DOCUMENTS ICONOGRAPHIQUES
’iconographie de saint Michel nous présente une des plus belles pages de l’art chrétien. L’Archange, avec sa noble physionomie, sa fidélité à toute épreuve, sa mâle énergie et son amour de la justice, est le plus beau de tous les types, après ceux du Sauveur et de la Vierge. En lui nous trouvons toutes les grâces de l’adolescence unies à la valeur de l’âge mûr, toute la sévérité d’un juge qui défend les droits de Dieu, tout l’éclat de la lumière dont il est le reflet, toute l’indignation d’une âme généreuse qui a pour mission de combattre l’esprit du mal et le père du mensonge. Son étendard est la croix, en vertu de laquelle il triomphe; son cri de guerre est son nom: «Michel, qui est semblable à Dieu;» son arme est le bouclier, la lance et le glaive; son vêtement est le manteau royal et la cuirasse du chevalier; sur son front brille parfois une couronne, ou bien sa chevelure flotte librement sur ses épaules; ses grandes ailes déployées indiquent son action; la balance qu’il tient souvent à la main est le signe de sa mission auprès des âmes; sous ses pieds s’agite le dragon, son implacable ennemi, qu’il combat toujours sans jamais le détruire et dont il triomphera au dernier jour, quand le nombre des élus sera complet.
Nous avons fait revivre ce type sublime dans l’ouvrage que nous offrons au public. Les nombreuses gravures que nous publions peuvent se rattacher à cinq groupes principaux: saint Michel, ange des batailles; saint Michel, prince de la lumière; saint Michel, conducteur des âmes; saint Michel, peseur des âmes; et les monuments élevés en l’honneur de saint Michel.
Saint Michel, en sa qualité de contradicteur de Satan, est toujours en lutte avec ce dernier: tantôt il lui perce la mâchoire inférieure, selon la parole de Job: «Perforabis maxillam ejus;» tantôt il le précipite du ciel, à la suite du grand combat décrit dans l’Apocalypse; quelquefois il le tient enchaîné, ou il l’attend appuyé sur son bouclier et armé de pied en cap. (Voir la photogravure en frontispice, les chromos des pages 88 et 268 et les figures 2, 3, 7, 9, 10, 12, 13, 40, 71, 72, 177 à 183, et 209 à 212.)
Satan est le prince des ténèbres. Saint Michel est le prince de la lumière. Pénétrés de cette pensée, les artistes l’ont souvent représenté le regard fixé sur Dieu, le front environné d’un éclat céleste et les vêtements pour ainsi dire ruisselants de lumière. Les architectes lui ont bâti des temples sur les plus hautes montagnes, et ils ont dressé des autels en son honneur au sommet des tours. Ils auraient voulu le placer dans ces régions supérieures où saint Paul nous représente la lutte des bons anges contre les esprits de ténèbres. De temps en temps ils l’unissent au Verbe incarné, à la Lumière divine descendue sur la terre. Saint Michel est l’ami du Sauveur et le gardien des sanctuaires. (Voir les figures 1, 4, 8, 15, 37, 66, 131 à 133, 184 et 191.)
L’ange rebelle est devenu l’ennemi des âmes. Son heureux contradicteur a reçu la mission de les défendre. Il veille sur elles; il les protège, il les guide, il les éclaire; il prend sous sa protection les âmes les plus saintes et les plus pures. La Vierge Marie et Jeanne d’Arc lui sont confiées. Il est l’ange protecteur de l’Église et de la France, c’est-à-dire de la patrie des âmes et de la nation chérie de Dieu. Il est le guide des chevaliers et des pèlerins, le patron des confréries et des associations ouvrières. Après la séparation de l’âme et du corps, il prend soin de notre dépouille mortelle et veille sur notre tombe, c’est pourquoi les artistes l’ont souvent représenté avec les attributs d’un ange gardien. (Voir les figures 5, 11, 14, 18, 34, 44, 92, 94, 95 à 102, 104, 105, 116 à 124, 141, 185 et 186.)
Au tribunal de Dieu, Satan réclame sa proie; mais saint Michel est là pour la défendre. Il pèse les bonnes et mauvaises actions; il écarte souvent, du bout de sa lance, un petit diable sournois qui essaie de tricher et de faire incliner vers la terre le plateau de la balance où les péchés sont contenus. La bonne et miséricordieuse Vierge intervient d’ordinaire dans cette pesée des âmes; elle intercède pour le défunt auprès du Juge suprême assis sur son trône. (Voir la chromo de la page 388 et les figures 6, 103, 142, 186, 187, 188 et 207.)
Les monuments élevés en l’honneur de saint Michel, depuis l’origine de l’Église, ne sauraient être comptés. Plusieurs sont remarquables par la beauté de l’architecture, la hardiesse du plan, la richesse de l’exécution. En première ligne, nous plaçons la basilique du Mont-Tombe, les églises de Bruxelles et de Bordeaux, la chapelle de Saint-Michel d’Aiguilhe, dans le Velay. Les châteaux forts, les tours, les beffrois dédiés à l’Archange guerrier ne sont ni moins remarquables ni moins nombreux. (Voir les chromos des pages 88 et 268 et les figures 16, 20, 22, 24 à 27, 28, 52 à 61, 70, 143 à 151 et 182.)
Nous désirons compléter cette partie de notre ouvrage en mettant sous le regard du lecteur une nouvelle série de gravures. Les documents iconographiques qui suivent sont comme une synthèse de toute la partie artistique de notre travail: ils résument ce que la peinture, la sculpture et l’architecture ont entrepris à la gloire de saint Michel.
Fig. 173.—Sou d’or concave. Isaac II, l’Ange, 1185-1195.
Fig. 174.—Pierre gravée du quatrième siècle, formant le sceau de Chrétien, chanoine d’Amiens. 1210.
Fig. 175.—Sou d’or concave. Michel VIII Paléologue. 1261-1282.
Fig. 176.—Sceau du douzième siècle. Bruxelles. Archives nationales.
Fig. 177.—Enseigne (image) en plomb de saint Michel, trouvée au Mont. Treizième siècle.
Fig. 178.—Sceau de l’abbaye du Mont-Saint-Michel au douzième siècle. Le revers est le sceau de Robert de Torigni. Archives nationales.
Fig. 179.—Sceau de la Nation de Picardie, à l’Université de Paris. Quatorzième siècle. Archives nationales.
Fig. 180.—Sceau de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, en 1520. Archives nationales.
Fig. 181.—Moule d’un plomb de pèlerinage. Quatorzième siècle. Collection de M. Alfred Ramé.
Fig. 182.—Statue de l’Archange sur l’église Saint-Michel de Lucques (Toscane), fondée au huitième siècle. La façade est postérieure de plusieurs siècles.
Fig. 183.—Saint Michel et ses anges terrassant le démon. Peint par Cimabue dans l’église Sainte-Croix de Florence. Treizième siècle.
Fig. 184.—Saint Michel, saint Gabriel et saint Raphaël groupés autour de la figure centrale du Sauveur. Peinture grecque du quinzième siècle.
Fig. 185.—Saint Michel avec la Vierge et l’enfant Jésus. Peint à fresque dans l’église Sainte-Croix de Florence. École de Giotto.
Fig. 186.—Saint Michel conducteur des âmes.—Un ange présentant une âme à saint Michel. Miniature du Livre des Angelz. Ms. du XVᵉ siècle. Nº 186 à la Bibl. nat.
Fig. 187.—Saint Michel peseur des âmes. Partie centrale du tableau du Jugement dernier peint par Memling, dans l’église Sainte-Marie, à Dantzig. Quinzième siècle.
Fig. 188.—Saint Michel pesant les âmes et terrassant le Dragon. Peint par Luca Signorelli. Église Saint-Grégoire, à Rome. Seizième siècle.
Fig. 189.—Plaque italienne en bronze. Seizième siècle.
Fig. 190.—Plaque allemande en argent repoussé. Seizième siècle.
Fig. 191.—Saint Michel terrassant le démon avec les seules paroles: Quis ut Deus. Tableau italien du seizième siècle.
Fig. 192 à 206.—Jetons d’échevinage et monnaies à l’effigie de saint Michel.
Fig. 207.—Saint Michel conducteur et défenseur des âmes. Fragment d’un tableau peint par Mabuse. Seizième siècle.
Fig. 208.—Saint Michel en costume de l’époque de Louis XIV. Sculpture en ivoire du dix-septième siècle.
Fig. 209.—Saint Michel d’après un émail de Limoges signé Laudin. Dix-septième siècle.
Fig. 210.—Plaque en bronze de la fin de la Renaissance italienne.
Fig. 211.—Saint Michel terrassant le Démon. D’après une plaque en faïence émaillée d’Aranda (Espagne). Dix-septième siècle.
Fig. 212.—Saint Michel terrassant le Dragon. D’après une broderie au passé. Dix-huitième siècle.