XIII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XVIIe jour de juillet 1569.—
Nécessité de découvrir les intentions secrètes d'Élisabeth, et d'exercer la plus grande surveillance en Angleterre.—Ordre donné pour une levée de Suisses et de Français.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous faictes service bien fort agréable au Roy, Monsieur mon filz, de prendre occasion de visiter la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, le plus souvant qu'il vous est possible; car, encores que j'estime qu'elle soit en ses propos bien fort réservée, et sçache assez bien couvrir le font de ses intentions, sy est ce que, par ceste fréquantation, il vous sera tousjours aysé d'en descouvrir quelque partye, sy vous n'en pouvez sçavoir le tout; et pour ce, le mieux, que vous puissiez faire, c'est de continuer à la visiter bien souvant.
Vostre dépesche du Ve me confirme tousjours, de plus en plus, en l'opinion, que j'ay eue cy devant, que les différants d'Angleterre et des Pays Bas se composeront bientost amiablement, dont vous nous advertirés de ce qui succèdera, ensemble des aprestz qu'ilz fairont par dellà; à quoy je vous prye d'avoyr l'œil soigneusement ouvert, selon vostre vigilance accoustumée.
Le Roy, Mon dict Sieur et filz, ne voulant rien oublier en l'exécution de ceste entreprinse, puysque ses subjectz demeurent en leur obstination accoustumée, faict faire une nouvelle levée de douze mil Suysses et de quarante enseignes de François, qu'il espère avoir toutz pretz dedans la my aoust; estant tout ce que j'ay à vous dire par ce mot, auquel je fairay fin en priant Dieu, etc.
Escript à Orléans le XVIIe jour de juillet 1569.
CATERINE.BRULART.