XII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
—du XVIIe jour de juillet 1569.—
Levée du siège de la Charité.—Ordre donné par le roi de reprendre le siège et de le poursuivre avec vigueur.—Satisfaction des assurances d'amitié transmises au nom d'Élisabeth.—Contentement témoigné par le roi à l'ambassadeur.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous fais ceste despesche en haste, sur l'occasion d'une que l'ambassadeur d'Angleterre faict par delà, par laquelle je ne faictz point de doubte qu'il ne donne advis de la levée du siège de la Charité; dont, afin que vous saichiez les particullarités des choses, ainsy qu'elles sont passées, je vous en envoye ung petit mémoire, outre lequel, je vous veux bien dire que, m'estant venues nouvelles, de ce jourdhuy, que les ennemys n'estoient si approchez de la rivière de Loire que les précédans adviz le portoient, et l'on s'en estoit donné de peur, j'ai mandé au sieur de Sansac qu'il retourne au dict siège pour y faire tanter tout l'esfort que sera possible, à ce que la ville puisse estre réduicte en mon obéissance. Ce que je ne faictz pas tant pour importance dont elle soit, ny commodité qu'en tirent mes ennemys, qui ne peut estre grande en ce temps, ny pour le passaige de la rivière qui est guéyable en plusieurs endroictz, mais pour ma réputation: car j'auray toujours grand regret de faillir à mes entreprises, pour lesquelles mener à exécution je n'oublierai rien, voïans mes subjects demeurant dans leur obstination accoustumée.
Au demeurant, j'ay receu vostre lettre du Ve de ce moys[16] par laquelle j'ai veu le discours des propos que vous a tenuz la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, qui sont toutz pleins d'une honneste desmonstration du desir qu'elle a de conserver la paix, et vous prie que, à la première audiance que vous aurez d'elle, vous luy rendiez mes cordialles recommandations, avec ung gracieux mercîment de l'assurance, qu'elle vous a donnée, de l'affection qu'elle a à la prospérité de mes affaires, conservation de ma couronne et de la paix de mon royaume; en quoy elle se peut confier que je luy ay toute telle correspondance qu'elle sçauroit souhaister de prince de ce monde son meillieur allyé.
Il est bien vray que les propos que vous ont tenuz les gens de son conseil semblent estre de personnes qui veullent bien donner à cognoistre qu'ilz ont moyen de nuire, quant ilz le vouldroient entreprendre, pour leur en sçavoir plus de gré quand ilz ne le feront poinct. A quoy vous avez saigement respondu et selon que je le puis desirer pour mon honneur et réputation; n'ayant aultre chose à vous dire par ce petit mot que je finiray en priant Dieu, etc.
Escript à Orléans ce XVIIe jour de juilhet 1569.
CHARLES. BRULART.