SCÈNE VI
Les Mêmes, KALÉKAIRI.
ROSEMBERG, à part.
Peste soit de la petite Barbaresque! j'avais eu tant de peine à en arriver là!
KALÉKAIRI.
Le portier L'Uscoque est venu pour dire qu'il y avait sur la route beaucoup de chariots.
BARBERINE.
Qu'est-ce que c'est?
KALÉKAIRI.
Je puis le dire à vous seule.
BARBERINE.
Approche.
ROSEMBERG, à part.
Quel mystère! Encore des légumes! Voilà une châtelaine terriblement bourgeoise.
KALÉKAIRI, bas à sa maîtresse.
Il n'y a point de chariots. Rosemberg a encore donné beaucoup d'or au portier L'Uscoque.
BARBERINE, bas.
Pourquoi faire, et sous quel prétexte?
KALÉKAIRI, de même.
Il a demandé qu'on le fasse entrer secrètement chez la maîtresse.
BARBERINE, bas.
Chez moi, dis-tu? en es-tu sûre?
KALÉKAIRI, de même.
L'Uscoque ne voulait rien dire; mais Kalékairi l'a grisé, et il lui a tout raconté.
BARBERINE, regardant Rosemberg.
Vraiment, cela est incroyable!
ROSEMBERG, à part.
Quel singulier regard jette-t-elle donc sur moi?
BARBERINE, de même.
Est-ce possible? Ce jeune homme un peu fanfaron, il est vrai, mais, au fond, d'humeur assez douce et qui semblait... Cela est bien étrange!
KALÉKAIRI, bas.
L'Uscoque dit maintenant que si la maîtresse le veut, il se cachera derrière la porte avec Ludwig le jardinier. Ils prendront chacun une fourche, et quand l'autre arrivera...
BARBERINE, riant.
Non, je te remercie. Tu en reviens toujours à ta méthode expéditive.
KALÉKAIRI.
Rosemberg a beaucoup de domestiques armés.
BARBERINE.
Oui, et nous sommes seules, ou presque seules, dans cette maison au fond d'un petit désert. Mais je te dirai une chose fort simple:—il y a un gardien, ma chère, qui défend mieux l'honneur d'une femme que tous les remparts d'un sérail et tous les muets d'un sultan, et ce gardien, c'est elle-même. Va, et cependant ne t'éloigne pas.—Écoute! lorsque je te ferai signe par cette fenêtre...
Elle lui parle à l'oreille.
KALÉKAIRI.
Ce sera fait.
Elle sort.