V
Il assiste plus loin à la proclamation du sénatus-consulte et à la lecture du 29e bulletin. L'empereur Napoléon y racontait que chaque nuit les chevaux périssaient par milliers.
Il ne disait rien des hommes!
Trois femmes tombent à terre.
On les emmène en les soutenant par le bras.
Je me sauvai; j'aurais voulu ne rien savoir de tout cela.
VI
Il entra chez le commandant de place qui déjeunait joyeusement.
«Bah! dis au père Goulden que nous aurons notre revanche; et puis, l'honneur est sauf, nous n'avons pas été battus, que diable!»
«Le jour même de l'affiche, je me rendis aux Quatre-Vents; mais ce n'était pas alors dans la joie de mon cœur, c'était comme le dernier des malheureux auquel on enlève son amour et sa vie. Je ne me tenais plus sur mes jambes; et quand j'arrivai là-bas, ne sachant comment annoncer notre malheur, je vis en entrant qu'on savait déjà tout à la maison, car Catherine pleurait à chaudes larmes, et la tante Grédel était pâle d'indignation.
«D'abord nous nous embrassâmes en silence, et le premier mot que me dit la tante Grédel, en repoussant brusquement ses cheveux gris derrière ses oreilles, ce fut:
«Tu ne partiras pas!... Est-ce que ces guerres nous regardent, nous? Le curé lui-même a dit que c'était trop fort à la fin; qu'on devait faire la paix! Tu resteras! Ne pleure pas, Catherine, je te dis qu'il restera.»
Elle était toute verte de colère, et bousculait ses marmites en parlant.
«Voilà longtemps, dit-elle, que ce grand carnage me dégoûte; il a déjà fallu que nos deux pauvres cousins Kasper et Yokel aillent se faire casser les os en Espagne, pour cet empereur, et maintenant il vient encore nous demander les jeunes; il n'est pas content d'en avoir fait périr trois cent mille en Russie. Au lieu de songer à la paix, comme un homme de bon sens, il ne pense qu'à faire massacrer les derniers qui restent... On verra! on verra!
—Au nom du ciel! tante Grédel, taisez-vous, parlez plus bas, lui dis-je en regardant la fenêtre, on pourrait vous entendre; nous serions tous perdus.
—Eh bien, je parle pour qu'on m'entende, reprit-elle; ton Napoléon ne me fait pas peur; il a commencé par nous empêcher de parler, pour faire ce qu'il voudrait... mais tout cela va finir!... Quatre jeunes femmes vont perdre leurs maris rien que dans notre village, et dix pauvres garçons vont tout abandonner, malgré père et mère, malgré la justice, malgré le bon Dieu, malgré la religion... n'est-ce pas abominable?»
Et comme je voulais répondre:
«Tiens, Joseph, dit-elle, tais-toi, cet homme-là n'a pas de cœur!... il finira mal!... Dieu s'est déjà montré cet hiver; il a vu qu'on avait plus peur d'un homme que de lui: que les mères elles-mêmes, comme du temps d'Hérode, n'osaient plus retenir la chair de leur chair, quand il la demandait pour le massacre; alors il a fait venir le froid, et notre armée a péri... et tous ceux qui vont partir sont morts d'avance: Dieu est las!—Toi, tu ne partiras pas, me dit cette femme pleine d'entêtement, je ne veux pas que tu partes; tu te sauveras dans les bois avec Jean Kraft, Louis Bême et tous les plus courageux garçons d'ici; vous irez par les montagnes, en Suisse, et Catherine et moi nous irons près de vous jusqu'à la fin de l'extermination.»
Alors la tante Grédel se tut d'elle-même. Au lieu de nous faire un dîner ordinaire, elle nous en fit encore un meilleur que l'autre dimanche, et nous dit d'un air ferme:
«Mangez, mes enfants, n'ayez pas peur... tout cela va changer.»
Je rentrais vers quatre heures du soir à Phalsbourg un peu plus calme qu'en partant. Mais comme je remontais la rue de la Munitionnaire, voilà que j'entends, au coin du collége, le tambour du sergent de ville Harmantier, et que je vois une grande foule autour de lui. Je cours pour écouter les publications, et j'arrive juste au moment où cela commençait.
Harmantier lut que, par le sénatus-consulte du 3, le tirage de la conscription aurait lieu le 15.
Nous étions le 8, il ne restait donc plus que sept jours. Cela me bouleversa.
Tous ceux qui se trouvaient là s'en allaient à droite et à gauche dans le plus grand silence. Je rentrai chez nous fort triste, et je dis à M. Goulden:
«On tire jeudi prochain.
—Ah! fit-il, on ne perd pas de temps... ça presse.»
Il est facile de se faire une idée de mon chagrin durant ce jour et les suivants. Je ne tenais plus en place; sans cesse je me voyais sur le point d'abandonner le pays. Il me semblait d'avance courir dans les bois, ayant à mes trousses des gendarmes criant: «Halte! halte!» Puis je me représentais la désolation de Catherine, de la tante Grédel, de M. Goulden. Quelquefois je croyais marcher en rang, avec une quantité d'autres malheureux auxquels on criait: «En avant!... À la baïonnette!» tandis que les boulets en enlevaient des files entières. J'entendais ronfler ces boulets et siffler les balles; enfin j'étais dans un état pitoyable.
«Du calme, Joseph, me disait M. Goulden, ne te tourmente donc pas ainsi. Pense que de toute la conscription, il n'y en a pas dix peut-être qui puissent donner d'aussi bonnes raisons que toi pour rester. Il faudrait que le chirurgien fût aveugle pour te recevoir. D'ailleurs, je verrai M. le commandant de place... Tranquillise-toi!»
Ces bonnes paroles ne pouvaient me rassurer.
C'est ainsi que je passai toute une semaine dans des transes extraordinaires, et quand arriva le jour du tirage, le jeudi matin, j'étais tellement pâle, tellement défait, que les parents de conscrits enviaient en quelque sorte ma mine pour leur fils. «Celui-là, se disaient-ils, a de la chance... il tomberait par terre en soufflant dessus... Il y a des gens qui naissent sous une bonne étoile!»
Mais tout à coup, le 8 janvier, on mit une grande affiche à la mairie, où l'on voyait que l'empereur allait lever, avec un sénatus-consulte, comme on disait dans ce temps-là, d'abord 150,000 conscrits de 1813, ensuite 100 cohortes du premier ban de 1812, qui se croyaient déjà réchappées, ensuite 100,000 conscrits de 1809 à 1812, et ainsi de suite jusqu'à la fin, de sorte que tous les trous seraient bouchés, et que même nous aurions une plus grande armée qu'avant d'aller en Russie.
Quand le père Fouze, le vitrier, vint nous raconter cette affiche, un matin, je tombai presque en faiblesse, car je me dis en moi-même:
«Maintenant on prend tout: les pères de famille depuis 1809; je suis perdu!»
Le 8 janvier sa tante et sa cousine arrivent pour lui porter bonheur au tirage. M. Goulden les rassure et leur dit que c'est une vaine cérémonie, mais qu'il n'y a de sérieux que l'avis du conseil de révision dont il est sûr. Il tire le numéro 17.
«Alors je m'en allai sans rien dire, Catherine et ma tante derrière moi; nous descendîmes sur la place, et ayant un peu d'air, je me rappelai que j'avais tiré le numéro 17.»
La tante Grédel paraissait confondue.
«Je t'avais pourtant mis quelque chose dans ta poche, dit-elle; mais ce gueux de Pinacle t'a jeté un mauvais sort.»
En même temps elle tira de ma poche de derrière un bout de corde. Moi, de grosses gouttes de sueur me coulaient du front; Catherine était toute pâle, et c'est ainsi que nous retournâmes chez M. Goulden.
«Quel numéro as-tu, Joseph? me dit-il aussitôt.
—Dix-sept,» répondit la tante en s'asseyant les mains sur les genoux.
Un instant M. Goulden parut troublé, mais ensuite il dit:
«Autant celui-là qu'un autre... tous partiront... il faut remplir les cadres. Cela ne signifie rien pour Joseph. J'irai voir M. le Maire, M. le commandant de place... Ce n'est pas pour leur faire un mensonge; dire que Joseph est boiteux, toute la ville le sait, mais, dans la presse, on pourrait passer là-dessus. Voilà pourquoi j'irai les voir. Ainsi ne vous troublez pas... reprenez confiance.»
Ces paroles du bon M. Goulden rassurèrent la tante Grédel et Catherine, qui s'en retournèrent aux Quatre-Vents, pleines de bonnes espérances.
—J'avais entendu dire que le vinaigre donne des maux d'estomac, et sans en prévenir M. Goulden, dans ma peur j'avalai tout le vinaigre qui se trouvait dans la petite burette de l'huilier. Ensuite je m'habillai pensant avoir une mine de déterré, car le vinaigre était très-fort et me travaillait intérieurement. Mais en entrant dans la chambre de M. Goulden, à peine m'eut-il vu, qu'il s'écria:
«Joseph, qu'as-tu donc? tu es rouge comme un coq!»
En moi-même, m'étant regardé dans le miroir, je vis que, jusqu'à mes oreilles et jusqu'au bout de mon nez, tout était rouge. Alors je fus effrayé, mais au lieu de pâlir je devins encore plus rouge, et je m'écriai dans la désolation:
«Maintenant je suis perdu! Je vais avoir l'air d'un garçon qui n'a pas de défauts, et même qui se porte très-bien; c'est le vinaigre qui me monte à la tête.
—Quel vinaigre? demanda M. Goulden.
—Celui de l'huilier, que j'ai bu pour être pâle, comme on raconte de mademoiselle Sclapp, l'organiste. Ô Dieu, quelle mauvaise idée j'ai eue!
—Cela ne t'empêchera pas d'être boiteux, dit M. Goulden; seulement tu voulais tromper le conseil, et ce n'est pas honnête? Mais voici neuf heures et demi qui sonnent: Werner est venu me prévenir hier que tu passerais à dix heures... Ainsi, dépêche-toi.»
Il me faut donc partir en cet état; le feu du vinaigre me sortait des joues. Lorsque je rencontrai la tante et Catherine, qui m'attendaient sous la voûte de la mairie, elles me reconnurent à peine.
«Comme tu as l'air content et l'air réjoui!» me dit la tante Grédel.
En entendant cela, j'aurais eu bien sûr une faiblesse, si le vinaigre ne m'avait pas soutenu malgré moi. Je montai l'escalier dans un trouble extraordinaire, sans pouvoir remuer la langue pour répondre, tant j'éprouvais d'horreur contre ma bêtise.
En haut, déjà plus de vingt-cinq conscrits, qui se prétendaient infirmes, étaient reçus, et plus de vingt-cinq autres, assis sur un banc contre le mur, regardaient à terre, les joues pendantes, en attendant leur tour.
Le vieux gendarme Kelz, avec son grand chapeau à cornes, se promenait de long en large; dès qu'il me vit, il s'arrêta comme émerveillé, puis il s'écria:
«À la bonne heure! à la bonne heure! au moins en voilà un qui n'est pas fâché de partir: l'amour de la gloire éclate dans ses yeux.»
Et me posant la main sur l'épaule:
«C'est bien, Joseph, fit-il, je te prédis qu'à la fin de la campagne, tu seras caporal.
—Mais je suis boiteux! m'écriai-je tout indigné.
—Boiteux! dit Kelz en clignant de l'œil et souriant, boiteux! C'est égal, avec une mine pareille on fait toujours son chemin.»
Il avait à peine fini son discours, que la salle du conseil de révision s'ouvrit et que l'autre gendarme, Werner, se penchant à la porte, cria d'une voix rude:
«Joseph Bertha!»
J'entrai, boitant le plus que je pouvais, et Werner referma la porte. Les maires du canton étaient assis sur des chaises en demi-cercle, M. le sous-préfet et M. le maire de Phalsbourg au milieu dans des fauteuils, et le secrétaire Frélig, à sa table. Un conscrit du Harberg se rhabillait; le gendarme Descarmes l'aidait à mettre ses bretelles. Ce conscrit, ayant ses grands cheveux bruns pendant sur les yeux, le cou nu et la bouche ouverte pour soupirer, avait l'air d'un homme qu'on va pendre. Deux médecins, M. le chirurgien-major de l'hôpital, avec un autre en uniforme, causaient au milieu de la salle. Ils se retournèrent en me disant:
«Déshabillez-vous.»
Et je me déshabillai jusqu'à la chemise, que Werner m'ôta. Les autres me regardaient.
M. le sous-préfet dit:
«Voilà un garçon plein de santé.»
Ces mots me mirent en colère; malgré cela, je répondis honnêtement:
«Mais je suis boiteux, monsieur le sous-préfet.»
Les chirurgiens me regardèrent, et celui de l'hôpital, à qui M. le commandant de place avait sans doute parlé de moi, dit:
«La jambe gauche est un peu courte.
—Bah! fit l'autre, elle est solide.
Puis, me posant la main sur la poitrine:
«La conformation est bonne, dit-il; toussez.»
Je toussai le moins fort que je pus; mais il trouva tout de même que j'avais un bon timbre, et dit encore:
«Regardez ces couleurs; voilà ce qui s'appelle un beau sang.»
Alors moi, voyant qu'on allait me prendre si je ne disais rien, je répondis:
«J'ai bu du vinaigre.
—Ah! fit-il, ça prouve que vous avez un bon estomac, puisque vous aimez le vinaigre.
—Mais je suis boiteux! m'écriai-je tout désolé.
—Bah! ne vous chagrinez pas, reprit cet homme; votre jambe est solide, j'en réponds.
—Tout cela, dit alors M. le maire, n'empêche pas ce jeune homme de boiter depuis sa naissance; c'est un fait connu de Phalsbourg.
—Sans doute, fit aussitôt le médecin de l'hôpital, la jambe gauche est trop courte; c'est un cas d'exemption.
—Oui, reprit M. le maire, je suis sûr que ce garçon-là ne pourrait pas supporter une longue marche; il resterait en route à la deuxième étape.»
Le premier médecin ne disait plus rien.
Je me croyais déjà sauvé de la guerre, quand M. le sous-préfet me demanda:
«Vous êtes bien Joseph Bertha?
—Oui, monsieur le sous-préfet, répondis-je.
—Eh bien, messieurs, dit-il en sortant une lettre de son portefeuille; écoutez!»
Il se mit à lire cette lettre, dans laquelle on racontait que, six mois avant, j'avais parié d'aller à Saverne, et d'en revenir plus vite que Pinacle; que nous avions fait ce chemin ensemble en moins de trois heures, et que j'avais gagné.
C'était malheureusement vrai! ce gueux de Pinacle m'appelait toujours boiteux, et dans ma colère, j'avais parié contre lui. Tout le monde le savait, je ne pouvais donc pas soutenir le contraire.
Comme je restais confondu, le premier chirurgien me dit:
«Voilà qui tranche la question; rhabillez-vous.»
Et, se tournant vers le secrétaire, il s'écria:
«Bon pour le service!»
Je me rhabillai dans un désespoir épouvantable.
Werner en appela un autre. Je ne faisais plus attention à rien... Quelqu'un m'aidait à passer les manches de mon habit. Tout à coup je fus sur l'escalier; et comme Catherine me demandait ce qui s'était passé, je poussai un sanglot terrible; je serais tombé du haut en bas, si la tante Grédel ne m'avait pas soutenu.
Nous sortîmes par derrière et nous traversâmes la petite place; je pleurais comme un enfant et Catherine aussi. Sous la halle, dans l'ombre, nous nous arrêtâmes en nous embrassant.
La tante Grédel criait:
«Ah! les brigands!... ils enlèvent maintenant jusqu'aux boiteux... jusqu'aux infirmes! Il leur faut tout! Qu'ils viennent donc aussi nous prendre!»
Les gens se réunissaient, et le boucher Sépel, qui découpait là sa viande sur l'étal, dit:
«Mère Grédel, au nom du ciel, taisez-vous... On serait capable de vous mettre en prison.
—Eh bien qu'on m'y mette, s'écria-t-elle, qu'on me massacre; je dis que les hommes sont des lâches de permettre ces horreurs!»
Mais le sergent de ville s'étant approché, nous repartîmes ensemble en pleurant. Nous tournâmes le coin du café Hemmerlé, et nous entrâmes chez nous. Les gens nous regardaient de leurs fenêtres et se disaient: «En voilà encore un qui part!»
M. Goulden, sachant que la tante Grédel et Catherine viendraient dîner avec nous le jour de la révision, avait fait apporter du Mouton-d'Or une oie farcie et deux bouteilles de bon vin d'Alsace. Il était convaincu que j'allais être réformé tout de suite; aussi quelle ne fut pas sa surprise de nous voir entrer ensemble dans une désolation pareille.
«Qu'est-ce que c'est?» dit-il en relevant son bonnet de soie sur son front chauve, et nous regardant les yeux écarquillés.
Je n'avais pas la force de lui répondre; je me jetai dans le fauteuil en fondant en larmes; Catherine s'assit près de moi, le bras autour de mon cou, et nos sanglots redoublèrent.
La tante Grédel dit:
—Ce n'est pas possible! fit M. Goulden, dont les bras tombèrent.
—Oui, c'est tout ce qu'on peut voir de pire, dit la tante; ça montre bien la scélératesse de ces gens.»
Et s'animant de plus en plus, elle criait:
«Il ne viendra donc plus de révolution! Ces bandits seront donc toujours les maîtres!
—Voyons, voyons, mère Grédel, calmez-vous, disait M. Goulden. Au nom du ciel, ne criez pas si haut. Joseph, raconte-nous raisonnablement les choses; ils se sont trompés... ce ne peut être autrement... M. le maire et le médecin de l'hôpital n'ont donc rien dit?»
Je racontai en gémissant l'histoire de la lettre; et la tante Grédel, qui ne savait rien de cela, se mit à crier en levant les poings:
«Ah! le brigand! Dieu veuille qu'il entre une fois chez nous! je lui fends la tête avec la hachette.»
M. Goulden était consterné.
«Comment! tu n'as pas crié que c'était faux! dit-il; c'est donc vrai cette histoire?»
Et comme je baissais la tête sans répondre, joignant les mains il ajouta:
«Ah! la jeunesse, la jeunesse, cela ne pense à rien... Quelle imprudence... quelle imprudence!»
Il se promenait autour de la chambre; puis il s'assit pour essuyer ses lunettes, et la tante Grédel dit:
«Oui! mais ils ne l'auront pas tout de même; leurs méchancetés ne serviront à rien: ce soir, Joseph sera déjà dans la montagne, en route pour la Suisse.»
M. Goulden, en entendant cela, devint grave; il fronça le sourcil et répondit au bout d'un instant:
«C'est un malheur... un grand malheur... car Joseph est réellement boiteux... on le reconnaîtra plus tard: il ne pourra pas marcher deux jours sans rester en arrière et sans tomber malade. Mais vous avez tort, mère Grédel, de parler comme vous faites et de lui donner un mauvais conseil.
—Un mauvais conseil! dit-elle; vous êtes donc aussi pour faire massacrer les gens, vous?
—Non, répondit-il, je n'aime pas les guerres, surtout celles où des cent mille hommes perdent la vie pour la gloire d'un seul. Mais ces guerres-là sont finies; ce n'est plus pour gagner de la gloire et des royaumes qu'on lève des soldats.»