SCÈNE III

GRÉMIO, LUCRÈCE, SPINETTE.

LUCRÈCE.

Où est ton maître, Grémio?

GRÉMIO.

Je pense, madame, qu'il est à la ferme.

LUCRÈCE.

Ne devais-tu pas l'accompagner?

GRÉMIO.

Il m'a ordonné de rester ici.

LUCRÈCE.

Il est sorti seul?

GRÉMIO.

Oui, madame.

Il sort.

LUCRÈCE, à Spinette.

Ainsi je ne le verrai plus.

SPINETTE.

Est-ce bien possible, ma chère maîtresse? Vous m'avez confié votre dessein; je vous vois prête à l'exécuter, et malgré moi je ne puis y croire.

LUCRÈCE.

Tout à l'heure tu y croiras.

SPINETTE.

Il ne m'appartient pas de vous en dissuader; je n'ai que le droit d'en souffrir, et je suis aussi incapable d'oser vous blâmer que de vous trahir; mais y avez-vous bien réfléchi?

LUCRÈCE.

Non, et c'est pourquoi je le ferai.

SPINETTE.

Quitter une maison, une famille,—briser, en un jour, tous les liens d'une vie si belle et si heureuse!

LUCRÈCE.

Heureuse!

SPINETTE.

Vous l'étiez, madame.

LUCRÈCE.

Maintenant je ne le serai plus. Oui, Spinette, je vais, comme tu dis, quitter une maison, une famille:—je vais perdre mon nom, mon rang, ma fortune, et le premier des biens, l'honneur! je vais partir avec Cordiani. Qui commet la faute en porte la peine! mais lui, qui pourrait l'en punir? Ce n'est pas lui qu'on peut accuser. Il n'a prononcé aucun serment sur la terre, il n'a pas trahi une épouse; il n'a rien fait qu'aimer et qu'être aimé.

SPINETTE.

Vous cherchiez tout à l'heure monseigneur André.

LUCRÈCE.

Oui, je voulais le voir une dernière fois.

SPINETTE.

Plût au ciel que vous l'eussiez vu!

LUCRÈCE.

Que veux-tu dire? penses-tu que ma résolution puisse être ébranlée? André m'est cher; mais je ne sais ni tromper ni aimer à demi.

SPINETTE.

Que de larmes vont couler, madame!

LUCRÈCE.

Comptes-tu donc pour rien les miennes? Crois-tu qu'on perde sans souffrir, etc.

SPINETTE.

Que je vous plains!

LUCRÈCE.

Silence! l'heure sonne! Il va venir, Spinette. Peut-être m'attend-il déjà. Tu me suivras; tout est-il préparé?

SPINETTE.

Où allez-vous?

LUCRÈCE.

Où il voudra. Mes cheveux sont-ils en désordre? etc.

[8].—PAGE 74.

ANDRÉ.

Bonjour, Lucrèce. Vous ne m'attendiez pas..., etc.

[9].—PAGE 89.

CORDIANI.

Terre que j'ai ensanglantée!

DAMIEN.

Au nom du ciel!...

CORDIANI.

Dis-moi, Damien, où puis-je aller, où puis-je marcher sans voir la mort sur mon chemin? Te souviens-tu de ce que tu me disais? J'aimais, je ne t'écoutais pas. Maintenant, la mort est devant mon amour, elle est sous mes pas; elle est dans mon cœur! Et ce portrait que je t'ai montré, cette ombre adorée d'une fatale beauté n'est plus pour moi que le masque d'un spectre couvert des larmes d'un ami.

Il marche vers la maison.

DAMIEN.

Où vas-tu?

CORDIANI.

La revoir encore une fois. Ne t'effraye pas, etc.

[10].—PAGE 96.

Tu vois ce qui se passe, mon ami.

LIONEL.

Maître, il faut régler cette affaire et choisir l'heure et le lieu du combat.

ANDRÉ.

L'heure? à l'instant. Le lieu? ici même.

À Cordiani.

Ah! vous voulez, etc.

[11].—PAGE 102.

Et toi aussi tu m'abandonnes!

CÉSARIO[E].

Moi, maître, je ne vous abandonnerai pas.

ANDRÉ.

C'est toi, mon enfant?

CÉSARIO.

Oui, maître. Je vous avais quitté; j'étais allé chez Pontormo; j'y cherchais la gaieté, et je l'y ai bien trouvée en effet, mais je ne m'en suis senti que plus triste.

ANDRÉ.

C'est le malheur que tu trouveras ici.

CÉSARIO.

Il pèse moins que l'ingratitude.

ANDRÉ.

Merci, mon enfant. Va, entre dans cette maison, car pour moi, jamais!

Il remonte la scène.

LIONEL, entrant.

Où allez-vous, André? etc.

[12].—PAGE 111.

Que voulez-vous lui dire?

ANDRÉ.

Tiens, Césario, je t'en conjure, va trouver Lucrèce; demande une réponse à ma lettre, et sois revenu tout à l'heure... Mais pourquoi pas nous-mêmes, Lionel?

Césario sort.

LIONEL.

Mon ami!

ANDRÉ.

Quoi! plus rien!

LIONEL.

Eh! que demandez-vous donc dans cette fatale lettre?

ANDRÉ.

Ce que je demande? ô comble de misère!... etc.

[13].—PAGE 120.

ANDRÉ.

Tiens, voilà Césario... Eh bien?

CÉSARIO.

Madame Lucrèce a quitté Florence.

ANDRÉ.

Et Cordiani?

CÉSARIO.

Je ne sais.

ANDRÉ.

Vois-tu, Lionel? Ils sont partis ensemble.

Il remonte la scène.

LIONEL, le retenant.

Où vas-tu?

[14].—PAGE 125.

LIONEL.

Qu'as-tu dit à cet homme?

Bas à Damien.

Est-ce que vraiment Cordiani?...

DAMIEN.

Cordiani n'est plus.

[15].—PAGE 125.

ANDRÉ.

Vos mains, et adieu, chers amis! Oh! combien je l'aimais!

Il meurt.

FIN DES ADDITIONS ET VARIANTES.