TROISIÈME PARTIE.

LES RONDES.

Les rondes sont ou de petits poëmes mis en action et chantés sur un air simple, ou des chansons répétées en choeur, tandis que les enfants, se tenant par la main, dansent en rond.

Cette manière de danser en se tenant par la main doit remonter à la plus haute antiquité. Les Grecs avaient des danses semblables. Dans l'une de celles que l'on cite le plus souvent, et dont ils ont conservé la tradition jusqu'à nos jours, ils étaient censés représenter les détours du labyrinthe de Crète et la chasse donnée au Minotaure. Les mêmes inspirations se retrouvent dans un grand nombre de ces antiques rondes que nos enfants chantent et dansent, sans se douter qu'ils perpétuent le souvenir d'un fait historique ou une coutume locale maintenant oubliée. Nous rappellerons ces origines lorsqu'elles se présenteront à nous avec quelque circonstance digne d'être mentionnée, et nous ne pouvons mieux faire que de placer ici quelques lignes extraites d'une nouvelle de M. Ch. Nodier, qui seront une introduction à ce petit recueil de naïves poésies.

«Comme il faisait très-beau, les jeunes filles ne manquèrent pas d'arriver à leur rendez-vous du soir, et de former autour du vieil orme où j'étais assis par hasard leurs danses accoutumées, en chantant en choeur des airs de ronde qui m'étonnaient par leur simplicité et leur grâce, parce que l'exil et la guerre m'avaient privé de trop bonne heure de ces innocentes joies de l'enfance.............. Je ne me rappelle pas bien l'air et les paroles de ces chansons-là, mais il me semble qu'elles ne vibreraient jamais à mon oreille sans que mon coeur en tressaillît, tant elles me révélaient de choses charmantes. Cependant, ce n'était rien en soi, ou plutôt cela serait impossible à exprimer à ceux qui n'ont pas senti la même chose. C'était, si je m'en souviens, une belle qui s'était endormie au bord d'une fontaine, et que son père et son fiancé cherchaient sans la trouver. C'étaient des filles de roi, chassées de leurs palais, qui se réveillaient dans la forêt un jour de bataille.... C'étaient les regrets des bergères qui s'affligent de ne plus aller au bois, parce que les lauriers sont coupés, et qui aspirent après la saison qui doit ramener leurs danses.»

NOUS N'IRONS PLUS AU BOIS.

Ce qui précède nous engage à commencer par cette ronde, composée, dit-on, par la marquise de Pompadour, qui la faisait danser sous les ombrages de Choisy-le-Roi ou de Bellevue, aux courtisans de Louis XV.

[Ecouter]

Nous n'irons plus au bois,

Les lauriers sont coupés.

La belle que voilà

La lairons-nous danser?

Entrez dans la danse,

Voyez comme on danse.

Sautez,

Dansez,

Embrassez cell' que vous aimez.

La belle que voilà

La lairons-nous danser?

Mais les lauriers du bois

Les lairons-nous faner?

Entrez dans la danse, etc.

Mais les lauriers du bois

Les lairons-nous faner?

Non, chacune à son tour,

Ira les ramasser.

Entrez, etc.

Non, chacune à son tour,

Ira les ramasser.

Si la cigale y dort,

Ne faut pas la blesser.

Entrez, etc.

Si la cigale y dort,

Ne faut pas la blesser

Le chant du rossignol

La viendra réveiller.

Entrez, etc.

Le chant du rossignol

La viendra réveiller.

Et aussi la fauvette

Avec son doux gosier

Entrez, etc.

Et aussi la fauvette

Avec son doux gosier.

Et Jeanne la bergère

Avec son blanc panier.

Entrez, etc.

Et Jeanne la bergère

Avec son blanc panier.

Allant cueillir la fraise

Et la fleur d'églantier.

Entrez, etc.

Allant cueillir la fraise

Et la fleur d'églantier.

Cigale, ma cigale,

Allons, il faut chanter.

Entrez, etc.

Cigale, ma cigale,

Allons, il faut chanter,

Car les lauriers du bois

Sont déjà repoussés.

Entrez, etc.

Cette fraîche pastorale est une simple ronde, dont une jeune fille se détache; et après avoir, du milieu du cercle, fait un choix parmi une de ses compagnes, qu'elle embrasse, reprend la place de celle-ci, qui va prendre la sienne, tandis qu'on tourne autour d'elle, et de même à chaque couplet.

[Ecouter]

On continue le refrain en quittant la ronde générale pour tourner deux par deux, jusqu'à ce que chacune ait tourné successivement; puis on reprend la chaîne, en recommençant le couplet.

[Ecouter]

J'ai un beau laurier de France.

Mon joli laurier danse,

Mon joli laurier.

Mademoiselle, entrez en danse,

Mon joli laurier danse,

Mon joli laurier.

Faites-nous trois révérences;

Mon joli laurier danse,

Mon joli laurier.

Maint'nant le tour de la danse

Mon joli laurier danse,

Mon joli laurier.

Embrassez vot' ressemblance;

Mon joli laurier danse,

Mon joli laurier.

Le dénoûment de presque toutes ces rondes est le même. Les jeunes filles s'embrassent ou se poursuivent.

[Ecouter]

Il était un' bergère,

Et ron, ron, ron, petit patapon;

Il était un' bergère,

Qui gardait ses moutons,

Ron, ron,

Qui gardait ses moutons.

Elle fit un fromage,

Et ron, ron, ron, petit patapon;

Elle fit un fromage,

Du lait de ses moutons,

Ron, ron,

Du lait de ses moutons.

Le chat qui la regarde,

Et ron, ron, ron, petit patapon

Le chat qui la regarde,

D'un petit air fripon,

Ron, ron,

D'un petit air fripon.

«Si tu y mets la patte,

Et ron, ron, ron, petit patapon;

Si tu y mets la patte,

Tu auras du bâton,

Ron, ron,

Tu auras du bâton.»

Il n'y mit pas la patte,

Et ron, ron, ron, petit patapon;

Il n'y mit pas la patte,

Il y mit le menton,

Ron, ron,

Il y mit le menton.

La bergère en colère,

Et ron, ron, ron, petit patapon;

La bergère en colère,

Tua son p'tit chaton,

Ron, ron,

Tua son p'tit chaton.

Elle fut à son père,

Et ron, ron, ron, petit patapon;

Elle fut à son père,

Lui demander pardon,

Ron, ron,

Lui demander pardon.

«Mon père je m'accuse,

Et ron, ron, ron, petit patapon;

Mon père je m'accuse,

D'avoir tué mon chaton,

Ron, ron,

D'avoir tué mon chaton.

--Ma fill', pour pénitence.

Et ron, ron, ron, petit patapon;

Ma fill', pour pénitence,

Nous nous embrasserons,

Ron, ron,

Nous nous embrasserons.

--La pénitence est douce,

Et ron, ron, ron, petit patapon;

La pénitence est douce,

Nous recommencerons,

Ron, ron,

Nous recommencerons.»

[Ecouter]

Que t'as de belles filles!

Giroflé, girofla;

Que t'as de belles filles!

L'amour m'y compt'ra (ou m'y prendra).

Ell's sont bell's et gentilles,

Giroflé, girofla,

Ell's sont bell's et gentilles,

L'amour m'y compt'ra.

Donnez-moi-z'en donc une,

Giroflé, girofla,

Donnez-moi-z'en donc une,

L'amour m'y compt'ra.

Pas seul'ment la queue d'une,

Giroflé, girofla

Pas seul'ment la queue d'une,

L'amour m'y compt'ra.

J'irai au bois seulette,

Giroflé, girofla;

J'irai au bois seulette,

L'amour m'y compt'ra.

Quoi faire au bois seulette?

Giroflé, girofla;

Quoi faire au bois seulette

L'amour m'y compt'ra.

Cueillir la violette,

Giroflé, girofla;

Cueillir la violette,

L'amour m'y compt'ra.

Quoi faire de la violette?

Giroflé, girofla;

Quoi faire de la violette?

L'amour m'y compt'ra.

Pour mettre à ma coll'rette

Giroflé, girofla;

Pour mettre à ma coll'rette,

L'amour m'y prendra.

Si le roi t'y rencontre?

Giroflé, girofla;

Si le roi t'y rencontre?

L'amour m'y compt'ra.

J'lui ferai trois r'vérences,

Giroflé, girofla;

J'lui ferai trois r'vérences,

L'amour m'y compt'ra.

Si la reine t'y rencontre?

Giroflé, girofla;

Si la reine t'y rencontre?

L'amour m'y compt'ra.

J'lui ferai six r'vérences,

Giroflé, girofla;

J'lui ferai six r'vérences,

L'amour m'y compt'ra.

Si le diable t'y rencontre?

Giroflé, girofla;

Si le diable t'y rencontre?

L'amour m'y compt'ra.

Je lui ferai les cornes!

Giroflé, girofla;

Je lui ferai les cornes!

L'amour m'y compt'ra.

Une des jeunes filles est seule, et les autres s'avancent vers elle, en se tenant par la main, puis se reculent. Celle qui est seule fait de même; en commençant elle dit le premier couplet; les autres répondent par le suivant, et dans l'intervalle où la jeune fille qui est seule ne chante pas, elle doit figurer l'action dont elle a parlé dans son couplet, cueillir la violette, faire les révérences, etc. Au dernier couplet, elle fait avec ses doigts les cornes à ses compagnes, qui s'enfuient à ce geste menaçant.

LE CIEL ET L'ENFER.

Les jeunes filles se tenant par la robe, à la suite l'une de l'autre, passent sous l'arc que forment les bras de deux de leurs compagnes. Celles-ci chantent: Trois fois passera, la dernière y restera, pendant que les premières défilent, et, au troisième tour, elles abaissent leurs bras et retiennent celle qui se trouve prise ainsi. Alors, elles lui demandent tout bas avec laquelle des deux elle veut rester. Quand elle a fait son choix, elle va se placer derrière celle qu'elle a désignée. L'une des deux représente le ciel, l'autre l'enfer, et celles qui ont fait un bon choix, quand le jeu est fini, poursuivent les autres en leur faisant les cornes, comme dans la ronde précédente. Ce geste, qui n'est ni gracieux ni bienveillant, se retrouve dans certains jeux d'enfants, et doit tirer son origine de quelque légende du moyen âge, époque où le diable avait toujours un rôle actif. Cette action de montrer les cornes avec les doigts est particulière à l'Italie, où les gens du peuple croient détourner un maléfice, qu'ils appellent le mauvais oeil (jettatura), soit en présentant ainsi les doigts de la main, soit en portant sur eux quelque petit objet de métal ou de corail, tel qu'une épingle, façonnée en forme de main, dont deux doigts sont tendus en avant comme deux cornes menaçantes.

LA TOUR, PRENDS GARDE!

La marquise de Prie, pour amuser les Condé, avait composé le chant de: la Tour prends garde! petit drame entre le duc de Bourbon, son fils, le capitaine et les gardes de Son Altesse.

[Ecouter]

LE CAPITAINE ET LE COLONEL.

La tour, prends garde (bis)

De te laisser abattre.

LA TOUR.

Nous n'avons garde (bis)

De nous laisser abattre.

LE COLONEL.

J'irai me plaindre (bis)

Au duc de Bourbon.

LA TOUR.

Eh! va te plaindre (bis)

Au duc de Bourbon.

LE COLONEL ET LE CAPITAINE.

Mon duc, mon prince (bis)

Je viens à vos genoux.

LE DUC.

Mon capitaine, mon colonel (bis)

Que me demandez-vous?

LE COLONEL ET LE CAPITAINE.

Un de vos gardes (bis)

Pour abattre la tour.

LE DUC.

Allez, mon garde (bis)

Pour abattre la tour.

LE COLONEL ET LE CAPITAINE AVEC LE GARDE.

La tour, prends garde (bis)

De te laisser abattre.

LA TOUR.

Nous n'avons garde (bis)

De nous laisser abattre.

LES OFFICIERS (au duc).

Mon duc, mon prince (bis)

Je viens à vos genoux.

LE DUC.

Mon capitaine, mon colonel (bis)

Que me demandez-vous?

LES OFFICIERS.

Deux de vos gardes (bis)

Pour abattre la tour.

LE DUC.

Allez, mon garde (bis)

Pour abattre la tour.

LES OFFICIERS (à la tour).

La tour, prends garde (bis)

De te laisser abattre.

LA TOUR.

Nous n'avons garde (bis)

De nous laisser abattre.

LES OFFICIERS (au duc).

Mon duc, mon prince (bis)

Je viens à vos genoux.

LE DUC.

Mon capitaine, mon colonel (bis)

Que me demandez-vous?

LES OFFICIERS.

Votre cher fils (bis)

Pour abattre la tour.

LE DUC.

Allez, mon fils (bis)

Pour abattre la tour.

LE FILS ET LES OFFICIERS.

La tour, prends garde (bis)

De te laisser abattre.

LA TOUR.

Nous n'avons garde (bis)

De nous laisser abattre.

LES OFFICIERS (au duc)

Votre présence (bis)

Pour abattre la tour.

LE DUC.

Je vais moi-même (bis)

Pour abattre la tour.

L'action de cette ronde est facile à comprendre. Deux jeunes filles, qui se tiennent les mains, représentent la tour; une autre est assise, qui représente le duc de Bourbon avec son fils, et entouré de ses gardes. On voit que les officiers défient la tour, qui répond avec mépris à ce défi. Elle ne succombe que quand le duc arrive lui-même.

[Ecouter]

Ah! mon beau château,

Ma tant'tire, lire, lire.

Ah! mon beau château,

Ma tant'tire, lire, lo.

Le nôtre est plus beau.

Ma tant'tire, lire, lire.

Le nôtre est plus beau,

Ma tant'tire, lire, lo.

Nous le détruirons,

Ma tant' tire, lire, lire.

Nous le détruirons,

Ma tant' tire, lire, lo.

Laquell' prendrez-vous?

Ma tant' tire, lire, lire.

Laquell' prendrez-vous?

Ma tant' tire, lire, lo.

Celle que voici,

Ma tant' tire, lire, lire.

Celle que voici,

Ma tant' tire, lire, lo.

Que lui donn'rez-vous?

Ma tant' tire, lire, lire.

Que lui donn'rez-vous ?

Ma tant' tire, lire, lo.

De jolis bijoux,

Ma tant' tire, lire, lire.

De jolis bijoux,

Ma tant' lire, lire, lo.

Nous en voulons bien,

Ma tant' tire, lire, lire.

Nous en voulons bien,

Ma tant' tire, lire, lo.

Les jeunes filles, en nombre égal, forment deux rondes qui chantent alternativement un des couplets. A ce vers: Celle que voici, le groupe qui chante en désigne une qui se détache quand on chante:

Nous en voulons bien, et l'on recommence le tout, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une jeune fille qui vient se mettre au milieu du cercle agrandi.

Il nous semble que ce refrain: tire, lire, lire, veut imiter le chant de l'alouette, comme dans ces poésies du seizième siècle:

La gentille alouette, avec son tire, lire,

Tire, lire, lirant, etc.

[Ecouter]

J'ai descendu dans mon jardin (bis)

Pour y cueillir du romarin,

Gentil coqu'licot,

Mesdames,

Gentil coqu'licot

Nouveau.

Pour y cueillir du romarin (bis).

J' n'en avais pas cueilli trois brins

Gentil coqu'licot,

Mesdames,

Gentil coqu'licot

Nouveau.

J' n'en avais pas cueilli trois brins (bis),

Qu'un rossignol vient sur ma main,

Gentil coqu'licot,

Mesdames,

Gentil coqu'licot

Nouveau.

Qu'un rossignol vient sur ma main (bis);

Il me dit trois mots en latin,

Gentil coqu'licot,

Mesdames,

Gentil coqu'licot

Nouveau.

Il me dit trois mots en latin (bis),

Que les hommes ne valent rien,

Gentil coqu'licot,

Mesdames,

Gentil coqu'licot

Nouveau.

Que les hommes ne valent rien (bis),

Et les garçons encor bien moins,

Gentil coqu'licot,

Mesdames,

Gentil coqu'licot

Nouveau.

Et les garçons encor bien moins (bis);

Des dames il ne me dit rien,

Gentil coqu'licot,

Mesdames,

Gentil coqu'licot

Nouveau.

Des dames il ne me dit rien (bis),

Mais des d'moisell's beaucoup de bien,

Gentil coqu'licot,

Mesdames,

Gentil coqu'licot

Nouveau.

Cette ronde se chante seulement.

[Ecouter]

La mère Bontemps

Disait aux jeunes fillettes:

«Dansez, mes enfants,

Tandis que vous êtes jeunettes.

La fleur de gaîté

Passe avec l'été.

Au printemps, comme la rose,

Cueillez-la dès qu'elle est éclose.

Dansez à quinze ans;

Plus tard il n'est plus temps.

«Les jeux et les ris

Dansèrent à mon mariage;

Mais bientôt j'appris

Les soins qu'il faut en ménage.

Mon mari grondait,

Mon enfant criait,

Ne sachant auquel entendre,

Sous l'ormeau je courais me rendre.

Dansez à quinze ans;

Plus tard, il n'est plus temps.

«L'instant arriva

Où ma fille me fit grand'mère;

Quand on en est là,

Danser n'intéresse guère.

On tousse en parlant,

On marche en tremblant.

Au lieu de sauter la gavotte,

Dans un grand fauteuil on radote.

Dansez à quinze ans;

Plus tard, il n'est plus temps.

«Voyez les amours

Danser auprès de Louise;

Elle plaît toujours,

Au bal elle est admise.

Comme moi souvent,

Sans cesse on l'entend

Redire à toutes les fillettes

Si jolies et si gentillettes:

«Dansez à quinze ans;

«Plus tard, il n'est plus temps.»

On peut simplement danser cette ronde, ou bien ajouter une petite pantomime à quelques passages, en imitant le mari qui gronde, l'enfant qui crie, la grand'mère qui tousse, etc. Il y a, sur le même air, une petite chanson très-connue, dont nous ne savons qu'un couplet que voici:

Je n'peux pas danser,

Ma pantoufle est trop étroite;

Je n'peux pas danser,

Parce que j'ai trop mal au pied.

[Écouter]

Il était un p'tit homme

Qui s'app'lait Guilleri,

Carabi;

Il s'en fut à la chasse,

A la chasse aux perdrix,

Carabi,

Titi carabi,

Toto carabo,

Compère Guilleri,

Te lairras-tu (ter) mouri?

Il s'en fut à la chasse,

A la chasse aux perdrix,

Carabi;

Il monta sur un arbre

Pour voir ses chiens couri,

Carabi,

Titi carabi, etc.

Il monta sur un arbre

Pour voir ses chiens couri,

Carabi;

La branche vint à rompre

Et Guilleri tombi,

Carabi,

Titi carabi, etc.

La branche vint à rompre

Et Guilleri tombi,

Carabi;

Il se cassa la jambe,

Et le bras se démi,

Carabi,

Titi carabi, etc.

Il se cassa la jambe,

Et le bras se démi,

Carabi;

Les dam's de l'hôpital

Sont arrivé's au brui,

Carabi,

Titi carabi, etc.

Les dam's de l'hôpital

Sont arrivé's au brui,

Carabi;

L'une apporte un emplâtre,

L'autre de la charpi,

Carabi,

Titi carabi, etc.

L'une apporte un emplâtre,

L'autre de la charpi,

Carabi;

On lui banda la jambe,

Et le bras lui remi,

Carabi,

Titi carabi, etc.

On lui banda la jambe,

Et le bras lui remi,

Carabi;

Pour remercier ces dames,

Guill'ri les embrassi,

Carabi,

Titi carabi, etc.

[Écouter]

Qu'est-c' qui passe ici si tard,

Compagnons de la marjolaine?

Qu'est-c' qui passe, ici si tard,

Dessus le quai?

C'est le chevalier du guet,

Compagnons de la marjolaine.

C'est le chevalier du guet,

Dessus le quai.

Que d'mande le chevalier,

Compagnons de la marjolaine?

Que d'mande le chevalier,

Dessus le quai?

Une fille à marier,

Compagnons de la marjolaine.

Une fille à marier,

Dessus le quai.

N'y a pas de fille à marier,

Compagnons de la marjolaine.

N'y a pas de fille à marier,

Dessus le quai.

On m'a dit qu'vous en aviez,

Compagnons de la marjolaine.

On m'a dit qu'vous en aviez,

Dessus le quai.

Ceux qui l'ont dit s'sont trompés,

Compagnons de la marjolaine.

Ceux qui l'ont dit s'sont trompés,

Dessus le quai.

Je veux que vous m'en donniez,

Compagnons de la marjolaine.

Je veux que vous m'en donniez,

Dessus le quai.

Sur les onze heur's repassez,

Compagnons de la marjolaine.

Sur les onze heur's repassez,

Dessus le quai.

Les onze heur's sont bien passées,

Compagnons de la marjolaine.

Les onze heur's sont bien passées,

Dessus le quai.

Sur les minuit revenez,

Compagnons de la marjolaine.

Sur les minuit revenez,

Dessus le quai.

Les minuit sont bien sonnés,

Compagnons de la marjolaine.

Les minuit sont bien sonnés,

Dessus le quai.

Mais nos filles sont couchées,

Compagnons de la marjolaine.

Mais nos filles sont couchées,

Dessus le quai.

En est-il un' d'éveillée,

Compagnons de la marjolaine.

En est-il un' d'éveillée,

Dessus le quai.

Qu'est-c' que vous lui donnerez,

Compagnons de la marjolaine.

Qu'est-ce que vous lui donnerez,

Dessus le quai.

De l'or, des bijoux assez,

Compagnons de la marjolaine.

De l'or, des bijoux assez,

Dessus le quai.

Ell' n'est pas intéressée,

Compagnons de la marjolaine,

Ell' n'est pas intéressée,

Dessus le quai.

Mon coeur je lui donnerai,

Compagnons de la marjolaine.

Mon coeur je lui donnerai,

Dessus le quai.

En ce cas-là, choisissez,

Compagnons de la marjolaine,

En ce cas-là choisissez,

Dessus le quai.

Un groupe de jeunes filles s'avance vers une de leurs compagnes qui est seule, et demande: Qu'est c'qui passe ici si tard? l'autre répond par le second couplet, et ainsi jusqu'à la fin, où la jeune fille qui représente le chevalier du guet désigne une de ses compagnes du groupe. Celle-ci se sépare des autres, et elle s'enfuit avec celle qui était seule; toutes les deux sont alors poursuivies par les autres.

Le chevalier du guet était l'officier qui commandait la garde chargée de la police de nuit à Paris, dès les premiers temps de la monarchie.

[Écouter]

Sur le pont

D'Avignon,

L'on y danse, l'on y danse,

Sur le pont

D'Avignon,

Tout le monde y danse en rond.

Les beaux messieurs font comm' ça (bis).

Sur le pont

D'Avignon, etc.

Les blanchisseuses font comm' ça (bis).

Sur le pont, etc.

On dit en dansant le premier couplet de cette ronde. On s'interrompt pour faire le métier que l'on veut imiter; puis on reprend la danse avec ce couplet: Sur le pont d'Avignon. Les enfants pourront choisir les métiers qui leur plairont le mieux.

[Écouter]

EN CHOEUR:

Avoine, avoine, avoine,

Que le bon Dieu t'amène.

Qui veut savoir

Et qui veut voir

Comment on sème l'avoine?

Mon pèr' la semait ainsi.

Une des jeunes filles de la ronde fait le geste de semer, que les autres imitent: ensuite elle se croise les bras en ajoutant:

Puis il se reposait ainsi.

CHOEUR.

Avoine, avoine, avoine,

Que le bon Dieu t'amène.

Qui veut savoir

Et qui veut voir

Comment on coupe l'avoine?

Mon pèr' la coupait ainsi,

Puis il se reposait ainsi.

CHOEUR.

Avoine, avoine, avoine,

Que le bon Dieu t'amène.

Qui veut savoir

Et qui veut voir

Comment on doit battre l'avoine?

Mon pèr' la battait ainsi,

Puis il se reposait ainsi.

CHOEUR.

Avoine, avoine, avoine,

Que le bon Dieu t'amène.

Qui veut savoir

Et qui veut voir

Comment on vanne l'avoine!

Mon père la vannait ainsi,

Puis il se reposait ainsi.

CHOEUR.

Avoine, avoine, avoine,

Que le bon Dieu t'amène.

On imite ainsi toutes les opérations de la moisson; puis on termine en disant: «Mon père la mangeait ainsi.»

On prononçait autrefois aveine, ce qui rendait la rime plus exacte.

[Écouter]

Savez-vous planter des choux,

A la mode, à la mode,

Savez-vous planter des choux,

A la mode de chez nous?

On les plante avec le pied,

A la mode, à la mode,

On les plante avec le pied,

A la mode de chez nous.

Savez-vous planter des choux, etc.

On les plante avec la main,

A la mode, à la mode,

On les plante avec la main,

A la mode de chez nous.

Savez-vous planter des choux, etc.

On les plante avec le doigt,

A la mode, à la mode,

On les plante avec le doigt,

A la mode de chez nous.

Savez-vous planter des choux, etc.

On les plante avec le nez,

A la mode, à la mode,

On les plante avec le nez,

A la mode de chez nous.

Savez-vous planter des choux, etc.

On peut nommer ainsi l'oreille, le coude, les cheveux, le front, les genoux, etc., et il faut faire l'action de planter avec la partie désignée, à mesure que l'on chante.

[Écouter]

P'tit bonhomm' que sais-tu donc faire?

Sais-tu jouer d'la mistenlaire?

Laire, laire, laire,

Laire, laire, laire.

Ah! ah! ah! que sais-tu donc faire?

P'tit bonhomm' que sais-tu donc faire?

Sais-tu jouer d'la mistenflûte,

Flûte, flûte, flûte,

Flûte, flûte, flûte,

De la mistenlaire,

Laire, laire, laire,

Ah! ah! ah! que sais-tu donc faire?

P'tit bonhomm' que sais-tu donc faire?

Sais-tu jouer d'la mistenviole?

Viole, viole, viole,

De la mistenflûte,

Flûte, flûte, flûte,

De la mistenlaire,

Laire, laire, laire.

Ah! ah! ah! que sais-tu donc faire?

P'tit bonhomm' que sais-tu donc faire

Sais-tu jouer de la mistentrompe?

Trompe, trompe, trompe,

De la mistenflûte,

Flûte, flûte, flûte,

De la mistenviole,

Viole, viole, viole,

De la mistenlaire,

Laire, laire, laire.

Ah! ah! ah! que sais-tu donc faire?

On peut continuer en ajoutant au mot misten tous les noms d'instruments de musique que l'on veut.

Quand on dit mistenlaire, on agite en l'air les deux mains: pour mistenflûte, mistenviole, on imite la manière de jouer de ces différents instruments; enfin en disant: «Ah! ah! ah!» on tourne sur soi-même en frappant trois fois dans ses mains.

BIRON [13].

[Note 13: ][ (retour) ] On prétend que cette ronde a été composée à l'occasion du supplice du maréchal de Biron, condamné, sous Henri IV, pour crime de haute trahison.

[Écouter]

Quand Biron voulut danser (bis),

Ses souliers fit apporter (bis),

Ses souliers tout ronds.

Vous danserez, Biron.

Quand Biron voulut danser (bis),

Sa perruqu' fit apporter (bis),

Sa perruque

A la turque,

Ses souliers tout ronds.

Vous danserez, Biron.

Quand Biron voulut danser (bis),

Son habit fit apporter (bis),

Son habit

De p'tit-gris,

Sa perruque

A la turque,

Ses souliers tout ronds,

Vous danserez, Biron.

Quand Biron voulut danser (bis),

Sa veste fit apporter (bis),

Sa bell' veste

A paillettes,

Son habit

De p'tit gris,

Sa perruque

A la turque,

Ses souliers tout ronds,

Vous danserez, Biron.

Quand Biron voulut danser (bis),

Sa culott' fit apporter (bis),

Sa culotte

A la mode,

Sa bell' veste

A paillettes,

Son habit

De p'tit gris,

Sa perruque

A la turque,

Ses souliers tout ronds,

Vous danserez, Biron.

Quand Biron voulut danser (bis),

Ses manchett's fit apporter (bis),

Ses manchettes

Fort bien faites,

Sa culotte

A la mode,

Sa belle veste

A paillettes,

Son habit

De p'tit gris,

Sa perruque

A la turque,

Ses souliers tout ronds,

Vous danserez, Biron.

Quand Biron voulut danser (bis).

Son chapeau fit apporter (bis),

Son chapeau

En clabot,

Ses manchettes

Fort bien faites,

Sa culotte,

A la mode,

Sa bell' veste

A paillettes,

Son habit

De p'tit gris,

Sa perruque

A la turque,

Ses souliers tout ronds.

Vous danserez, Biron.

Quand Biron voulut danser (bis),

Son épé' fit apporter (bis),

Son épée

Affilée,

Son chapeau

En clabot,

Ses manchettes

Fort bien faites,

Sa culotte

A la mode,

Sa bell' veste

A paillettes,

Son habit

De p'tit gris,

Sa perruque

A la turque,

Ses souliers tout ronds.

Vous danserez, Biron.

Quand Biron voulut danser (bis),

Son violon fit apporter (bis),

Son violon,

Son basson,

Son épée,

Affilée,

Son chapeau

En clabot,

Ses manchettes

Fort bien faites,

Sa culotte

A la mode,

Sa bell' veste

A paillettes,

Son habit

De p'tit gris,

Sa perruque

A la turque,

Ses souliers tout ronds.

Vous danserez, Biron.

[Écouter]

La plus aimable à mon gré (bis),

Je vais vous la présenter (bis).

Nous lui f'rons passer barrière.

Ramèn' tes moutons, bergère.

Ramèn', ramèn', ramèn' donc

Tes moutons à la maison (bis).

La jeune fille qui dirige la ronde chante seule les deux premiers vers; puis elle quitte la main de sa voisine (alors la ronde doit s'arrêter), et s'adressant à la compagne qu'elle a quittée, elle se place vis-à-vis d'elle, et l'engage à passer sous l'arc qu'elle forme avec son autre voisine, en élevant le bras. La jeune fille à qui l'on s'adresse doit passer suivie de toutes les autres, qui reviennent former le rond, en chantant le refrain: Ramèn' tes moutons, etc.

[Écouter]

Mam'selle, entrez chez nous (bis),

Mam'selle, entrez encore un coup,

Afin que l'on vous aime;

Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai,

Ah! j'aimerai qui m'aime.

Une ami' choisissez vous (bis),

Choisissez-la encore un coup,

Afin que l'on vous aime;

Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai,

Ah! j'aimerai qui m'aime.

Mettez-vous à genoux (bis),

Mettez-vous y encore un coup,

Afin que l'on vous aime;

Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai,

Ah! j'aimerai qui m'aime.

Faites-nous les yeux doux (bis),

Faites-nous-les encore un coup,

Afin que l'on vous aime;

Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai,

Ah! j'aimerai qui m'aime.

Et puis embrassez-nous (bis),

Embrassez-nous encore un coup,

Afin que l'on vous aime;

Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai,

Ah! j'aimerai qui m'aime.

Revenez parmi nous (bis),

Revenez-y encore un coup,

Afin que l'on vous aime;

Ah! j'aimerai, j'aimerai, j'aimerai,

Ah! j'aimerai qui m'aime.

Une jeune fille, placée au milieu du cercle, fait ce que lui indiquent les paroles de la ronde.

[Écouter]

Donn' moi ton bras que j' te guérisse,

Car tu m'as l'air malade,

Car tu m'as l'air malade,

Lon la,

Car tu m'as l'air malade.

Cueille la plante que voilà,

C'est un fort bon remède,

C'est un fort bon remède,

Lon la,

Il faut que le mal cède.

Danse sur le pied que voilà,

C'est un fort bon remède,

C'est un fort bon remède,

Lon la,

Il faut que le mal cède.

Frotte bien l'oeil que voilà,

C'est un fort bon remède,

C'est un fort bon remède,

Lon la,

Il faut que le mal cède.

Mon baiser te redressera,

C'est un fort bon remède,

C'est un fort bon remède,

Lon la,

Il faut que le mal cède.

Dans cette ronde, chacune des jeunes filles simule une infirmité, et celle qui dirige la ronde, en chantant, doit trouver un remède à cette infirmité, jusqu'au couplet de la Bossue, qui termine la ronde.

[Écouter]

Je suis un petit poupon

De belle figure,

Qui aime bien les bonbons

Et les confitures;

Si vous voulez m'en donner,

Je saurai bien les manger.

La bonne aventure,

Oh! gai!

La bonne aventure.

Lorsque les petits garçons

Sont gentils et sages,

On leur donne des bonbons,

De joli's images;

Mais quand ils se font gronder,

C'est le fouet qu'il faut donner.

La triste aventure,

Oh! gai!

La triste aventure.

Je serai sage et bien bon,

Pour plaire à ma mère;

Je saurai bien ma leçon,

Pour plaire à mon père,

Je veux bien les contenter,

Et s'ils veulent m'embrasser,

La bonne aventure,

Oh! gai!

La bonne aventure.

Nous n'aurions peut-être pas donné une place à cette ronde très-enfantine, si elle ne rappelait un vieil air sur lequel on a composé diverses chansons. Il paraît que la plus ancienne de ces chansons fut chantée par Antoine de Navarre, duc de Vendôme, qui résidait au château de la Bonnaventure, près le Gué-du-Loir; d'après cela, le refrain devrait être ainsi écrit: La bonne aventure au gué, et non Oh! gai! comme on le trouve souvent.

[Écouter]

Où est la Marguerite?

Oh! gai! oh! gai! oh! gai!

Où est la Marguerite?

Oh! gai! franc cavalier.

Elle est dans son château,

Oh! gai! etc.

Elle est dans son château,

Oh! gai! franc cavalier.

Ne peut-on pas la voir?

Oh! gai! etc.

Ne peut-on pas la voir?

Oh! gai! franc cavalier.

Les murs en sont trop hauts,

Oh! gai! etc.

Les murs en sont trop hauts,

Oh! gai! franc cavalier.

J'en abattrai un' pierre,

Oh! gai! etc.

J'en abattrai un' pierre.

Oh! gai! franc cavalier.

Un' pierr' ne suffit pas,

Oh! gai! etc.

Un' pierr' ne suffit pas,

Oh! gai! franc cavalier.

J'en abattrai deux pierres,

Oh! gai! etc.

J'en abattrai deux pierres,

Oh! gai! franc cavalier.

Deux pierr's ne suffisent pas,

Oh! gai! etc.

Deux pierr's ne suffisent pas,

Oh! gai! franc cavalier.

J'en abattrai trois pierres,

Oh! gai! etc.

J'en abattrai trois pierres,

Oh! gai! franc cavalier.

Trois pierr's ne suffisent pas,

Oh! gai! etc.

Trois pierr's ne suffisent pas,

Oh! gai! franc cavalier.

On continue ainsi autant qu'il y a de jeunes filles. Toutes les jeunes filles, à l'exception d'une, forment un groupe. Elles ont au milieu d'elles une de leurs compagnes dont elles tiennent la robe relevée, comme une cloche renversée. Le franc cavalier s'avance en chantant le premier couplet. Les autres répondent par le suivant, et ainsi jusqu'au cinquième: J'en abattrai un' pierre. Il emmène alors une des jeunes filles, et autant qu'il y en a autour de la Marguerite, autant de fois il enlève une pierre. Quand il n'y en a plus qu'une, qui tient à elle seule la robe de la Marguerite, le franc cavalier s'avance sans chanter et dit: Qu'y a-t-il là dedans? On répond: Un petit paquet de linge à blanchir. Il reprend: Je vais chercher mon couteau pour le couper. Alors on lâche la robe, la Marguerite s'enfuit et toutes courent après elle.

Cette ronde naïve est évidemment issue de celle qui célébrait Ogier le Danois:

Qui est dans ce château?

Ogier! Ogier! Ogier!

Qui est dans ce château?

Beau chevalier.

Pendant la disgrâce et la captivité d'Ogier le Danois, Charlemagne avait menacé d'une mort honteuse quiconque prononcerait devant lui le nom d'Ogier. Trois cents cavaliers se donnent alors le mot; ils viennent devant le palais de Charlemagne crier, comme d'une seule voix: Ogier! Ogier! Ogier! et Charlemagne, n'osant punir la fleur de la chevalerie, aime mieux céder et pardonner à Ogier.

[Écouter]

Meunier, tu dors!

Ton moulin (bis) va trop vite.

Meunier, tu dors!

Ton moulin (ter) va trop fort.

Les jeunes filles se divisent en deux bandes, formant un cercle. Les deux premières jeunes filles en tête de chaque bande se regardent et sont suivies chacune d'un nombre égal de leurs compagnes. Ces deux premières se donnent d'abord la main droite, puis se quittent en avançant en sens contraire, et prennent de la main gauche la main gauche de celle qui suit, et ainsi de suite la main droite et la main gauche alternativement, mouvement qui est successivement exécuté par chacune d'elles sur les paroles de la ronde, dont on accélère peu à peu le mouvement.

[Écouter]

A Paris, dans une ronde

Composée de jeunes gens,

Il se trouva une vieille,

Qui avait quatre-vingts ans,

Oh! la vieille, la vieille, la vieille,

Qui croyait avoir quinze ans.

Il se trouva une vieille,

Qui avait quatre-vingts ans.

Elle choisit le plus jeune,

Qui était le plus galant.

Oh! la vieille, etc.

Elle choisit le plus jeune,

Qui était le plus galant.

Va-t'en, va-t'en bonne vieille,

Tu n'as pas assez d'argent.

Oh! la vieille, etc.

Va-t'en, va-t'en, bonne vieille,

Tu n'as pas assez d'argent.

Si vous saviez c' qu'a la vieille,

Vous n'en diriez pas autant.

Oh! la vieille, etc.

Si vous saviez c' qu'a la vieille,

Vous n'en diriez pas autant.

Dis-nous donc ce qu'a la vieille?

Elle a cent tonneaux d'argent.

Oh! la vieille, etc.

Dis-nous donc ce qu'a la vieille?

Elle a cent tonneaux d'argent.

Reviens, reviens, bonne vieille,

Reviens ici promptement.

Oh! la vieille, etc.

Reviens, reviens, bonne vieille,

Reviens ici promptement.

On alla chez le notaire:

Mariez-nous cette enfant.

Oh! la vieille, etc.

On alla chez le notaire:

Mariez-nous cette enfant.

Cette enfant, dit le notaire,

Elle a bien quatre-vingts ans.

Oh! la vieille, etc.

Cette enfant, dit le notaire,

Elle a bien quatre-vingts ans.

Aujourd'hui le mariage,

Et demain l'enterrement.

Oh! la vieille, etc.

Aujourd'hui le mariage,

Et demain l'enterrement.

On fit tant sauter la vieille,

Qu'elle est morte en sautillant.

Oh! la vieille, etc.

On fit tant sauter la vieille,

Qu'elle est morte en sautillant.

On regarde dans sa bouche,

Ell' n'avait plus que trois dents.

Oh! la vieille, etc.

On regarde dans sa bouche,

Ell' n'avait plus que trois dents:

Une qui branle, un' qui hoche,

Une qui s'envole au vent.

Oh! la vieille, etc.

Une qui branle, un' qui hoche,

Une qui s'envole au vent.

On regarde dans sa poche,

Ell' n'avait qu'trois liards d'argent.

Oh! la vieille, etc.

On regarde dans sa poche,

Ell' n'avait qu'trois liards d'argent.

Oh! la vieille, la vieille, la vieille,

Qui avait trompé l' galant.

[Écouter]

Mon pèr' m'a donné un mari,

Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme

MMon pèr' m'a donné un mari,

MMon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!

Je le perdis dans mon grand lit,

Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!

Je le perdis dans mon grand lit,

Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!

J'pris la chandelle et le cherchis,

Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!

J'pris la chandelle et le cherchis,

Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!

A la paillasse le feu prit,

Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!

A la paillasse le feu prit,

Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!

Je trouvai mon mari rôti,

Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!

Je trouvai mon mari rôti,

Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!

Sur une assiette je le mis,

Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!

Sur une assiette je le mis,

Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!

Le chat l'a pris pour une souris,

Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!

Le chat l'a pris pour un' souris,

Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!

Au chat! au chat! C'est mon mari,

Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!

Au chat! au chat! C'est mon mari,

Mon Dieu! quel homm'! qu'il est petit!

Fillettes qui prenez mari,

Mon Dieu! quel homm'! quel petit homme!

Fillettes qui prenez mari,

Ne le prenez pas si petit.

[Écouter]

Riche, riche que je suis,

Serai-je toujours riche?

Je marierai mes filles,

Avecque cinq cents livres;

Et mes pauvres garçons,

Avec cent coups d' bâton.

Pauvre, pauvre que je suis,

Serai-je toujours pauvre?

Mamzell' sera des nôtres.

Dans cette ronde plus que naïve, les jeunes filles se mettent toutes d'un côté, à l'exception d'une seule, qui représente le pauvre. Les premières s'avancent en disant le premier couplet. Lorsque c'est au tour du pauvre à parler, celle qui est seule s'avance en portant son mouchoir ou sa robe à ses yeux comme pour essuyer ses larmes, et elle va prendre une de celles du groupe, ainsi de suite jusqu'à la dernière qui, restée seule, chante le couplet du pauvre, pendant que le groupe nouvellement formé reprend celui du riche.

[Écouter]

Nous avons vu danser en rond par des jeunes filles la fable de la Fontaine, «le Rat de ville et le Rat des champs.» Elles peuvent la mettre en action selon les paroles, que nous rapportons ici, pour celles qui ne s'en souviendraient pas.

Autrefois le rat de ville

Invita le rat des champs,

D'une façon fort civile,

A des reliefs d'ortolans.

Sur un tapis de Turquie

Le couvert se trouva mis.

Je laisse à penser la vie

Que firent les deux amis.

Le régal fut fort honnête,

Rien ne manquait au festin:

Mais quelqu'un troubla la fête

Pendant qu'ils étaient en train.

A la porte de la salle

Ils entendirent du bruit;

Le rat de ville détale;

Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire;

Rats en campagne aussitôt;

Et le citadin de dire:

«Achevons tout notre rôt.

«--C'est assez, dit le rustique;

Demain vous viendrez chez moi,

Ce n'est pas que je me pique

De tous vos festins de roi.

«Mais rien ne vient m'interrompre,

Je mange tout à loisir.

Adieu donc. Fi du plaisir

Que la crainte peut corrompre!»

[Écouter]

Nous sommes v'nus ce soir,

Du fond de nos bocages,

Vous faire compliment,

De votre mariage,

A monsieur votre époux,

Aussi bien comme à vous.

Vous voilà donc liée

Madame la mariée (bis),

Avec un lien d'or

Qui ne déli' qu'à la mort.

Avez-vous bien compris

C' que vous a dit le prêtre?

A dit la vérité,

Ce qu'il vous fallait être;

Fidèle à votre époux

Et l'aimer comme vous.

Quand on dit son époux,

Souvent on dit son maître;

Ils ne sont pas toujours

Doux comme ont promis d'être:

Car doux ils ont promis

D'être toute leur vie.

Vous n'irez plus au bal,

Madame la mariée:

Vous n'irez plus au bal,

A nos jeux d'assemblées;

Vous gard'rez la maison.

Tandis que nous irons.

Quand vous aurez chez vous

Des boeufs, aussi des vaches,

Des brebis, des moutons,

Du lait et du fromage,

Il faut, soir et matin,

Veiller à tout ce train.

Quand vous aurez chez vous

Des enfants à conduire,

Il faut leur bien montrer

Et bien souvent leur dire

Car vous seriez tous deux

Coupables devant Dieu.

Si vous avez chez vous

Quelques gens à conduire,

Vous veillerez sur eux;

Qu'ils aillent à confesse,

Car un jour devant Dieu,

Vous répondrez pour eux.

Recevez ce gâteau

Que ma main vous présente.

Il est fait de façon

A vous faire comprendre

Qu'il faut pour se nourrir,

Travailler et souffrir.

Recevez ce bouquet

Que ma main vous présente.

Il est fait de façon

A vous faire comprendre

Que tous les vains honneurs

Passent comme les fleurs.

La chanson de la mariée est un exemple de ces rondes qui se rattachent à une coutume locale avec toute la grâce naïve des anciennes traditions. Celle-ci se chante aux noces bretonnes et n'a subi aucun changement depuis le temps de Mme de Sévigné, qui l'écoutait avec plaisir. Les jeunes filles viennent offrir un gâteau et des bouquets à la mariée, en lui donnant les conseils sérieux qui s'appliquent à son nouvel état. Nous croyons que cette ronde pourrait encore s'ajouter à celles que dansent habituellement nos enfants.