XI
LE JOUR D'ÉCHÉANCE. (Suite.)
Là, il tira du sac les écrins, les ouvrit, et à la lumière de sa lampe il admira les colliers, les parures; ce fut un éblouissement. Jamais la joaillerie n'avait fait plus beau, les brillants sans tache lançaient leurs flammes vives; en les faisant jouer sous la lumière, on eût dit qu'on renversait du feu. Séglin, rassuré, heureux, admirait, ravi, et estimait chaque pièce en disant:
—Sur ce collier et cette rivière, j'aurai plus de cent mille francs; sur cette parure au moins autant…; sur ces trois écrins le même chiffre…; tout cela lui reste…
Il enveloppa bien précieusement les écrins, les replaça dans le sac, puis, prenant sa lampe, il ouvrit la porte de la chambre et se dirigea vers le lit. Iza dormait souriante; il posa amoureusement, mais doucement, ses lèvres sur son front et se retira sur la pointe des pieds. Lorsque la tapisserie fut retombée sur la porte, il descendit dans son cabinet et serra précieusement dans son coffre-fort le petit sac de cuir de Russie. Puis, calme, il regagna la chambre.
Il fut étonné de voir la porte ouverte; cependant, il croyait bien qu'en sortant de la chambre, avant de laisser retomber la tapisserie, il avait doucement fermé la porte; il avança vers le lit, Iza dormait profondément. Il n'y pensa plus et il se hâta sans bruit de se coucher, voulant partir de très bonne heure. En moins d'une minute, il fut couché. Il lui sembla que sa femme était glacée… il eut peur. Il plaça la main sur son front; elle s'éveilla à demi et dit:
—Bonsoir! je dors… Et elle se rendormit.
—Pauvre petite! fit-il, elle est gelée; ses pieds sont comme des morceaux de glace!
Et il tira sur elle le couvre-pied et l'édredon; lui, il brûlait de fièvre. Il s'endormit presque aussitôt cependant…
Au jour, il était debout, faisant tous ses efforts pour ne point l'éveiller; il gagna son cabinet de toilette.
Il sortait à peine de la chambre… qu'Iza se levait à son tour et se hâtait de se vêtir… Elle était chaussée, à moitié habillée; elle entendit marcher…, elle se hâta vite de se coucher dans le lit et feignit de dormir.
C'était Fernand; il vint vers elle, la contempla avec amour, en disant:
—Pauvre petite jolie! elle dort… heureuse… Aujourd'hui, ma belle aimée, c'est mon dernier jour de tourment, et c'est toi qui me sauves…
Il se penchait pour l'embrasser, mais il se recula aussitôt: il avait craint de l'éveiller. Il revint dans le boudoir, écrivit sur le dos de sa carte:
«Ma belle mignonne aimée,
C'est jour d'échéance… Pardonne-moi d'être parti avant ton bon baiser… Je serai de retour à l'heure du déjeuner,
Ton mari qui t'adore,
FERNAND.»
Il plaça la carte sur un chiffonnier et partit sur la pointe du pied.
Si doucement qu'il eût fermé la porte, Iza l'entendit; elle se leva aussitôt et, avant qu'il eût passé la grille, elle était déjà habillée et elle sortait par une porte qui donnait sur la Seine. Arrivée sur le quai, elle siffla. Au coup de sifflet, une voiture qui se trouvait près du pont d'Auteuil s'avança au grand galop…
—Me voilà, dit aussitôt le cocher… On a l'oreille au vent, hein?
—Vite, Simon, commanda la jeune femme, en montant dans la voiture…
Vite, vite, chez le maître!
—Espère! espère!… fit le cocher en enveloppant ses chevaux d'un solide coup de fouet… J'ai des canards qui savent trotter… nous accosterons dans dix minutes.
Et la voiture emportant Iza partit rapidement.