XI
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
—du IXe jour de juillet 1569.—
Disposition d'Élisabeth à déclarer la guerre.—Nécessité de surveiller ses projets, et d'en donner promptement avis sur la frontière.—Position des deux armées.—Levée du siège de Niort.—Fausseté des nouvelles répandues en Angleterre.—Assurance que d'Andelot et le duc de Deux-Ponts ne sont pas morts par le poison.—Bon état de défense de Périgueux, qui est menacé par les protestans.—Projets de mariage du roi d'Espagne et du roi avec les deux filles de l'empereur, et du roi de Portugal avec Madame.—Siège de la Charité; espoir de la prochaine reddition de la place.
Monsieur de La Mothe Fénélon, tout ce que nous pouvons recueillir de vos dernières dépesches[14] c'est que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, n'oublie rien de toutz les appretz qui sont nécessaires pour l'acheminement d'une guerre, laquelle nous ne voyons pas s'adresser à aultres que à nous, estant ses affaires aux termes que vous le mandez pour le regard du costé de Flandres, et en telle voye d'accord que je tiens jà tous ces différants pour accordés; estimant bien que ce qui la peut retenir, jusques icy, de se déclarer ouvertement, c'est qu'elle veult auparavant veoyr ung peu clair à ce que auront d'heureux succez les affaires de nos ennemys. Quoy que ce soit, j'ay bonne espérance, quand elle en viendra là, qu'elle n'en raportera non plus d'honneur et de réputation qu'elle fist aux troubles de l'année soixante deux, vous priant, affin que nous ne puissions estre surpris, que, comme vous avez bien faict jusques icy, vous advertissiés ordinairement mon cousin le maréchal de Cossé, qui est pour pourveoir à la Normandye et la Picardye, de toutes les choses qui seront importantes au bien du service du Roy, Monsieur mon fils.
Despuis le discours qui vous en fust dernièrement envoyé, de la façon que s'estoient passé une bien grosse escarmouche entre quelques gens de pied de notre armée et celle de nos ennemys, il n'est rien survenu de nouveau entre les dictes armées; et sont, l'une au camp de Larsac, qui est la nostre, et l'autre à N. Il est vray que, voyant l'Admiral que le comte Du Lude estoit pret de donner l'assault à Nyort, l'a envoyé secourir de deux mille chevaulx et quelques gens de pied, qui a esté cause qu'il a esté contrainct d'en laisser le siège, ce qu'il a faict sans aulcune perte.
Comme j'étois à l'endroict de ceste despesche, la vostre du XXVIIIe du passé[15] nous est arrivée, par laquelle j'ay veu les beaux advis que l'ambassadeur Norrys faict, sellon sa coustume, courir par delà, qui sont sy faulx, malicieux et controuvez qu'il n'est possible de plus. Car de dire que le poison de feu d'Andelot se soit avéré par l'exécution d'un sien serviteur qui a esté tiré à quatre chevaulx, cella est entièrement faulx, comme aussi ce qu'il fait courir de la façon de la mort du duc des Deux Pontz, estant advenu à l'ung et à l'aultre par une grosse fiebvre; à l'occasion de beaucoup de travail qu'il auroit pris, mesmes le dict duc des Deux Ponts, aux continuelles grandes journées qu'il fust contrainct de faire pour garder d'estre combatu de nostre armée, avant que joindre l'Admiral. Et tant s'en fault que le dict duc ayt mangé avec la Royne de Navarre, que, ung jour auparavant qu'il fust joinct au dict Admiral, il estoit jà extrêmement malade.
Pour le regard de Périgueux, les dictz ennemys ont bien faict quelque contenance d'y vouloir dresser la teste; mais ils n'en sont aprochez de plus de dix lieues. Et quant ilz voudroient entreprendre de l'assiéger, à quoy l'on ne voyt point d'apparance, y ayant une sy puissante armée si prez d'eux, ils la trouveront pourveue d'ung sy bon nombre d'hommes, qu'ils n'en raporteront que la honte.
Mon cousin le cardinal de Guise est icy arryvé depuys sept ou huit jours, de retour de son voyage d'Espaigne, et nous a raporté la résolution des mariages de la fille aisnée de l'Empereur avec le Roy Catholique, de la seconde pour le Roy, Monsieur mon fils, et du mariage du Roy de Portugal avec ma fille, avec toute assurence et confirmation de l'amityé du dict Roy Catholique, qui n'est en rien diminuée pour la mort de la feue Royne d'Espaigne, ma fille.
Le sieur de Sansac est au siège de la Charité, que nous espérons qu'il aura réduict à l'obéissance du Roy, Mon dict Sieur et fils, dedans peu de jours; priant Dieu, etc.
Escript à Orléans, le IXe jour de juillet 1569.
CATERINE. BRULART.