L'ingratitude d'aulcuns personnages de ce temps.

Vray est que si j'estois envieux du bien d'aultruy, je me deporteroys de ce mien labeur: pource que j'ay cogneu telle ingratitude entre les hommes de mon temps, que ceulx, qui ont le plu proffité sur mes Oeuvres, sont les premiers, qui taschent de deprimer mon renom: mais pour leur meschante nature je ne laisseray de produire par Oeuvres le don de grace, que le Createur m'a faict tant en la cognoissance de la langue Latine, que de ma maternelle Françoyse. Et ce tout à l'honneur, & gloire de luy (luy seul autheur de tout bien) & à l'utilité de la chose publicque: laquelle je prefere aux maldicts de tous mes Envieux, & Detracteurs: qui à la fin se trouveront trompés en moy: car leur meschant langage ne me sert, que d'ung esguillon à la vertu tout au rebours de ce, qu'ilz vouldroient de moy proceder. Mais je sçay, comme il fault tromper telles bestes chaussées: & en telle prudence consumeray le demeurant de ma vie, taschant tousjours de perpetuer mon nom par Oeuvres recommendables à la Posterité, & aage futur: lequel se trouvant vuide d'envie en mon endroict, & muni de bon vouloir, ne se monstrera ingrat, mais par une equité, & raison louera ce, qui est de louer. Ceste esperance m'a tousjours esmeu à escrire, & donné cœur de prendre les labeurs, que j'ay jusques icy prins en la vacation literaire. Car au jugement des vivants il y a bien peu d'equité, & racueil pour les doctes. Adieu Peuple le plus triumphant du Monde, soit en vertu, soit en puissance. A Lyon ce dernier jour de May, l'an de grace. Mil cinq cents quarante.