XVII

L'année précédente j'avais satisfait presque aussi malheureusement ma passion, bien plus vive encore, d'apercevoir madame de Staël et de graver cette Sapho du siècle dans un souvenir immortel de mes yeux.

Assis pendant une journée entière sur le revers d'un fossé, entre Nyons et Coppet, en Suisse, pour la voir passer en voiture, je l'avais entrevue enfin entre la poussière de ses roues. C'était un éclair, mais cet éclair était pour moi celui de la gloire.

Cette seconde image d'une des plus hautes personnifications de l'esprit humain sous la forme d'une femme m'inspira un second respect pour la fécondité de mon siècle. On mesure la hauteur des montagnes à leurs sommets les plus élevés, et les siècles à leurs individualités culminantes. Il n'y aurait qu'une de ces individualités, comme M. de Chateaubriand et madame de Staël, dans un pays et dans un siècle, qu'on dirait avec raison: Le siècle est grand!