CHANTS D'AMOUR
Tirés du «Cantique des Cantiques»
Va, mange et bois; parce qu'à Dieu plaisent
tes oeuvres. Qu'en tout temps tes vêtements
soient blancs et que l'huile parfumée
ne manque pas sur ta tête. Jouis de la vie
avec la femme que tu aimes, pendant tous
les jours de ta vie de vanité que Dieu t'a
donné sous le soleil, car il n'y a ni oeuvre,
ni pensée, ni sagesse, dans le séjour des
morts, où tu vas.
ECCLÉSIASTE IX, 7, 10.
Chants d'Amour
I
LES FILLES DE JÉRUSALEM
Dis-nous, ô jeune femme
Dis-nous ton bien-aimé
L'aimé qui, d'un pur cinname,
Ton lit doit être parfumé.
L'ÉPOUSE
Celui que mon coeur aime est un bouquet de myrrhe;
Son baiser dont l'ardeur est celle du midi
Est non moins odorant que le nard de Palmyre
Et meilleur que le sang des vignes d'Eugaddi.
LES FILLES DE JÉRUSALEM
Dis-nous, ô jeune femme
Dis-nous ton bien-aimé
L'aimé qui, d'un pur cinname,
Ton lit doit être parfumé.
L'ÉPOUSE
Que ne m'est-il donné d'être à son ombre assise!
Son aspect est pareil à celui de l'Hermon;
Des filles de Sion plus d'une en est éprise;
C'est une huile épandue et rare que son nom.
LES FILLES DE JÉRUSALEM
Dis-nous, ô jeune femme
Dis-nous ton bien-aimé
L'aimé qui, d'un pur cinname,
Ton lit doit être parfumé.L'ÉPOUSE
Admise en ses celliers, j'inclinerai l'amphore,
Et, vous distribuant le nectar des festins,
Je me plairai, joyeuse, à vous redire encore
Que son baiser vainqueur est meilleur que les vins.
LES FILLES DE JÉRUSALEM
Dis-nous, ô jeune femme
Dis-nous ton bien-aimé
L'aimé qui, d'un pur cinname,
Ton lit doit être parfumé.
L'ÉPOUSE
Je suis brune et pourtant mon roi m'a comparée
A ses coursiers traînant le char de Pharaon;
Je suis belle à ses yeux, quoique décolorée,
Plus que les pavillons du sage Salomon.
LES FILLES DE JÉRUSALEM
Dis-nous, ô jeune femme
Dis-nous ton bien-aimé
L'aimé qui, d'un pur cinname,
Ton lit doit être parfumé.
L'ÉPOUSE
Ne considérez plus que je me sais hâlée,
Dans les flots lumineux qui baignaient les sentiers,
Lorsqu'en mai je m'en suis septante fois allée
Garder ma vigne en fleur au jardin des noyers.
LES FILLES DE JÉRUSALEM
Dis-nous, ô jeune femme
Dis-nous ton bien-aimé
L'aimé qui, d'un pur cinname,
Ton lit doit être parfumé.
L'ÉPOUSE
Celui que mon coeur aime est un bouquet de myrrhe;
Son baiser dont l'ardeur est celle du midi
Est non moins odorant que le nard de Palmyre
Et meilleur que le sang des vignes d'Engaddi.
II
Beauté des Epoux
L'ÉPOUX
Vois donc, ma soeur, épouse, ô fontaine scellée,
Comme ton corps est svelte et d'aspect gracieux!
L'ÉPOUSE
Vois donc, ô mon époux, ô lis de la vallée,
Comme en toi toute chose est parfaite à mes yeux!
L'ÉPOUX
Tes cheveux sont pareils à des troupeaux de chèvres
Poursuivant sur les monts leurs chemins coutumiers.
L'ÉPOUSE
La myrrhe, ô bien-aimé, distille de tes lèvres,
Tes cheveux sont pareils aux pousses des palmiers.
L'ÉPOUX
Tes mains qui des couleurs de l'aurore sont teintes
Semblent deux papillons autour de toi volant.
L'ÉPOUSE
Tes mains, faites au tour, sont pleines d'hyacinthes,
Et ta tête superbe est un or excellent.
L'ÉPOUX
Tes yeux dont le regard a blessé ma prunelle
Sont purs comme les flots des vasques d'Hésébon.
L'ÉPOUSE
Tes yeux à qui mon corps chastement se révèle
Sont clairs comme les eaux des puits de Salomon.