Haye d’Aronde.—D’or, au sautoir d’azur.
Jean de la Haye, baron de Coulonces.—D’azur, à la fasce d’or, accompagnée de trois besants du même, posés deux et un.
Colin de la Haye-Hue.—De gueules, à trois losanges d’argent, posés deux et un.
Jean Hérault.—D’argent, à l’étoile de sable en abyme, accompagnée de trois canettes de mêmes, posées deux et une, becquées et membrées d’or.
Michel Hérault, seigneur de Plomb.—D’argent, à l’étoile de sable posée en abyme, accompagnée de trois canettes de mêmes, posées deux et une, becquées et membrées d’or.
Bernard du Homme.—D’azur, au léopard d’argent, accompagné de six besants d’or, posés trois, deux et un.
Robert du Homme.—D’azur, au léopard d’argent, accompagné de six besants d’or, posés trois, deux et un.
Thomas Houel.—Paslé d’or et d’azur de six pièces.
Laurens des Longues.—De gueules, à l’aigle abaissée d’argent.
Alain des Longues.—De gueules, à l’aigle abaissée d’argent.
Guillaume de la Luzerne.—D’azur, à la croix ancrée d’or, chargée de cinq coquilles de sable, posées une sur le centre du croisillon et les autres sur le milieu de chaque branche.
Christophe de Manneville.—De sable, au lion d’argent.
Foulques de Marcilly.—D’azur, à trois merlettes d’or, posées deux et une.
Louis de la Mare.—D’argent, à la croix de gueules.
Richard de la Mare.—D’argent, à la croix de gueules.
Massire.—Cette famille était du Maine.
Olivier de Mauny, baron de Thorigny.—D’azur, au croissant de gueules.—Devise: Haynault l’ancien. Mauny! Mauny!
Foulques du Merle.—De gueules, à trois quintefeuilles d’argent, posées deux et une.—Devise: Spes mea sola Deus.
Henry Millart.—D’azur, au croissant d’or, accompagné de trois étoiles du même, posées deux et une.
Radulphe de Mons.—D’argent, à l’aigle de gueules, becquée et membrée d’or; à la bordure de sable, chargée de douce besants d’argent posés en orle.
Thomas de Monteclerc.—De gueules, au lion d’or.—Devise: Majus inter pares.
Charles de la Motte.—D’argent, au sanglier de sable.
Louis de la Motte.—D’argent, au sanglier de sable.
Jean de la Motte.—D’argent, au sanglier de sable.
Robert de la Motte Vigor.—D’argent, au sanglier de sable; au chef de sable chargé d’une étoile d’argent.
Pierre du Moulin.—D’argent, à la croix de sable, chargée en son croisillon d’une coquille d’or.
Colas des Moustiers.—D’argent, à la bande d’azur frettée d’or de huit pièces.—Devise: Quod opto est immortale.
Antoine Néel.—D’azur, à trois mains senestres appommées d’argent, posées deux et une; au chef d’or.
De Nocey.—D’argent, à trois fasces de sable, accompagnées de dix merlettes de même, posées quatre, trois, deux et une.—Devise: Multa nocent.
Robert de Netret.—D’azur, au lion d’or; au chef cousu de gueules.—Devise: Deo ac regi.
Guillaume sire de Notret.—D’azur, au lion d’or; au chef cousu de gueules.
Estienne d’Orgeval.—D’or, à deux troncs d’arbres, posés en fasces, écotés et arrachés de sable.
Thomas de la Paluelle.—D’azur, à trois molettes d’éperons d’argent, posées deux et une.—Devise: Mihi gloria calcar.
Guillaume des Pas.—De gueules, au lion d’or.
Jean des Pas.—De gueules, au lion d’or.
Nicole Payenel.—D’or, à deux fasces d’azur, accompagnées de neuf merlettes de gueules, posées en orle, quatre, deux et trois.
Jean Payenel, sire de Moyon.—D’argent, à deux fasces d’azur, accompagnées de neuf merlettes de gueules, posées en orle quatre, deux et trois.
Thomas de Percy.—De sable, au chef denché d’or.—Devise: Espérance en Dieu.
Jean Pigace.—D’argent, à trois comettes de gueules, posées deux et une.
André Pigace.—D’argent, à trois comettes de gueules, posées deux et une.
Louis Pigace (le bastard).—De gueules, à trois comettes d’argent, posées deux et une.
Thomas Pirou.—De synople, à la bande d’argent.
Jean de Pontfoul.—D’azur, à la fasce d’argent; au chef d’or, chargé de trois molettes d’éperons de gueules rangées en ligne.
Guillaume Le Prestel.—De gueules, à la croix ancrée d’or.
Yves Priour Vague de Mer (de Boceret Bretagne).—De gueules, à la fasce d’argent, accompagnée de trois coquilles en chef posées en ligne, et d’un trèfle en pointe, le tout d’argent.
André du Pys.—D’or, au lion d’azur, armé, lampassé et couronné de gueules.
Louis de Quintin.—D’argent, au chef de gueules.
Raoul de Regviers.—D’argent, à six losanges de gueules, posés trois, deux et un.—Devise: Candore et ardore.
Robert Roussel.—Paslé d’or et d’azur de six pièces; au chef de gueules chargé de trois merlettes d’argent, posées en ligne.
Nicolas de Rouvencestre.—D’or, au chef de gueules, chargé de trois aiglettes d’argent posées en ligne.
Guillaume de Saint-Germain.—De gueules, à trois besants d’argent, posés deux et un.—Devise: Deo, ecclesiæ et regi obediens et fidelis.
Samson de Saint-Germain.—De gueules, à trois besants d’argent, posés deux et un.
Guillaume de Sainte-Marie d’Esquilly.—D’argent, à deux fasces d’azur, accompagnées de six merlettes de gueules, posées trois, deux et une.
Jean de Sainte-Marie d’Esquilly.—D’argent, à deux fasces d’azur, accompagnées de six merlettes de gueules, posées trois, deux et une.
Jean de Semilly.—De gueules, à l’écusson d’argent posé en abyme, accompagné de six merlettes du même, rangées en orle.
Robert de Semilly.—De gueules, à l’écusson d’argent posé en abyme, accompagné de six merlettes du même, rangées en orle.
Hébert Thézart.—D’or, à la fasce de sable.
De Thorigny (le bastard).—D’argent, à la croix de gueules.—Devise: Brevior at clarior.
Jean de Tournebu. IIIᵉ du nom.—D’argent, à la bande d’azur.
Jean de Tournemine, sire de la Hunaudaye.—Écartelé d’or et d’azur.
Pierre de Tournemine.—Écartelé d’or et d’azur, à la traverse d’argent brochant sur le tout.—Devise: Aultre n’auray.
Robert de Vair.—D’or, à deux fasces de gueules.
Jean Louvel, sire de Ver.—De gueules, au léopard d’argent.
Guillaume de Verdun.—D’or, fretté de sable de six pièces.
Girard Le Viconte.—D’azur, à trois coquilles d’or, sans oreilles, posées deux et une.—Devise: Æternæ rerum vires.
Pierre de Viette.—D’argent, à la bande d’azur, accompagnée de six tourteaux de gueules, posés en orle.
M. DESCHAMPS DE VADEVILLE.
VIII
AU QUINZIÈME SIÈCLE
NOTE SUR L’ATELIER MONÉTAIRE ÉTABLI AU MONT SAINT-MICHEL
[Page 257]
Parmi les monnaies qui sont mention̄ées le plus fréquem̄ent dans les actes et les textes du commencement du XVᵉ siècle, on peut citer les moutons d’or[43] qui devaient leur nom à l’agneau pascal qu’ils ont pour type, et leur grande renom̄ée au titre excellent que saint Louis avait donné aux agnels qu’il fit le premier fabriquer. C’est en effet le denier d’or à l’agnel de Louis IX qui est sans cesse rappelé comme étalon dans les ordonnances de ses successeurs. En général le titre des moutons d’or fut plus respecté par les souverains que celui des autres monnaies, et l’on en changea la figure aussi peu que le permirent les modifications involontaires du style de l’art. Le nom du prince réduit à quelques lettres et relégué dans une place secondaire permettait, à chaque nouveau règne, de produire des imitations très approchées du type accoutumé.
Voici la description du petit mouton tel qu’il avait cours sous Charles VI; nous prenons comme exemple une pièce de la collection de M. Rousseau, portant un point secret indiquant le lieu où elle a été frappée.
♱ AGN: DEI: QVI: TOLL: PECAT: MVDI: MIS: NOB: Agneau nimbé tenant une bannière à croix tréflée; sous les pieds de l’agneau K. F. RX. Point sous l’V de mundi, vingtième lettre.
R ♱ XPC. VINCIT. XPC. REGNAT: XPC. INPERAT. Croix fleuronnée, anglée de quatre fleurs de lys, dans un entourage composé de quatre cintres et de quatre angles; or, poids: 2,54 grammes (Fabrication de Sainte-Menehould, mai 1418.)
On conçoit aisément combien un pareil type était fait pour tenter les imitateurs étrangers; aussi vit-on dans plusieurs pays circuler des contrefaçons du petit mouton français.
[Page 264]
On était, dit M. Mantellier[44], à une époque difficile pour la monnaie; en France, les ateliers, privés par la guerre des ressources qui les alimentent, ne subsistaient qu’au moyen des refontes; et indépendam̄ent de ses embarras particuliers, le duc de Bourbon tenait aux affaires du roi par des liens trop intimes pour ne pas ressentir en Dombes le contre-coup de cette détresse. Il est peu étonnant, d’ailleurs, que ce prince, qui passa les premières années de sa vie à la guerre contre les Anglais, les dernières dans les intrigues du dauphin, et fut mêlé à tous les évènements d’alors, ait manqué de temps et d’argent pour monnayer.
Ces détails historiques rendent compte de la rareté excessive du mouton d’or que nous publions ici et qui constitue une importante acquisition pour la numismatique du xvᵉ siècle.
Henri V étant mort le 31 août 1422 et Charles VI le 21 octobre suivant, le jeune Henri VI fut proclamé roi de France le 12 novembre et le duc de Bedford fit frapper monnaie au nom du prince anglais partout où s’étendait son pouvoir. Cependant, en Normandie même, quelques places fortes étaient restées fidèles au dauphin. De ce nombre était le Mont-Saint-Michel, qui ne se rendit jamais aux troupes étrangères. L’atelier monétaire, établi en ce lieu, continuait à frapper au nom de Charles VII, ainsi qu’on le voit par différentes chartes[45]. Il est probable que la pièce suivante, conservée dans la collection de M. Rousseau, a été faite au Mont-Saint-Michel.
♱ AGN. DEI. QVI. TOLL. PCAT. MVDI. MISE. NOBS. Agneau nimbé tenant une bannière surmontée d’une croisette, sous les pieds de l’agneau: K. F. RX; le tout dans un entourage de onze petits cintres. Point sous la dix-huitième lettre.
R. ♱ XPC. VINCIT, etc. Croix fleuron̄ée, anglée de quatre fleurs de lys, dans un entourage composé de quatre cintres et de quatre angles, à l’extérieur duquel sont placées six fleurs de lys, une croisette et un groupe de trois points. Point sous la dix-huitième lettre. Or; poids: 2,56 grammes. (Fabrication de mai 1423.)
Cette monnaie, dont le style est relativement récent, convient parfaitement aux premières années du règne de Charles VII; mais, comme, d’une part, il n’est plus question de la fabrication des moutons d’or après l’ordonan̄ce du 26 octobre 1428, et que, de l’autre, Charles ne rentra en possession des villes monétaires de la Normandie qu’en 1449, la présence du point sous la dix-huitième lettre, qui est la marque française de Saint-Lô, ne s’expliquerait pas.
Il est assez naturel de penser que ce point secret, devenu sans emploi par suite de la spoliation anglaise, fut attribué au lieu qui avait remplacé Saint-Lô dans la liste des ateliers français.
Nous voyons, en effet, les officiers royaux, qui avaient exercé leurs fonctions au Mont-Saint-Michel, réclamer, en 1453, contre la nomination de deux gardes de la monnaie de Saint-Lô, faite le 30 juin 1450[46]. A cette époque, cette dernière ville avait abandoné l’annelet sous la seconde lettre, différent des Anglais, pour reprendre le point sous la dix-huitième lettre, et le Mont-Saint-Michel cesse de figurer parmi les villes monétaires. De cette coïncidence il paraît résulter que ces deux ateliers n’ont battu de la monnaie française qu’à l’exclusion l’un de l’autre.
Si nos conjectures sont justes, ce mouton d’or aurait été frappé l’année même où Louis d’Estouteville et ses cent dix-neuf gentils-homes, aidés par les religieux de l’abbaye, repoussèrent, avec un courage resté célèbre, les attaques désespérées des Anglais.
Adrien de LONGPÉRIER.
IX
POÉSIE FRANÇAISE DU XVᵉ SIÈCLE
UNE PRIÈRE EN VERS A L’ARCHANGE
[Page 306]
Glorieux saint Michel archange,
A vous rens graces et louanges
De tout mon cuer, devotement,
En vous suppliant humblement,
Qu’envers Jhesu Crist, nostre pere,
Et Marie, sa fille et mere,
Fassiés que pardon me soit fait
De ce que puis avoir mefait,
Durant tout le cours de ma vie.
A jointes mains merci vous prie:
Car vous avés la cognoissance
Des bonnes ames, et puissance
Recevoir et mener en gloire.
Si vueillez avoir en memoire
Mon ame, quant l’eure viendra
Que du cors partir li fauldra:
Par vous soit conduite tout droit
En Paradis; que Dieu l’ottroit[47]!
X
PREMIERS MONUMENTS DU THÉATRE FRANÇAIS (XVᵉ SIÈCLE)
LE MISTÈRE DU SIÈGE D’ORLÉANS QUI FUT REPRÉSENTÉ DU VIVANT DE JEANNE D’ARC (I)
[Page 306]
DIEU.
Michel ange, entend à moy:
Je veuil par toy faire messaige,
Pour subvenir au desarroy
De France, le noble heritaige.
En Barois yras en voyaige,
Et feras ce que je te dy.
Au plus près d’un petit village
Lequel est nommé Dompremy,
Qui est situé en la terre
Et seigneurie de Vaucouleur,
Là trouveras, sans plus enquerre,
Une pucelle par honneur.
En elle est toute doulceur,
Bonne, juste et innocente,
Qui m’ayme du parfont du cueur,
Honneste, sage et bien prudente.
Tu luy diras que je luy mande
Qu’en elle sera ma vertu,
Et que par elle on entende
L’orgueil des François abatu;
Et que je me suis consentu
Recouvrer le royaulme de France,
Et par elle sera debatu
Contre les Anglois par oultrance.
Premièrement, tu luy diras
Que par elle vueil qu’i soit fait,
Et de par moy luy commanderas
Qu’i soit acomply et parfait.
Sy est qu’elle voise de fait
Pour lever le siege d’Orleans,[48]
Chasser les Anglois à destroit,
S’y ne s’en vont incontinant.
Puis après, elle le menra
Le roy Charles sacrer à Rains.
De par moy elle acomplira
Et en parviendra à ces fins;
Que de ce ne se doubte point:
Ma vertu sera avec elle,
Pour acomplir de point en point
Par icelle jeune pucelle.
Dy luy aussi pareillement
Qu’elle se veste en habit d’omme;
Je luy donray le hardiment,
Pour mieulx que le cas se consomme.
Puis elle s’en yra en somme
Devers Robert de Baudricourt,
Pour l’amener en ceste forme
Devers le Roy et en sa court.
MICHEL ANGE.
Mon chier seigneur, en grant coraige
Acompliray vostre ordonnance
Vers la pucelle bonne et saige;
Le cas luy diray en presence,
Je y vois, sans nulle difference,
Faire vostre commandement.
DIEU.
Que elle aye bonne fiance,
Sans soy esbayr nullement.
Pose d’orgues.—Et vient devers la Pucelle
gardant les brebiz de son pere et
queusant[49] en linge.
MICHEL.
Jeune pucelle bien eureuse,
Le Dieu du ciel vers vous m’envoye,
Et ne soyez de rien peureuse:
Prenez en vous parfaicte joye
Dieu vous mande, c’est chose vraye,
Que y vieult estre avecque vous,
Où vous soyez en quelque voye;
Si n’ayez point doncques de poux[50],
Sa voulenté et son plaisir
Est que vous aillez à Orleans,
Pour en faire Anglois saillir
Et lever le siège devant.
Se de vous sont contredisant,
En armes vous les convaincrez,
Ne contre vous ne seront puissans;
Mès de tout point les subjugrez.
Puis après, y vous conviendra
A Rains mener sacrer le Roy,
Que ainsi Dieu vous conduira,
Et Charles oster hors d’esmoy.
Combien qu’il ait beaucoup desroy[51]
Et pour le present fort à faire,
Dieu le fera paisible en soy,
Que il a ouy sa prière.
Et au seigneur de Baudricourt,
Vous luy direz que y vous maine
Incontinent, le chemin court,
Que il est vostre cappitaine,
Ainsi que c’est chose certaine.
Devers le Roy vous menera
En abit d’omme, toute seine,
Que Dieu toujours vous conduira.
LA PUCELLE.
Mon bon seigneur, que dictes vous?
Vous me faictes trop esbaye:
Cecy ne vient point à propoux,
En ce je ne sçay que je die.
Moy, povre pucelle ravye
Des nouvelles que vous me dictes,
Sachez, je ne les entend mie,
Que y me sont trop auctentiques.
Je ne vous pourroye respondre
Ainsi, moi, povre bergerete,
Vous qui cy me venez semondre.
Comme une simple pucelette,
Gardant es champs dessus l’erbete
Les povres bestes de mon pere,
Une jeune simple fillete,
Vous dis sont à mon bien contraire.
MICHEL ANGE.
Jehanne, ne vous en esmayez;
Que Dieu l’a ainsi ordonné,
Et veut que l’onneur vous ayez
Du royaulme, present fortuné,
Qui a esté habandonné
Par pechié commis des François;
Par vous sera roy couronné
Et remis en ses nobles drois.
PUCELLE.
En armes je ne me congnois,
Ne m’appartient la congnoissance,
Ainsi que vous le povez vois;
Et en moy n’est pas la puissance,
Ne ne treuve nulle apparence
D’aller devers le cappitaine
Lui raconter vostre ordonnance:
C’est que devers le Roy me maine.
MICHEL.
Amye, y le fault ainsi
Le faire, que Dieu le commande.
N’ayez de riens peur ne soucy,
Quand de par moy y le vous mande.
PUCELLE.
La chose, sachez, est si grande
Qu’i n’est nul qui le peust pencer,
Ne en moy n’est sens qui se tende
A savoir cecy propencer.
MICHEL.
Fille, acomplissez la chose
Et Dieu sera avecques vous,
Qui vous gardera, comme une rose,
De polucion contre tous.
Ayez en luy ferme propoux
Et le faictes de bon coraige.
Y vous aidera, et n’ayez poux
De tout dangier et tout dommaige.
PUCELLE.
A Dieu je vouldroye obeyr
Comme je doy et est raison,
Et très humblement le servir,
A mon povoir sans mesprison;
Et tousjours, en toute saison,
Vueil estre sa povre servante,
Actendant sa vraye maison
Lassus ou ciel, où est m’entente.
MICHEL.
A Dieu, Jehanne, vraye pucelle,
Qui est d’icelui bien aymée;
Ayez tousjours ferme pensée.
De Dieu estre sa pastorelle.
PUCELLE.
En nom Dieu, je vueil estre celle
De le servir, s’i luy agrée.
MICHEL.
A Dieu, Jehanne, vraye pucelle,
Qui est d’icelui bien aymée.
PUCELLE.
Mon bon seigneur, vostre nouvelle
De par moy sera réclamée
Au seigneur de ceste contrée,
Par la voye que dictes telle.
MICHEL.
A Dieu, Jehanne vraye pucelle,
Qui est d’icelui bien aymée;
Ayez toujours ferme pensée
De Dieu estre sa pastorelle.
Puis s’en part, et y a pose.
MICHEL.
Pere, j’ay du tout acomply
Le vostre messaige humblement,
Sans riens avoir mis en oubly,
A la pucelle, vrayement;
Laquelle, debonnairement
De tout son cueur, vous veult servir,
Et tout vostre commandement
Le vouldra faire et acomplir.
DIEU.
Le royaulme je remetray sus,
Et les anemis confonduz,
Par la pucelle ruez jus
Et par elle tout convaincuz;
Que, dès si qu’elle les aura veuz,
En elle sera telle vaillance
Que il en seront esperduz.
Ou royaulme n’auront plus puissance.
Pose. Puis dit:
LA PUCELLE.
O mon Dieu et mon créateur,
Plaise vous moy toujours conduire.
Vous estes mon père et seigneur
Auquel je ne veuil contredire.
XI
POÉSIE FRANÇAISE DU XVIᵉ SIÈCLE
CANTIQUE DE PÈLERINAGE
1.
Je chanteray du Seigneur
La grandeur
En presence de ses Anges.
Son sainct Nom je beniray
Et diray
Tousjours ses sainctes louanges.
2.
Soit que le flambeau du jour
De son tour
Ait avancé la carrière,
Soit qu’il s’en aille levant
Ou couchant
Il me verra en prière.
3.
Les petits chantres aislés
Esveillés
Seront de la compagnie;
Parmi les champs et les bois
De leurs voix
Accompliront l’armonie.
4.
L’air noircy de tourbillons
A nos sons
Appaisera son orage;
Le ciel qui nous entendra
Monstrera
Les rays de son beau visage.
5.
Leve donc mon cueur à toy,
O grand Roy,
Embrase moy de ta flamme,
Afin que nul entretien
Que le tien
Ne puisse attirer mon ame.
6.
Ta majesté, ô grand Dieu,
D’aucun lieu
Ne sçauroit estre bornée,
Et devant toy cent mille ans
S’escoulant
Ne sont pas une journée.
7.
Tu es au plus haut des cieux
Glorieux,
Tu es au plus bas du monde;
Tu balances sur trois doigts
Tout le poids
De cette machine ronde.
8.
Ton esprit penetre tout
Jusque au bout,
Rien n’est hors de ta presence;
Tu es cet œil qui tout voit
Et connoit
Le fond de la conscience.
9.
Le Ciel, qui d’astres reluit
Toute nuict,
Emprunte de toy sa grace,
Et tout l’esclat non-pareil
Du soleil
N’est qu’un rayon de ta face.
10.
Sans efforts ce que tu veux
Tu le peux,
Et ton vouloir est ta peine;
Tu peux effacer ce tout
Tout d’un coup
Au seul vent de ton haleine.
11.
Tu fais cheminer les Roys
Sous tes loix
Et les princes de la terre
Desquels tu romps d’un clein-d’œil
Tout l’orgueil
Qui est fresle comme verre.
12.
Tu nous donnes les moissons
Aux saisons
Que toy seul fais et disposes;
Tu fais largesse et soutiens
De tes biens
La vie de toutes choses.
13.
C’est toi qui d’un riche esmail
Sans travail
Dore nos belles preries;
C’est toi qui donne à ces champs,
Tous les ans
Leurs gayes tapisseries.
14.
Dieu! qui ne voit les bienfaicts
Que tu fais
A toute humaine nature.
Bien qu’il semble homme au dehors
En son corps,
Il n’en a que la figure.
15.
Si tu monstres ton courroux
Contre nous,
Tout se renverse et chancelle;
La terre tremble d’effroy,
Hors de soy
Devant ta face immortelle.
16.
Quand tu lances par les airs
Mille esclairs
Et les esclats de ta fouldre,
Si tu ne les reserrois,
Tu mettrois
Tout cet univers en poudre.
17.
Tu fais de flots escumer
Cette mer,
Tu la brouilles de nuages.
Et puis tu retiens les vens
Insolens
Pour accoiser ces orages.
18.
Toy qui commandes à ces flux
Et reflux,
Fais qu’aucun mal ne me greve,
Et deffend ton pelerin
Au chemin
Quand il passera la greve.
19.
Anges qui donnez les mains
Aux humains,
Au cours de nostre voyage,
Soyez tousjours mon support
Jusque au port
De ce mien pelerinage.
20.
Et toy, reçoy ces accens
Dont le sens
Est tiré de tes ouvrages.
Que tous courbez avec moy
Devant toy
Te font honneur et hommage.
XII
AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
UN CHANT POPULAIRE EN L’HONNEUR DE SAINT-MICHEL
Lent.
Saint Michel, Archange des mers;
Votre puissance est sans égale,
Ayant renversé Lucifer,
Malgré sa fureur infernale;
Nous nous prosternons devant vous:
Saint Archange, priez pour nous.
2.
Vous êtes l’ornement des Cieux.
Et la gloire vous est acquise,
Prince des Esprits glorieux
Et le protecteur de l’Église:
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
3.
Vous défendez les gens de bien,
Et le pauvre, dans l’indigence,
Ne manquera jamais de rien,
Lorsque vous serez sa défense:
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
4.
Vous consolez les Pèlerins,
Qui, pour vous rendre leurs hommages,
Vous invoquent par les chemins,
Afin d’obtenir vos suffrages:
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
5.
C’est vous, l’Archange glorieux,
Qui portez l’arme de victoire;
Nous venons vous offrir nos vœux,
Et chanter en votre mémoire:
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
6.
Nous n’aurons que vous au moment
Que viendra le Juge sévère
Pour tenir son grand jugement,
Qui puisse adoucir sa colère:
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
7.
Lorsqu’à l’article de la mort,
Le Diable nous voudra surprendre,
Daignez dans ce dernier effort
Venir du Ciel pour nous défendre:
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
8.
Nous vous prions à jointes mains,
Prosternés en votre présence,
De nous aider en nos besoins;
Soyez, grand Saint, notre défense;
Nous avons tous recours à vous,
Saint Archange, priez pour nous.
9.
O Saint Michel, qui, dans le ciel,
Chantez du Très Haut les louanges;
Saint Raphaël, saint Gabriel,
Anges, Chérubins et Archanges:
Priez le Rédempteur pour nous;
Anges du Ciel, priez pour nous.
XIII
AU XVIIIᵉ SIÈCLE
UNE LETTRE A MABILLON[52]
Au Révérend Père Dom Jan Mabillon, religieux de l’abbaye de Saint Germain des Prez, a Paris.
[Page 346]
Du Mont Saint Michel ce 8 avril 1706 P. C.
Mon révérend pere,
Je ne scais si j’ay fait response à la lettre que votre révérence m’a fait l’honneur de m’escrire au sujet de notre monastère dont elle veut faire tirer des planches. Dans le doutte où je suis, j’aymes mieux luy escrire deux foys que de manquer à une, je dois luy avoir escrit que j’avois cherché le dessein de notre monastère fait par nos pères, mais inutilement. Monsieur notre intendant me la demande avecq instance: je fus dans la mesme peine à son égard que je suis au votre. Si j’avois icy quelqu’un capable d’en faire un dessein exact, je le ferois faire mais je n’ay personne; il mériteroit plus qu’aucun autre, sans contredit, une place dans vos annales, mais j’aimerois autant ou peut-être mieux ne l’y point mettre du tout s’il n’y est bien fait et si tout n’y est bien marqué.
La fontaine de Saint Aubert est au bas d’un grand escalier qui descend du pied de notre batiment, sur la grève, elle est sur la grève mesme tout joignant le rocher, elle étoit autrefoys renfermée dans une tour que la mer a renversé, et a penetré dans la ditte fontaine qui est ordinairement salée quand la mer y pénètre, c’est un grand puis elevé de quinze à vingt pieds de la grève. Le bout de notre dortoir donne à l’orient et règne au nord et au midi. Le batiment a près de deux cents pieds de long. Dans le premier étage sont de grandes sales voutées sans avoir que de très petites ouvertures et en petit nombre à cause qu’il est en manière de forteresses; du bout de l’orient sont le réfectoir au deuxième étage, la cuisine, la sale des chevaliers, au bout de laquelle est cet escalier qui descend à la fontaine de Saint Aubert; au troisième étage c’est un dortoir avecq le cloistre, qui est au dessus de la sale des chevaliers, et qui n’a aucun étage au dessus; au quatrième étage un deuxieme dortoir au dessus du premier, et un cinquieme étage au dessus où est la classe d’un bout, et de l’autre un grenier.
Du côté du midy on a joint à ce batiment un autre petit corps de logis qui ne comance qu’au deuxieme étage, c’est à dire au plain pié du réfectoir. Il y a quatre étages; le premier sert de lavoir, le deuxieme c’est la chambre des hostes; les deux autres étages n’occupent qu’une petite partie du bout du dortoir joignant le cloitre, parceque s’il s’étendoit tout le long du dortoir il en déroberoit tout le jour et les cellules en seroient inutiles, il en occupe trois qui ne servent de rien. Le troisième étage est une chambre commune, et le quatrieme la bibliotheque; il n’y a qu’un espace de six à sept pieds entre le ron point de l’eglise et ce petit corps de logis, qui sert d’entrée au monastère.
Je ne connois point de petite montaigne à l’oposite de Tombelaine. Tombelaine est un rocher, au nord du notre; à un gros quart de lieüe, on y conte une demi lieüe. C’est un diminutif de tombe, la notre s’apelle le mont de tombe [in monte tombe]. L’autre s’apelle Tombelaino, quasi tombula. Il y a eu des batiments qui ont tous esté razez par ordre de la cour, c’est un prieuré dont le revenu s’estand pour la pluspart dans la paroisse de Bassillé distante de deux lieues dudit Tombelaino, où il y a un fief qui en dépend. Au nord est de Tombelaino, il y a une pointe de terre qui avance en la mer et qui est fort elevé qui s’apelle le pignon butor, mais il n’y a jamais eu ni église ni chapelle. Au nord ouest est la pointe de cancale ces deux pointes font comme un croissant ou une très grande anse; nous sommes dans le milieu de cet anse, car le flux nous entour d’une demi lieu au sud.
cancal
le mont la grande mer
St Michel
le pignon butor
A l’oüest de Tombelaine, il y a une montaigne apellée Montdol, éloigné d’un gros quart de lieu de Dol et d’une demie lieue au plus du rivage de la mer. Je ne scays pas si vous ne voulez point parler de cette montaigne. Il y a un petit prieuré dépendant d’icy dont l’église est sur la montaigne avecq un bourg.
Il seroit trop juste que notre monastère contribuast à la gravure de ces planches, et si j’en avois eu la nouvelle dans le temps que notre premier procureur étoit à Paris, je l’aurois chargé de donner quelque chose à votre réverence, mais il me seroit plus facile de tirer de l’eaue de notre rocher que de l’argent de nos officiers et en verité quand ils le voudroient ils ne le pouroient pas à présent. La misère est si grande que cela passe l’imagination. Il y a trois ans que je dois quelque chose a un marchand libraire de Rennes que je n’ay encore pu faire payer. Je suis bien faché de ne pouvoir satisfaire a sa tres juste demande, car on ne peut estre avecq plus de distinction d’estime et de considération que je suis,
Mon révérend père,
Votre très humble et tres obeissant serviteur et confrere.
Frère Julien Doyte.
M. B.
XIV
PENDANT LA RÉVOLUTION[53]
[Page 351]
Nous maires et officiers municipaux de la ville du Mont Sᵗ Michel étant occupés à nos affaires communes de laditte ville avons été interrompu par un bruit extraordinaire, qui a fait sortir plusieurs habitants de leurs maisons, et après estre sorty de notre bureau dans la grande rüe, nous avons vu les nommés Thomas Desplancher et Jean Desplancher son frère habitans de cette ville qui se frapoient à coups de poind et de pieds, et se tiroient par les cheveux, et se tretoient indignement par des jurement, et comme lesdits Desplancher sont dans lusages de faire du tapages dans la ville et de troubler journellement le repôs public; pourquoi nous avons ordonné comme de police que lesdits Desplancher garderoient provisoirement prison l’espace de vingt-quatre heures dans les prisons de cette ville, pourquoy nous avons enjoint au sieur Turgot officier de garde de ce jour de commander des soldats en nombre suffisent pour constituer prisonniers lesdits Desplancher; sauf à ordonner plus grande peines s’il y echeit contre les dits Desplancher donné à notre bureau le vingt sept may sur les dix heures et demie du soir mil sept cent quatre-vingt-dix.
L’evatu, maire; J. Richard, officier municipal; Blin, officier municipal; Auquetil, procureur; L. Leroy, ptre grefier.
Ledit jour a comparu ledit sieur Turgot officier de garde sur les huit heures du soir le quel nous a déclaré avoir constitué prisonniers lesdits Desplancher au terme de la sentence cy dessus ce qu’il a signé
Du jeudi vingt décembre mil sept cent quatre vingt douze nous officiers municipaux soussigné ayant apris que la nouvelle municipalité est constituée, Déclarons nos fonctions municipalle finie et arrestée ce dit jour et an que dessus.
F. Mouillaud, Cy dev. officier; L. Leroy, Cy dev. maire; Charles
Turgot, Cy dev. officier; Hevaut, Cy dev. greffier.
L’an mil sept cent quatre vingt treize le deuxième octobre, l’an 2ᵉ de la République française une et indivisible
Au Mont Sᵗ Michel
S’est présenté en la maison commune le citoyen Oury envoyé de l’assemblée primaire du canton d’Avranches district du dit lieu, section de Saint-Saturnin, lequel nous a apparu 1º du raport et du decret du 23 août dʳ sur la réquisition civique des jeunes citoyens pour la deffense de la patrie, 2º d’une proclamation du citoyen Le Carpentier représentant du peuple envoyé par la Convention nationale dans le département de la Manche; 3º d’une commission à lui adressée par le d. citoyen Le Carpentier au nom du salut public et conformement à l’article 4 du decret de la Convention nationale en date du 16 août dʳ; 4º enfin d’une lettre des citoyens administratieurs de ce district, du 25 de ce mois avec invitation de publier et de donner lecture des pièces ci dessus aux jeunes citoyens âgés de 18 à 25 ans afin qu’ils connoissent leur requisition; de faire aussi un état nominatif de tous ces mèmes jeunes gens et d’en tenir registre, de donner le denombrement exact de la quantité et de la qualité de tous les chevaux autres que ceux servant à l’agriculture et enfin celui de tous les fusils et surtout de ceux de calibre, de tout quoi le d. citoyen Oury nous a demandé acte et a signé après lecture, Oury.
L’an mil sept cent quatre vingt traize l’an deux de la République française une et indivisible le traize 8ᵇʳᵉ mil sept cent quatre-vingt-traize il a été aresté par le Conseille generale de la commune apprès avoir antandu le procureur qua dater de ce jour ille est etabli un burau dans le ci-devant presbitaire dans laquelle il serfait un tron à trois clés pour ramasser toutes les laitres qui viendront soit à l’adresse des prestre deténu dans le chateau de cette vil ou a l’adrès du maire ou officiers municipaux ou procureur de la commune pourvu qui soit sust l’adrèse ou dedans pour remaitre à quaques uns de ces prestres detenus, dont le tron ne sera ouvairt que deux fois par semaine savoir le mardi et le vandredi de chaque semaine; il en sera fait un à la porte du chateau paraille dans laquelle tous les praîtres mettront leurs laitres san qu’il an soit pris une par aucun manbre de la commune qua l’ouvairtur du tronc, il est aresté quauquun paquet ni assignat ne seront remis à aucuns de ses refractaire quan présence de la commune; s’il vien du pain, il séra distribué egallement; ille est defandu au consierge de laisser autres qui que se soit plus loing que la porte sou paine daitre punis suivant larresté autre le conseille généralle de la commune, aresté an maison commune le dit jour, mois et an ci-dessus; il est défandu au consierge de quitter sa porte sous peine de pairdre sa pansion à moins qu’il ne se fasse ranplacer par une pairsones capable de le ranplacer et que la municipalité yst consante deux mot rayé nul.
J. Hevaut, officier; J. Richard, maire; Tomas Fouché; Etienne
Vidal, procureur; Julien Menard; J. Basire; Jean Gainard.
Du jeudi trente août mil sept cent quatre-vingt-douze, l’an 4ᵐᵉ de la liberté en la maison commune du Mont St Michel s’est présenté devant nous maire et officiers municipaux de la dite ville du Mont St Michel le sʳ Henri Jean Dufour prestre ci-devant religieux bénédictin, lequel a déclaré vouloir sur le champ prester le serment prescrit suivant les loix. Nous susdits officiers municipaux, en reconnaissance de la conduite patriotique du sʳ Dufour an nous bien connue depuis la Révolution, et vû que le sʳ Dufour s’est présenté differentes fois et a offert son serment à la municipalité pourquoi nous n’avons pas crü devoir differ d’avantage à l’admettre à prester son serment ce qu’il a fait dans les termes suivans: je jure d’être fidelle à la Nation à la Loi et au Roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution du Royaume décretée par l’Assemblée nationale constituante aux années 1789, 1790, 1791. Ce qu’il a singné avec nous ce présent proces verbal fait et arrété ce dit jour et an que dessus.
Henry-Jean Dufour, cy devant religieux benedictin; L. Leroy, maire;
F. Morillaud, officier; Jean Duval; F. Hevaut, greffier.
Du jeudi quatre octobre mil sept cent quatre vingt douze l’an 4ᵐᵉ de la Liberté et le 1ᵉʳ de Legalité, nous officiers muncipaux du Mont St Michel, extraordinairement assemblé, au domicile du sʳ Henry-Jean Dufour prestre ci devant religieux bénédictin en vertu d’une réquisition de sa part, tendant à prester le serment réquis, pourquoi nous susdits officiers municipaux vû l’infirmité du sʳ Dufour et né pouvant se rendre à la maison commune nous nous sommes expres transporté au lieu de son domicilie pour récévoir son serment léquel la sur le champ proféré dans les termes suivants, je jure de maintenir la liberté et legalité ou de mourir en la deffendant. Ce qu’il a singné avec nous le dit jour et an que dessus.
Henry Jean Dufour; L. Leroy, maire; F. Morillaud, officier;
F. Hevaut, p. greffier; Ch. Turgot, officier.
Dudit jour jeudi quatre octobre mil sept cent quatre-vingt-douze l’an 4ᵐᵉ de la liberté et 1ᵉʳ de l’egalité, c’est présenté devant nous, officiers municipaux à la commune du Mont-St-Michel, le sʳ Claude Carton prestre ci devant religieux benedictin léquel a déclaré vouloir se conformer à la loi, et prester le serment requis par les décrets de l’assemblée nationalle lequel la main levée l’a proféré sur le champ dans les termes suivants: Je jure de maintenir la liberté et l’egalité ou de mourir en la deffendant. Ce qu’il a singné avec nous lesdit jour et an que dessus.
Claude Carton; L. Leroy; F. Morillaud, officier; Ch. Turgot,
officier; F. Hevaut, greffier.
Dudit jour jeudi quatre octobre mil sept cent quatre vingt douze l’an 4ᵐᵉ de la liberté et 1ᵉʳ de l’egalité c’est présenté devant nous officiers municipaux à la maison commune du Mont Sᵗ Michel, le sʳ Louis Augustin Pissès prestre ci devant religieux benedictin léquel a déclaré vouloir se conformer à la loi et prester le serment requis par les décrets de l’Assemblée nationale, lequel la main levée la profferé sur le champ dans termes suivants: je jure de maintenir la liberté et legalité ou de mourir en la deffendants, ce qu’il a singné avec nous ce dit jour et an que dessus.
Louis Aug. Pissis, L. Leroy, maire; F. Morillaud, officier;
Ch. Turgot, officier; F. Hevaut, greffier.
Dudit jour jeudi quatre octobre mil sept cent quatre vingt douze, l’an 4ᵐᵉ de la liberté et de legalité c’est présenté devant nous officiers municipaux à la maison commune du Mont St Michel le sʳ Jacque Besnard curé constitutionnel dudit lieu, lequel a déclaré vouloir se conformer à la loi et prester le serment requis par les décrets de lassemblée nationale lequel la main levée la profferé sur le champ dans les termes suivants: je jure de maintenir la liberté et legalité ou de mourir en la deffendants. Ce qu’il a singné avec nous ce dit jour et an que dessus.
Jacques Besnard, Curé du Mont; L. Leroy, maire; Ch. Turgot,
officier; L. Hevaut, greffier; F. Morillaud, of.
Nous maire et officiers municipaux de la commune du Mont-St-Michel certifions à qui il appartiendra que le citoyen Nicolas de la Goude prestre originaire de la paroisse de Saint Lo Dourville demeurant depuis plusieurs anée à celle de St Georges de Bohom est maintenant à la maison commune du Mont St Michel, nous lui avons delivré le presant pour lui servir en cas de bezoin, fait ce vingt trois aoust mil sept cent quatre vint treize l’an deux de la République françoise.
La Goude, J.; Richard, maire; Etienne Vidal, procureur.
Suivant la déclaration que Nicolas de la Goude nous a fait ce dit jour et an que dessus. J. Richard, m.
Nous maire et officiers municipaux de la commune du Mont St Michel soussigné cairtifions que le citoyen Charles le Venard lainé ci-devant prieur de la Mancellière est vivant et existant et habite présantement au chatiau du Mont St Michel en foy de quoi nous lui avons délivré le présent pour lui servir et valloir en cas de besoin en la maison commune ce dix 7ᵇʳᵉ mil sept cent quatre vingt treize, l’an deux de la République françoise une et indivisible.
Charles Le Venard l’ainé; J. Richard, maire.
Nous maire et officiers municipaux de la commune du Mont St Michel district d’Avranche département de la Manche en exécution du decret de la Convention nationale du quinze mars dernier certifions acqui il appartiendra que le citoyen Jean Jacques Chatiaux prêtre est vivant et existant demeure au chatau dudit Mont St Michel sans interruption depuis le seize may dairnier presente année 1793 en foy de quoi nous avons delivré le present pour servir et valoir ce que de raison au dit citoyen Chataux, affiche prealablement faite dudit certificat pendant trois jours an la maison commune du Mont St Michel le quinze octobre mil sept cent quatre vingt treize l’an deux de la République une et indivisible.
J. Richard, maire; Chateaux; Etienne Vidal, procureur; Jean
Gainard; Hevaut, greffier; J. Hamel.
Les derniers ecclesiastique qui étoient detenus dans le chateau du Mont Saint Michel an sont party le vingt un germinal l’an trois de la République francoise une et indivisible. Extrait du registre des délibérations du Conseil general du district d’Avranches du sept octobre 1793, l’an 2 de la République francoise une et indivisible.
L’assemblée de Conseil du district d’Avranches vu la pétition de la commune du Mont St Michel en date de ce jour par laquelle elle expose que ses habitants et les pretres detenus dans la ci devant abbaye sont dans un besoin puissant, qu’elle ne peut leur procurer de subsistance dans la campagne, qu’il est difficile pour ne pas dire impossible de s’en procurer au marchert considerant que la position du Mont Saint Michel environné le plus souvant de la mer ne permet pas à ses habitants de sortir librement pour aller aux marché d’Avranche, chef lieu de canton que celui de Pontorson est beaucoup plus à proximité après avoir de nouveau examiné les requisitions adressées jusqu’ici aux communes de ce canton et les avoir conférées le procureur syndic entendû arrété que les requisitions adressées aux communes environnant Pontorson sont revoquées à commencer de jeudi prochain, qu’au lieu de 340 rahiaux de blé requis jusqu’ici pour l’aprovisionnement du marché de Pontorson, il en sera requis quatre cent dix parce que la municipalité veillera à ce que l’excedent vertisse specialement à l’approvisionnement du Mont St Michel qua commencer par le marché du 16 de ce mois les communes denommées au present arresté et portées sur le registre des deliberations contribueront à l’approvisionnement du marché de chaque semaine dans la proportion ditte des deux tiers au moins en fromant seigle et paumelle et l’autre au plus en sarrazin qua cette fois les municipalités seront tenüe sous leur responsabilité d’adresser aux cultivateurs de leurs communes, autres que les fermiers des domaines nationaux et d’émigrés, les requisitions nécessaires pour faire fournir la quantité qui leur est assignée d’en envoyer l’etat delle certifié à la municipalité de Pontorson assez à tems pour qu’elle puisse vérifier ceux qui refuseront de defférer aux requisitions qui leur seront faites et que sur sa denonciation ils soient poursuivis suivants la rigueur de la loi. Signé le Marié présidant et le Maistre pour expédition conforme Carbonnel le Maistre.
Délivré un certificat d’existance au citoyen Jean Baptiste Monteuil prêtre originaire de la commune de la Haye du Puit district de Carentan département susdit est vivant et existant, demeure au châtiau du Mont St Michel sans interruption depuis le vingt deux juin. Foy de quoi nous avons délivré le présent pour servir et valoir ce que de raisons au dit citoyen Monteuil affiche prealablement faite dudit certificat pendant trois jours en la maison commune du Mont St Michel. Ce onze pluviôse 2 année de la République françoise une et indivisible.
LIBERTÉ ÉGALITÉ.—PLACE DAVRANCHE
Le commandant Leuperaiec d’Avranche commandant de la gandarmerie national tu voudras bien citoyen, commander le nombre de gens darmes que tu jugeras necessaire pour conduire au Mont-St-Michel, les nomées Le Mornier, Le Chevalier et Saussons ci devant curé et vicaires de Sacé ils sont à la maison d’arret. Tu y joindras le nomée le Souge prêtre qui est à la prison. Letellier
Le 10 ventôse l’an 2 de la Republique françoise une et indivisible.
Le neuf floreal deuxième année republicaine s’est présenté le citoyen Francois Grentel ci devant curé à Vains St Leonard canton et district d’Avranche devant les officiés municipaux et notable en pairmanance de la commune du Mont libre, lequel a declaré que par obeisance à l’aresté du citoyen le Carpentié représentant du peuple à Port Malo an date du vingt quatre gairminal lequele aresté n’a encore été publié officiellement, il venait se rendre au dit lieu du Mont libre le dit jour et an que dessus.
F. Grentet; Etienne Vidal, agent national; F. Morillaud, officier en permanence.
Avranches 7 floreal lan 2ᵉ de la Republique une et indivisible.
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, UNITÉ ET INDIVISIBLE DE LA RÉPUBLIQUE
L’agent national près le district d’Avranches aux citoyens du district. Laissez librement passer le citoyen Pierre Lainé de la commune de St Sénier près Avranches allant au Mont St Michel conduire le citoyen Pierre Affichard prêtre condamnée à la réclusion dans la maison commune qui y est établie la Mᵗᵉ du Mont St Michel permettra au citoyen Lainé d’entrer dans la dit maison pour y faire le arrangement necessaire au dit Affichard.
Avranche 7 floreal lan 2 de la Republique françoise.
Frain, ageans nationale.
Le douzé floreale deuxieme année de la republique une et indivisible. Liberte nous Maire, officiers municipaux et agent national provisoire de la commune de Rhiutambault Saint Georges chef lieu de canton sous le district de Fougerer departement d’Ille et Vilaine sur ce que le citoyen Bertrand Thommas cy devent notre curé nous a fait connaître ne vouloir nullement en freindre la loi qui oblige tous les prêtre délre la reclusion; que son intention est de partir avan la promulgation de la ditte loy pour se randre au Mont St Michel qu’il croit être la maison de sa reclusion ou il entand se rendre volontairement il nous a déclaré pour cet effet voloir partir le jour sur les neuf heures pour se rendre à St Jammer s’il le peut pourquoi nous luy avons délivré le présent avec invitation a nos conffre et collegues des Municipalités sur sa route de luy prêter aide et assistance pendant sa route attendu qui est attaqué depuis longtemps d’une paralisie du côté droit. Le citoyen Bertrand Thoumas âgé de cinquante-sept ans taille de cinq pieds un pouce le yeux bleut la bouche moyenne menton rond front haut epilé le visage carré et vermiel delivre à la maison commune de Rhintaubault St George le jour dix floreal, l’an deux de la Republique Française une et indivizible et imperissable ce que nous avons areté le dit jour et an que dessus.
Julien Menard. P. Boulard. Blier.
Nous maire et officiers municipaux de la commune du Mont St Michel district d’Avranche departement de la Manche soussignés certifions que le jeudi seize mai du présent mois; il est arrivé cinquante et un ecclésiastique au château du Mont St Michel pour étre detenû dans le chateau qui ont été conduits par les cavaliers de la gendarmerie nationale de Coutance. En consequence nayant reçû aucun ordre du département ny du district d’Avranche, nous avons délivré le présent au citoyen Pierre Foison, marechal de logis de la gendarmerie nationale de Coutances sur son ordre pour lui servir et valoir de décharge fait et délivré à une heure après midy à notre maison commune ce dix-sept mai mil sept cent quatre-vingt-treize L’an deux de la Republique Françoise de la maison commune de Coutance.
L’an mil sept cent quatre-vingt-treize L’an deux de la Republique Françoise le dix neuf octobre il est arrivé au Mont St Michel cent quatre vingt cinq Ecclésiastique du département de Lisle et Villaine pour ètre détenû dans le Château qui ont été conduits par de la troupe et des volontaires et des gendarmes avec environs trante voiture, le citoyen Claude le Coze eveque de Reines etoit du nombre pour être detenû et dont Geor cy devant assistant du general de Lordre des cy devant Benedictins. En registre à la maison commune du Mont St Michel ce dix neuf octobre mil sept cent quatre vingt treize L’an deux de la Republique Françoise.
L’an mil sept cent quatre-vingt-treize L’an deux de la Republique Françoise le douze de novembre il est arrivé au Mont St Michel sur les dix heures du matin des brigands qui ont mis l’arbre de la Liberté a bas et l’ont couppé il ont party a environ onze heures a san retourner. Lapres midy il sont revenus environ cinquante pour faire partir les Ecclésiastique an leur disant qu’ils etoient Larmée Catolique et Chretienne et qu’ils venoient pour les tirer des chaines et des fairs et les tirer de captivité les brigands ont couché au Mont se sont emparés des clefs de la ville et ont fermé les portes le lendemain il ont cloué les canons ont jeté tous les boulets dans la greve ont cassé et amporté les pavillons à la rezerve du Rouge; il ont voulu emporter les vases sacrée les ecclesiastique qui etoient detenüs leur ont fait des corrections, ils les ont lessé apres bien des explications il ont voulû faire a ranconner le maire an lui demandant une forte somme le citoyen maire a expozé sa vie et le citoyen agent la esposée aussi les brigands leurs dire que s’ils ne les avoient pas trouvé à leurs postes et place qu’il auraient mis le feut et le piage dans landeroit qu’il étoient bien heureux que les prestres les usse prié de ne pas faire de mal que si on n’avait pas eû pitié deùx il seraient mort de besoin le lendemain treize il sont encore revenus faisant de grande menace le maire et l’agent ont risqué à perdre la vie—le lendemain quatorze ils sont encore revenus un grand nombre de brigands voulant nous couper le coups avec leurs sabres sur le coups.
Du dimanche dix-huit août 1793 l’an deux de la Republique Française une et indivisible, ses présenté devant nous, maire et officiers municipaux Jacque Nicole de la paroisse de St Denis le Gatz, nous a déclaré qu’il étoit soudiacre âgé de vingt sept ans, ayant été pris aux scrutin pour fournir le cotingant de la sudite paroise, qu’il a été à Coutance, de Coutance à Raine étant arrivé du sairvice, ille set randu au Mont St Michel ou nous l’avons mis en arestation à son arivée qui étoit hier environ six heurs du soir.
J. Richard, maire; Etienne Vidal, procureur; J. Nicolle, soûd.
Nous maires et officiers municipaux de la commune du Mont St Michel certifions à tous qu’il apartiendra que Charle le Vénard prestre cy-devant curé de la Mancellière district de Mortain agé de soixante-sept ans quatre mois queque jours né le vingt six may mil sept cent vingt est vivant et habitant comme détenu depuis le seize may dairnier en la maison de la ci-devant abbaye du Mont Saint Michel s’étant cejourd’hui présenté en personne devant nous qui nous sommes à cet effet fait introduire en laditte maison à sa réquisition pour l’obtention du présent que nous lui avons accordé et qu’il a signé avec nous en laditte ci devant abbaye et dans l’appartement qu’il y occupe, ce vingt-sept septembre mil sept cent quatre vingt treize l’an deux de la Republique françoise une et indivisible.
J. Richard, maire; Etienne Vidal, procureur; Le Venard, l’ainé.
Nous maire et officiers municipaux de la commune du Mont St Michel soussigné certifions que le citoyen Nicolas Auguste Richer praitre de la ville de Saint Malot est vivant et existant et habite actuellement le chatau de notre ville depuis avirons quinze jours—l’afiche du presant pandant trois jours à la maison commune delivré au bureau pairmanent de la municipalité le cinq novembre mil sept cent quatre-vingt-treize l’an deux de la République françoise une et indivisible.
J. Richard, maire; N. Richer, ptre; Etienne Vidal, procureur.
Certificats d’exiscence délivrée, la même année, à Jean Jacques Chateaux, prètre; Henry-François Le Cronier Duteil, prètre, ci-devant curé de St Clément; Pierre Jehan, prètre de la commune de Saint Thomas de St Lo; Michel Dufour, prètre de la paroisse de Ste Croix de St Lo; Pierre Le Carpentier prètre, natif de la paroisse de Mesnil Raoult et demeurant dans celle de St Thomas de St Lô; Jean-Anne de la Croix, prètre de la ville de Raines; Claude Henry Damemme, prètre de la paroisse de Notre Dame de Saint Lot; René Joseph Comte; René Jouacin Deroïnn de Blanchenoë, prètre âgé de soixante trois ans, originaire de la paroisse de Martigné fer Chaus; Bernard Michel Marguerie, prêtre originaire de la commune de Flotteveauville; Jacques Bénard, curé du Mont St Michel; Pierre Latour, ci-devant benedictin; Jean Duval, cy devant recteur de la commune de Bellon district de Rennes; Jacques François Magnan, prêtre d’Aumouville lac petite; Joseph Le Barbier, cy devant recteur de la commune de St Sauveur de Raines; Claude Le Coz, évêque de l’Ille et Vilaine; Pierre Gabriel Denis Richet, ci-devant curé de la paroisse de Domloup, district de Rennes; Nicolas de la Goude, prêtre de St George Bohom; Nicolas Hellaud, prêtre de St Martin le Lebert, district de Valogues.
Le douze novembre 1793 les Brigands sont venus au Mont St Michel deux fois dans la journée et le treize une fois et le quatorze une fois; il y avait plus de trois cents ecclésiastique detenus au chateau.
Delivré un certificat d’existence à Jacque Le Bedel prêtre agé de soixante-deux ans cy devant desservant de la chapelle St-Ortain, commune du Dezert.
Nous marechale des logis de la gendarmerie nationale en vertue de lorde qui nous a été donée par les administrateur du district d’Avranche de retiré du mont Libre le nommé Pierre Dupré ex prêtre natif de Camberuon district de Coutance pour être porté à Rochefort ô mont libre le 28 messidor l’an 2ᵉ de la Republique françoise.
Fierville, Marechal des logis de la gendⁱᵉ nationale.
Vu la délibération du comité de surveillance de la commune d’Ercé district de Bain département d’Ille et Villainne en date du dix fructidor qui en vertu de l’arretté du représentant du peuple le Carpentier du vingt-cinq prairial; est d’avis que le citoyen Emmanuel Fidel Leminihy ci devant curé de la susditte commune soit mis en liberté... Vu pareillement la deliberation y relative prise par les administrateurs du directoire du même district en datte du douze fructidor, nous avons delivré au susdit citoyen Leminihy un certificat de civisme de residence et un passeport pour d’après sa déclaration se rendre à la susditte commune d’Ercé fait en notre commune du mont Libre ce quinze fructidor an 2ᵉ de la Republique françoise une et indivisible et le susdit dénomé a signé avec nous.
Le Ménihy.
Vû la délibération du comité de surveillance de la commune de Guichen district de Bain département d’Ille et Villaine, la petition cy jointe, certifions et attestons que le citoyen Pierre Trochu, cy devant vicaire dans cette commune, est actuellement detenu au Mont Michel, s’est toujours comporté en vrai republicain pendant qu’il a été en cette commune, qu’il a toujours donné des preuves de sa soumission pour l’exécution des lois et n’avoir aucune connaissance qu’il ait dit ny rien fait de contraire aux interests de la Republique françoise, en conseque, nous membres du dit comité demandons que ledit cytoyen Trochu soit mis en liberté, à Guichen ce vingt-six fructidor l’an deux de la Republique une et indivisible.
Signé Blouet; Michel Quatrebeufs; Guillaume Divay; Joseph Guillard.
Extrait du registre destiné à recevoir les declarations des prètres constitutionnels detenus au Mont St Michel par ordre des représentants du peuple Le Carpentier et autre représentants.
Le citoyen Alexandre François Le Mounier curé de Sacey canton de Pontorson district d’Avranche departement de la Manche, toujours disposé à faire des sacrifices pour le maintien de la Constitution, toujours disposé à répandre jusqu’à la dernière goutte de son sang pour maintenir les droits sacrés de la Republique qui nous sont un sûr garant de la Liberté et de Légalité et ayant toujours eû pour principe que nul individu ne doit exister sous un gouvernement pour se conformer aux arrètés du représentant du peuple Le Carpentier en mission dans le departement de la Manche et autres contigus declare suspendre l’exercice de ses fonctions publiques jusqu’à ce que la Convention ou autre assemblée législative qui pourrait lui succéder en ait statué autrement et protegé les libre exercice des cultes déjà decreté. Quant à ses lettres de prétrises les brigands échappés de la Vendée ne se sont pas contentés de piller pour mille écus d’effets mobiliers qui faisaient une partie de ses propriétés, mais encore ont brulés tous ses papiers. Au reste il désire donner des preuves de la conduite qu’il a tenüe depuis laurore de la Revolution, de son devoüement pour la chose publique et de son attachement pour sa patrie et veut vivre en vrai republicain mais chrétien, et renouvelle le serment qu’il en a fait. Presanté à la municipalité du Mont St Michel le 24 ventose l’an second de la Rep. une et indiv. Le Monnier C. de Sacey avec pharaffe.
Extrait du registre des délibérations du conseil general de la commune du Mont Libre ci-devant St Michel.
Seance extraordinaire du 24 floreale l’an 2ᵉ de la Republique française une et indivisible et imperisable.
Le citoyen Vidal agent nationale requier la municipalité sur les bruits allarments qui se répende a Pontorson et autres androits environnants que les exécrable chouan sont près de notre teritoire de prandre les mesures les plus sages au cas qu’ils tenterais à venir dans notre commune qui est suivant mes conclusions de faire un aresté 1º que tous citoyens dans cette commune qui sous 24 heures n’auront pas mis leurs armes en etat sois puni comme suspect, 2º de requérir tous citoyens et citoyenne de charoyer de tas de roche dandrois en androist sur les rampard et faire comparaître le capitaine de la garde national pour nous donner l’etat des forces du magasin, 4º d’envoyer un autant dudit arresté aux citoyens administrateurs du district d’Avranche, 5º qui le soit fait défense à tous citoyens de sabsenter pour fuire sous paine daitre treté comme supect 6º qu’il soit prist sur le champ des mesures pour assurer les portes et pour maitre la grille de fair à bas, 7º qu’il soit donné des ordres au citoyen Capitaine pour tenir sa compagnie toujours prête à prendre les armes au premier coup de tambour, 8º qu’il soit fait defense douvrir les port de la ville la nuit sous paine d’estres puni tres severrement, 9º qu’il soit arresté quanquas qui le vieue que le premier qui parlera de se rendre soit fussillie sur le champ.
Nous représentant du peuple delégué par la Convention nationale dans le departement de la Manche et autres environnants.
En conséquence de notre arrêté du 25 prairial sur le nº 984 qui chargeoit le district d’Avranche de nommer deux commissions pour concerter avec la municipalité du Mont St Michel à l’effet de nous presenter un etat de ceux qui ayant été mis en état d’arrestation antérieurement ou postérieurement à notre arrêté du 24 germinal par d’autres ordres que par ceux des représentants du peuple, prouveroient par des pièces authentiques la remise de leurs lettres de prêtrises, avant la ditte époque du 24 germinal et justifieraient de leurs certificats de civisme de la part des municipalités des lieux de leurs domicilles.
Arrêtons que ceux des ci-devant prêtres compris dans l’etat ci-dessus comme réunissant les conditions exigées seront de suite remis en liberté sauf à eux à reclamer ce qui peut leur revenir de leur traitement en conformité de la Loy.
Port Malo le 22 thermidor l’an 2ᵉ de la Republique.
Signé: Le Carpentier.
Le citoyen Jacque Herant a deposé aujourd’hui 12 vendémiaire à l’administration les ornement de la ci-devant Eglise du Mont Libre en directoire du district d’Avranche 3ᵉ année republicaine.
Le Bourlier.
Le général de brigade Gratien, commandant la subdivision de la Manche, considerant que la place du Mont Michel est une place absolument isolée que la mer par son flux la sépare du la terre ferme que l’administration cantonale don depend cette place tient ses seances à Pontorson et qu’en cas d’attaque de la part des chouans le commandant de cette place ne pourrait se concerter avec la municipalité vù son eloignement considerant d’ailleurs que la sureté du Chateau ou est renfermé un nombre considérable d’individù exige de très grandes précautions de cette place se borne à un très petit nombre de citoyens declare la place du Mont Michel en etat de siege.
Est signé à l’original. Gratien.
TABLE DES ILLUSTRATIONS
| PHOTOGRAVURE | |
|---|---|
| Saint Michel terrassant le Démon. Tableau de Raphaël peintpour François Iᵉʳ | [En frontispice.] |
| CHROMOLITHOGRAPHIES | |
| Pages. | |
| Saint Michel terrassant le démon et Apparition de l’Archange sur le Monte-Gargano, en Italie; miniature du Missel de Charles VI, ms. du quinzième siècle | [88] |
| Miracle de la Vierge au Mont-Saint-Michel; peinture en camaïeu des Miracles de Notre-Dame, ms. du quinzième siècle | [118] |
| Saint Michel terrassant le démon et Vue du Mont-Saint-Michel au commencement du quinzième siècle; miniature du Livre d’heures de Pierre II, duc de Bretagne, ms. du quinzième siècle | [268] |
| Le Jugement d’une âme; miniature d’un livre d’heures, ms. du quinzième siècle | [388] |
| GRAVURES | |
| PREMIÈRE PARTIE SAINT MICHEL ET LE MONT-SAINT-MICHEL DANS LE PLAN DIVIN | |
| Pages. | |
| Dieu révèle aux anges l’incarnation future du Verbe, dessin de Wohlgemuth, quinzième siècle | [9] |
| La Chute des anges rebelles, d’après Ch. Lebrun, dix-septième siècle | [17] |
| Saint Michel et ses anges luttant contre le dragon, miniature d’une Apocalypse du quatorzième siècle | [25] |
| Saint Michel et saint Gabriel, miniature d’un ms. du huitième siècle | [28] |
| Saint Michel apparaît à Gédéon, dessin de Schnorr | [33] |
| Saint Michel, l’ange du jugement, fragment du Jugement dernier, fresque d’Orcagna, au Campo Santo de Pise, quatorzième siècle | [45] |
| Saint Michel et le dragon, miniature d’un psautier du dixième siècle | [49] |
| Saint Michel, miniature du Bréviaire du cardinal Grimani, quinzième siècle | [57] |
| Saint Michel terrassant le démon, gravure de M. Schoen, quinzième siècle | [65] |
| L’archange saint Michel, figure tirée de l’Assomption de la Vierge, du Pérugin, seizième siècle | [69] |
| Armoiries de Mᵍʳ Germain | [72] |
| DEUXIÈME PARTIE SAINT MICHEL ET LE MONT-SAINT-MICHEL DANS L’HISTOIRE ET LA LITTÉRATURE | |
| Pages. | |
| Saint Michel terrassant le dragon, miniature du quinzième siècle | [81] |
| Le Châtiment d’Héliodore, fragment d’une peinture à fresque de Raphaël | [85] |
| Contestation entre saint Michel et le démon, gravure du dix-septième siècle | [87] |
| Saint Michel, feuille de diptyque en ivoire du sixième siècle | [89] |
| Apparition de l’Archange sur le môle d’Adrien, peinture à fresque de F. Zuccaro, au Vatican, seizième siècle | [91] |
| Vue sud-ouest du Mont-Saint-Michel | [97] |
| Chef de saint Aubert | [105] |
| Chapelle Saint-Aubert | [113] |
| Statue de saint Michel sur l’hôtel de ville de Bruxelles, quinzième siècle | [123] |
| Coquilles de pèlerinage | [125] |
| Vue de Saint-Michel-d’Aiguilhe | [131] |
| Sceau de Robert, abbé du Mont, quinzième siècle | [132] |
| Coupe de l’ouest à l’est du Mont-Saint-Michel | [151] |
| Vue de la face nord du Mont-Saint-Michel | [153] |
| Vue de la face ouest — | [155] |
| Vue de la face est — | [156] |
| Le Mont-Saint-Michel en Cornouailles (Angleterre) | [164] |
| Le duc Guillaume et son armée viennent au Mont, fragment de la Tapisserie de Bayeux | [169] |
| Images en plomb de la Vierge de Tombelaine | [177] |
| Galerie de l’Aquilon | [179] |
| Enseigne de la Vierge et de saint Michel | [181] |
| Sceau de Robert de Torigni | [188] |
| Face ouest du Mont-Saint-Michel | [189] |
| Moine présentant un manuscrit à saint Michel, dessin d’un ms. du onzième siècle | [191] |
| Saint Augustin.—Lettre B historiée.—Saint Michel: dessins d’un ms. du onzième siècle | [192] |
| Saint Augustin discutant contre Faust, dessin d’un ms. du onzième siècle | [194] |
| Charte de donation de Gonnor.—Charte de donation de Robert: dessins d’un ms. du douzième siècle | [195] |
| Troisième apparition de saint Michel à saint Aubert, dessin d’un ms. du douzième siècle | [198] |
| Constructions de Robert de Torigni. Coupe de l’est à l’ouest | [199] |
| Constructions de Robert de Torigni. Coupe du nord au sud | [199] |
| Epitaphe de Robert de Torigni | [201] |
| Crosse de Robert de Torigni | [202] |
| Crosse de dom Martin | [202] |
| Épitaphe de dom Martin | [203] |
| La Merveille, bâtiments de l’ouest | [205] |
| Façades est de la Merveille | [206] |
| Façades nord de la Merveille | [208] |
| La Merveille, bâtiments de l’est | [209] |
| La salle des Chevaliers, vue prise à l’ouest, près des cheminées | [211] |
| Le réfectoire, vue prise de l’est | [213] |
| La salle des Chevaliers, vue prise à l’ouest de la salle | [215] |
| Le cloître, vue prise de la galerie ouest | [217] |
| Tympans de la galerie sud du cloître | [218] |
| Sceau et contre-sceau de Raoul de Villedieu | [220] |
| Sceau et contre-sceau de Richard | [221] |
| Image en plomb de saint Michel, treizième siècle | [225] |
| Sceau de la baronnie de l’abbaye à Ardevon, 1372 | [230] |
| Pèlerins conduits par un enfant, quatorzième siècle | [233] |
| Monnaie de Philippe VI | [239] |
| Le connétable du Guesclin, miniature d’un ms. du quinzième siècle | [243] |
| Sceau de Pierre Le Roy, 1388 | [247] |
| Armoiries de Pierre Le Roy | [248] |
| Le châtelet | [249] |
| Moule en creux et épreuve du moule | [251] |
| Cornet de pèlerin.—Plaques de pèlerins.—Bouton de pèlerin.—Ampoules en plomb.—Coquilles en plomb | [253] |
| Sceau et contre-sceau de l’abbaye à la baronnie de Genêts, 1393 | [254] |
| Remparts du quinzième siècle | [259] |
| Sceau de Robert Jolivet | [260] |
| Porte du Roi | [261] |
| Armoiries de Robert Jolivet | [262] |
| Armoiries de l’abbaye en 1417 | [263] |
| Sceau de Jean d’Harcourt, 1420 | [264] |
| Armoiries de Raoul de Mons, 1434 | [267] |
| Sceau de Louis d’Estouteville, 1425 | [270] |
| Mouton d’or, frappé au Mont sous Charles VII | [271] |
| Angelot d’or de Henri VI, frappé à Rouen en 1427 | [273] |
| La Vierge, saint Michel et Jeanne d’Arc, peinture du quinzième siècle | [275] |
| Bombardes prises sur les Anglais | [281] |
| Armoiries de la famille Michel | [283] |
| Réception d’un chevalier de Saint-Michel, miniature d’un ms. du seizième siècle | [289] |
| Collier de Saint-Michel et médaille de pèlerin de N.-D. de Boulogne | [291] |
| Chapitre de l’ordre de Saint-Michel, tenu en 1548 | [293] |
| Martin de Bellay prête serment de chevalier en 1555 | [295] |
| Henri III donne l’accolade et fait les chevaliers de Saint-Michel, gravure d’A. Bosse | [296] |
| Armoiries de Gabr. de Rochechouart, 1633 | [297] |
| Méreau de la corporation des pâtissiers-oublieurs, quinzième siècle | [299] |
| Saint Michel, peseur des âmes, miniature d’un ms. du quinzième siècle | [301] |
| Tableau de l’église de Camembert, 1772 | [305] |
| Groupe de la procession instituée à Aix en 1462 | [307] |
| Armoiries de l’abbaye sous Louis XI | [309] |
| Tombeau de Guillaume de Lamps, 1510 | [312] |
| Monument de Jean de Lamps, 1523 | [313] |
| Sceau de Jean de Lamps, 1520 | [314] |
| Cul-de-lampe des Statuts de l’ordre de Saint-Michel, 1725 | [315] |
| Tour ou bastillon Gabriel | [321] |
| Portrait du cardinal de Bérulle, gravure de B. Audran | [331] |
| Sceau de l’abbaye, dix-septième siècle | [332] |
| Cachet d’Étienne de Hautefeuille, 1689 | [333] |
| Armoiries de l’abbaye au seizième et au dix-septième siècle | [335] |
| Sceau et contre-sceau de l’ordre, sous Louis XIV | [339] |
| Bourdon de procession et médaille de la confrérie de Saint-Michel à Joseph-Bourg, en Bavière, 1693 | [341] |
| Différents costumes des membres de cette confrérie | [343-344] |
| Armoiries du Mont en 1733 | [347] |
| Cachet de Maurice de Broglie, 1765 | [349] |
| Incendie du Mont-Saint-Michel | [355] |
| Porte du Roi en 1835 | [358] |
| Vue du Mont en 1845 | [359] |
| Aspect de la grande plate-forme à l’ouest pendant les fouilles de 1875 | [361] |
| Médailles frappées à la naissance du duc de Bordeaux | [363] |
| Couronne exécutée par Th. Venturini | [369] |
| Couronne exécutée par M. Mellerio | [369] |
| Les pèlerins se rendant au Mont pour les fêtes du couronnement | [375] |
| Illumination du Mont | [379] |
| Aspect de la plage au moment de la bénédiction | [381] |
| Procession du couronnement | [383] |
| Bateaux pavoisés | [384] |
| Saint Michel remet dans le fourreau l’épée de la justice divine, fresque de N.-D. de Lorette, peinte par Orsel, dix-neuvième siècle | [385] |
| Saint Michel, peseur des âmes, miniature du Psautier de saint Louis, treizième siècle | [390] |
| TROISIÈME PARTIE DESCRIPTION DU MONT-SAINT-MICHEL | |
| Plan au niveau de la salle des Gardes | [398] |
| Plan au niveau de l’église basse | [399] |
| Plan au niveau de l’église haute | [400] |
| Plan de l’église et des bâtiments abbatiaux en 1145 | [403] |
| Plan de l’église, nef actuelle | [405] |
| Nef. Coupe transversale | [408] |
| Nef. Coupe longitudinale | [409] |
| Coupe du chœur | [411] |
| Armoiries de François 1ᵉʳ | [418] |
| Plan de l’angle nord-est du cloître | [436] |
| Coupe transversale des galeries | [437] |
| Plan du lavatorium | [439] |
| Coupe du lavatorium | [440] |
| Détails de la sculpture des tympans du cloître | [441] |
| Armoiries de la ville de Bruxelles | [441] |
| Tour Perrine, façade sud et coupe | [451] |
| Armoiries de Louis, baron d’Estissac, 1562 | [456] |
| Vue du Mont-Saint-Michel, d’après Mérian, 1657 | [459] |
| Vue du Mont-Saint-Michel, d’après C. Chastillon, dix-septième siècle | [461] |
| Vue du Mont-Saint-Michel, d’après N. de Fer, dix-huitième siècle | [463] |
| Boulevard ou bastillon de l’est | [464] |
| Armoiries peintes sur un tableau placé autrefois dans l’église du Mont | [466] |
| Vue générale de la façade sud du Mont | [469] |
| Rue de la ville | [471] |
| Sou d’or concave, 1185-1195 | [479] |
| Pierre gravée du quatrième siècle | [479] |
| Sou d’or concave, 1261-1282 | [479] |
| Sceau du douzième siècle | [479] |
| Image en plomb trouvée au Mont, treizième siècle | [479] |
| Sceau de l’abbaye au douzième siècle | [479] |
| Sceau de la nation de Picardie, quatorzième siècle | [480] |
| Sceau de l’abbaye en 1520 | [480] |
| Moule d’un plomb de pèlerinage, quatorzième siècle | [480] |
| Statue de l’Archange sur l’église Saint-Michel de Lucques (Toscane), huitième siècle | [481] |
| Saint Michel et ses anges, peinture de Cimabue à l’église Sainte-Croix de Florence, treizième siècle | [482] |
| Saint Michel, saint Gabriel et saint Raphaël autour de la figure du Sauveur, peinture grecque, quinzième siècle | [482] |
| Saint Michel avec la Vierge et l’enfant Jésus, peinture dans l’église Sainte-Croix de Florence, école de Giotto | [483] |
| Saint Michel conducteur des âmes | [483] |
| Un ange présente une âme à saint Michel, miniature d’un manuscrit du quinzième siècle | [483] |
| Saint Michel peseur des âmes, peint par Memling, église Sainte-Marie à Dantzig, quinzième siècle | [484] |
| Saint Michel pesant les âmes et terrassant le dragon, peint par L. Signorelli, église Saint-Grégoire, à Rome, seizième siècle | [484] |
| Plaque italienne en bronze, seizième siècle | [485] |
| Plaque allemande en argent repoussé, seizième siècle | [485] |
| Saint Michel terrassant le démon, peinture italienne du seizième siècle | [486] |
| Jetons d’échevinage et monnaies à l’effigie de saint Michel | [486] |
| Saint Michel protecteur des âmes, peinture de Mabuse, seizième siècle | [487] |
| Saint Michel en costume Louis XIV, dix-septième siècle | [487] |
| Saint Michel d’après un émail de Laudin, dix-septième siècle | [487] |
| Plaque en bronze de la fin de la Renaissance italienne | [487] |
| Plaque en faïence émaillée d’Aranda (Espagne), dix-septième siècle | [488] |
| Saint Michel, d’après une broderie au passé, dix-huitième siècle | [488] |
FIN DE LA TABLE DES ILLUSTRATIONS.
TABLE DES MATIÈRES
| PREMIÈRE PARTIE MICHEL ET LE MONT-SAINT-MICHEL LE PLAN DIVIN | ||
|---|---|---|
| Pages. | ||
| Chapitre Iᵉʳ.—Aperçu général sur saint Michel et les anges. | [2] | |
| Chapitre II.—Mission de saint Michel.—Son culte. | [29] | |
| Chapitre III.—Le Mont-Saint-Michel dans les desseins de la Providence. | [51] | |
| DEUXIÈME PARTIE MICHEL ET LE MONT-SAINT-MICHEL L’HISTOIRE ET LA LITTÉRATURE | ||
|---|---|---|
| Introduction | [76] | |
| Chapitre Iᵉʳ.—Saint Michel et le Mont-Saint-Michel sous les rois des deux premières races | [83] | |
| I. | Saint Michel dans les temps primitifs | [83] |
| II. | Le Mont-Saint-Michel au péril de la mer | [93] |
| III. | Saint Michel et saint Aubert | [101] |
| IV. | Saint Michel et la France mérovingienne | [110] |
| V. | Saint Michel et la France carlovingienne | [119] |
| VI. | Le Mont-Saint-Michel sous l’invasion des Normands | [126] |
| Chapitre II.—Saint Michel et le Mont-Saint-Michel a l’époque féodale | [133] | |
| I. | Abbaye du Mont-Saint-Michel | [133] |
| II. | Progrès et influence du culte de saint Michel | [142] |
| III. | Le Mont-Saint-Michel à l’époque de la conquête d’Angleterre | [166] |
| IV. | Saint Michel et Notre-Dame-la-Gisante-de-Tombelaine | [176] |
| V. | Le Mont-Saint-Michel et Robert de Torigni | [186] |
| VI. | Le Mont-Saint-Michel à l’époque de Philippe-Auguste | [204] |
| VII. | Saint Michel et la France de saint Louis | [219] |
| Chapitre III.—Saint Michel et le Mont-Saint-Michel pendant la guerre de Cent Ans | [230] | |
| I. | L’épisode des petits pèlerins | [230] |
| II. | Les préparatifs de défense | [237] |
| III. | Le Mont-Saint-Michel et Pierre Le Roy | [246] |
| IV. | Le siège du Mont-Saint-Michel | [257] |
| V. | Saint Michel et Jeanne d’Arc | [273] |
| VI. | L’ordre militaire de Saint-Michel | [284] |
| VII. | Apogée du culte de saint Michel | [298] |
| Chapitre IV.—Saint Michel et le Mont-Saint-Michel dans les temps modernes | [317] | |
| I. | Le Mont-Saint-Michel pendant les guerres de religion | [317] |
| II. | Saint Michel et le siècle de Louis XIV | [330] |
| III. | La décadence et la catastrophe de la Révolution | [345] |
| IV. | La restauration du Mont-Saint-Michel | [357] |
| V. | Le couronnement de saint Michel archange | [366] |
| Conclusion | [388] | |
| TROISIÈME PARTIE DU MONT-SAINT-MICHEL | ||
|---|---|---|
| Introduction | [393] | |
| Chapitre Iᵉʳ.—L’Église | [397] | |
| I. | Description des plans | [397] |
| II. | Au onzième et au douzième siècle | [401] |
| III. | La nef | [404] |
| IV. | Le chœur (quinzième et seizième siècle) | [407] |
| Chapitre II.—Batiments abbatiaux, a la fin du onzième siècle | [413] | |
| I. | Travaux de Roger (douzième siècle) | [413] |
| II. | Travaux de Robert de Torigni (douzième siècle) | [415] |
| Chapitre III. La Merveille (treizième siècle) | [419] | |
| I. | Origine de la Merveille | [419] |
| II. | Bâtiments de la Merveille | [425] |
| III. | Aumônerie | [426] |
| IV. | Cellier | [427] |
| V. | Réfectoire | [428] |
| VI. | Salle des Chevaliers | [430] |
| VII. | Dortoir | [432] |
| VIII. | Cloître | [435] |
| IX. | Façades et défenses extérieures de la Merveille | [443] |
| Chapitre IV.—Batiments abbatiaux et batiments formant l’entrée de l’abbaye | [445] | |
| I. | [445] | |
| II. | Belle-Chaise | [449] |
| III. | Tour Perrine | [452] |
| IV. | Châtelet | [452] |
| V. | Barbacane du châtelet | [454] |
| VI. | Grand degré et escalier du sud | [455] |
| Chapitre V.—Remparts | [456] | |
| I. | Défenses de l’abbaye et remparts de la ville | [456] |
| Chapitre VI.—La ville | [467] | |
| Documents iconographiques | [477] | |
| Pièces justificatives | [491] | |
| I. | Avant l’ère chrétienne | [492] |
| La révolte des anges, d’après une tablette chaldéenne. | ||
| II. | Poésie des premiers siècles chrétiens | [493] |
| Hymne attribuée à saint Ambroise. | ||
| III. | Poésie latine du moyen âge | [494] |
| Une prose d’Adam de Saint-Victor. | ||
| IV. | Poésie française du moyen âge | [495] |
| Extrait du roman du Mont-Saint-Michel. | ||
| V. | Le théâtre français au quatorzième siècle | [497] |
| Les miracles du Mont-Saint-Michel. | ||
| VI. | Le théâtre français au quatorzième siècle | [501] |
| Miracle de la Nativité de Nostre-Seigneur Jhesus-Crist. | ||
| VII. | Liste des chevaliers qui défendirent le Mont-Saint-Michel au quinzième siècle | [518] |
| VIII. | Note sur l’atelier monétaire établi au Mont-Saint-Michel au quinzième siècle | [522] |
| IX. | Poésie française du quinzième siècle | [524] |
| Une prière en vers à l’archange. | ||
| X. | Premiers monuments du théâtre français | [525] |
| La Mystère du siège d’Orléans qui fut représenté du vivant de Jeanne d’Arc. | ||
| XI. | Poésie française du seizième siècle | [528] |
| Cantique de pèlerinage. | ||
| XII. | Chant populaire en l’honneur de saint Michel, au dix-septième siècle | [530] |
| XIII. | Lettre à Mabillon (dix-huitième siècle) | [531] |
| XIV. | Documents sur l’histoire du Mont-Saint-Michel pendant la Révolution | [533] |
| Table des figures | [545] | |
| Table des matières | [549] | |
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
Paris.—Typ. Firmin-Didot et Cⁱᵉ.—Mesnil (Eure).
NOTES:
[1] Recherches sur le Mont-Saint-Michel.—Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie.—Voir la notice historique.
[2] Rogerius a septentrione funditus exstruxit dormitorium, refectorium... (Gall. Christ.)
[3] Rogerius sarta templi tecta instauravit, incendii damna reparans claustri arcam de lignea lapideam faciens et ad Montis radicem equorum stationes arcuatis fornicibus librans (Neust. Pia, p. 386 et 387). Ces écuries, construites par Roger II, étaient alors, par des rampes, accessibles aux chevaux, ce qui ne fut plus possible au treizième siècle après les constructions de la Merveille et de Belle-Chaise, qui changèrent complètement les dispositions des lieux réguliers, de l’entrée et des défenses extérieures de l’abbaye.
[4] Ce promenoir servit de cloître aux religieux de 1122 à 1228, date de l’achèvement du cloître couronnant la Merveille.
[5] Ces bâtiments furent augmentés à l’ouest par Robert de Torigni.
[6] Cette partie du Mont-Saint-Michel a été consolidée de 1873 à 1876 par les soins de la Commission des Monuments historiques.
[7] Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’Architecture française du onzième au seizième siècle. Tome Iᵉʳ. Architecture monastique.
[8] Dix-septième abbé du Mont, de 1191 à 1212.
[9] Ms. 18937. Bibl. Nat.
[10] Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc.).
«1212. Die sexta augusti obiit Jordanus abbas Montis et sepultus fuit apud Tumbam Helenes. Tempore ipsius combusta fuit ecclesia a Britannis et ab ipso reœdificata in tectura, turri et refectorio, dormitorio et celario liberalitate Philippi regis Francorum qui tunc Anglos expulit.»
[11] «Monasterium, post incendium Britannicum, restruxerat.» (D. Mabillon, tome IV Ann. Bened.)
[12] Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc.).
[13] «Eodem anno (1264) die 29 Julii obiit Richardus Tustin, vigesimus primus abbas Montis. Hic fecit bellam cavam, incipit etiam novum capitulum et novum opus subtus bellam cavam...» Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc., ms. 18947. Bibl. nat.).
[14] Voir ci-après le Cloître.
[15] Sauf le comble moderne du dortoir.
[16] «Le mot candela signifie ici tout luminaire, et non chandelle.» Architecture monastique, 3ᵉ partie, par M. Albert Lenoir.
[17] Ibid.
[18] Architecture monastique, 3ᵉ partie, par M. Albert Lenoir.
[19] Ibid.
[20] Dictionnaire raisonné de l’architecture française, etc., tome IIIᵉ, par M. Viollet-le-Duc.
[21] Architecture monastique, 3ᵉ partie, par M. Albert Lenoir.
[22] Architecture monastique, 3ᵉ partie, par M. Albert Lenoir.
[23] Mag’. Roger, mag’, abréviation de Magister.
[24] Das Garin. Das, avec l’abréviation, signifiant Seigneur ou Dom; Dans ou Dan est plusieurs fois employé comme synonyme de Dom par Guillaume de Saint-Pair.—Roman du Mont-Saint-Michel par Guillaume de Saint-Pair, poète anglo-normand du douzième siècle, publié pour la première fois par Francisque Michel, avec une étude sur l’auteur, par M. Eugène de Beaurepaire. Caen, Hardel, MDCCCLVI.
[25] Du moins les rares colonnettes anciennes qui existent encore. Les autres ont été remplacées par de grossières colonnes et des chapiteaux informes en pierre blanche. La partie ouest de l’arcature extérieure a été restaurée il y a une dizaine d’années, mais sans style ni caractère, bien qu’on eût d’excellents modèles sous les yeux.—Les colonnes et les chapiteaux qui décorent les façades du mur intérieur sont en granit comme toutes les autres constructions du Mont.
[26] La restauration du cloître, commencée en 1877, sera complètement achevée en 1880.
[27] Dictionnaire raisonné de l’Architecture française, etc., par M. Viollet-le-Duc. Tome Iᵉʳ. Architecture monastique.
[28] Richard Tustin est le premier des abbés du Mont qui ait porté la mitre et autres ornements pontificaux, par la permission que lui en donna le pape Alexandre IV.
[29] Dom Mabillon, Annales bénédictines, tome IV.
[30] Vingt-huitième abbé (1363-1386).
[31] Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc.)
[32] Les rainures de la herse se voient sur les pieds-droits latéraux; elles aboutissent à la chambre de la herse, au premier étage du châtelet.
[33] Architecture monastique, 1ʳᵉ partie, par M. Albert Lenoir.
[34] Voir les remparts, du treizième au quinzième siècle.
[35] V. Smith, Chaldean Genesis, p. 100, et plus bas.
[36] Le mot chaldéen est tililti, dont on remarquera le rapport avec les tehilim hébreux.
[37] «Litt. tête couronnée. Ici je pense qu’il s’agit, non du serpent en général, mais de ce serpent qu’on imaginait porter une couronne, et qui pour cette raison était appelé basilisque, petit roi.»
(Note de M. Talbot.)
[38] Transactions of the Society of Biblical Archæology, t. IV, 1875, p. 349 et suiv.
[39] Publiée dans les Hymni medii ævi, de Mone, I, p. 446. On trouve dans ce même Recueil sept autres pièces liturgiques sur saint Michel: Archangelum mirum magnum (p. 447); Unitas in trinitate (p. 450); Lumen æterno radians nitore (p. 451); Summi regis archangele (p. 452); Magnum te, Michaelem (p. 454); Ad celebres rex cœlice (p. 454); Michael dux Angelorum (p. 456). Nous devons ajouter que l’attribution à saint Ambroise du Mysteriorum signifer est bien loin d’être démontrée.
[40] Adam, chanoine régulier de l’abbaye de Saint-Victor, à Paris, mourut en 1192. Ses Œuvres poétiques ont été publiées en 1858-1859, par M. Léon Gautier.
[41] Ce roman, œuvre de Guillaume de Saint-Pair, a été publié par F. Michel dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, etc.
[42] Nous donnons à dessein le texte complet de ce Mystère pour bien faire saisir à nos lecteurs le rôle de saint Michel dans le drame du moyen âge. Tout épisodique qu’il soit, ce rôle est important et peut passer pour nécessaire. Le texte des manuscrits français de la Bibliothèque nationale, 819 et 820, a été collationné sur l’excellente édition de MM. G. Paris et U. Robert.
[43] Revue archéologique, 5ᵉ année, 5ᵉ livraison 15 août, Paris, A. Leleux, 1848. Notice sur le Mouton d’Or inédit frappé en Normandie pour Henri V, roi d’Angleterre.
[44] Mantellier, Notice sur la monnaie de Trévoux et de Dombes, 1844, p. 20.
[45] Lecointre-Dupont, Lettres sur l’hist. mon. de la Norm., p. 135, 138, 139, 142. Quatre chartes relatives à la monnaie du Mont-Saint-Michel.
[46] Recueil des Ordonnances, t. XIV, p. 257.
[47] Bibl. nat. Anc. fonds des Cordeliers, ms. nº 137, fº 73, rº et vº.
[48] Extrait du ms. du Vatican, Regina, nº 1022, fº 172. Le Mistère du siège d’Orléans a été publié par MM. Guessard et de Certain (1860, in-4). Notre extrait se lit aux pp. 271 et suiv. de cette excellente édition.
[49] Cousant.
[50] Poux, peur.
[51] Le même que «désarroi.»
[52] Bibliothèque nationale, Fr., nº 19,652, page 96.
[53] Extraits du Livre Blanc de la commune du Mont-Saint-Michel pendant la grande Révolution.