Mars 1842.

Les bals de l’Opéra.—Une rupture.—M. Thiers et les Guêpes.—Le bal du duc d’Orléans.—Plusieurs adultères.—Grosse scélérate.—Une gamine.—Sur quelques Nisards (suite).—Les capacités.—M. Ducos.—M. Pelletier-Dulas.—A. M. Guizot.—L’acarus du pouvoir.—Grattez-vous.—M. Ballanche.—M. de Vigny.—M. Vatout.—M. Patin.—Le droit de visite.—M. de Salvandy et M. de Lamartine.—Les chaises du jardin des Tuileries.—Une prompte fuite à Waterloo.—Le capitaine Bonardin.—M. Gannal au beurre d’anchois.—A. M. E. de Girardin.—M. Dumas.—M. Ballanche.—M. Pasquier.—M. Dubignac.

Les bals de l’Opéra ont fini par se moraliser, et cela d’une singulière manière;—ils sont arrivés à un point de sans-façon tel, qu’une femme comme il faut ne peut plus trouver aucun prétexte pour s’y faire conduire.

C’est du reste une époque qui sert de raison à bien des brouilles.—Nous avons parlé l’année dernière d’une femme qui avait chassé son amant pendant le carême, et en avait repris un autre pour obéir à cet usage populaire qui veut qu’on ait quelque chose de neuf à Pâques.—Cette année, madame *** a écrit au sien, qu’elle soupçonnait d’une infidélité:

«Certainement ce n’est pas contre vous que je suis irritée, mais bien contre celle qui a accepté votre hommage: vous n’avez ni figure ni esprit, et la femme qui vous prend pour amant ne peut avoir eu pour but que de me contrarier.»

M. THIERS ET LES GUÊPES.—Le dernier numéro des Guêpes a paru le 1er février; le 5 du même mois, M. Thiers portait au bal de M. le duc d’Orléans l’habit de membre de l’Institut,—absolument comme le général Bonaparte à son retour d’Égypte. On ne saurait mieux ni plus vite profiter d’un bon avis.

Tous les morceaux de papier imprimé ont donné, sous le bon plaisir de leurs imprimeurs respectifs, des détails plus ou moins circonstanciés, plus ou moins apocryphes, sur le bal des Tuileries;—l’ensemble était riche et piquant;—on a critiqué avec raison le quadrille des bergères;—toutes les bergères étaient vêtues en rose et tous les bergers en bleu, je crois. Il eût été bien plus vrai et bien plus charmant de donner à chaque couple une couleur particulière,—ainsi qu’on le voit dans les bons Vatteau. Chaque bergère doit avoir son berger vêtu de sa couleur.—Il aurait dû y avoir un couple rose, un autre tourterelle, un autre gris-de-la-reine, etc., etc.

M. Hugo avait le costume de membre de l’Institut,—habit aussi glorieux pour les combats qu’il a livrés pour l’obtenir que par la grandeur de la chose elle-même,—habit qui faisait allusion à la peau du lion dont se couvrait Alcide;—il causait fort galamment avec la belle madame de ***, il se livrait aux madrigaux et aux concettis les plus rocailles.

—Vraiment, lui dit madame de ***, votre esprit complète pour moi l’illusion, il semble que nous soyons à une des belles nuits de Versailles.

—Madame, répondit l’académicien, il me manque pour cela bien des choses:—tenez, par exemple,—un costume d’abbé,—la poudre, le petit collet, le rabat et une rose à la main.

QUE LE VRAI N’EST PRESQUE JAMAIS VRAISEMBLABLE.—Quand un pauvre romancier veut mettre en scène une femme adultère, il se creuse la cervelle pour orner de fleurs,—adoucir et rendre insensible la pente qui conduit une femme, une épouse, une mère, du milieu des vertus domestiques—à l’oubli de tous ses devoirs.

Le vrai, le réel, ne se donnent pas tant de peine;—il semble que la plupart des femmes qui trompent leur mari ne sont nullement abusées, aveuglées, etc., etc.;—qu’elles trahissent la foi conjugale, tout simplement parce qu’il leur plaît de trahir la foi conjugale;—car les amants que la vengeance des maris produit au grand jour de la police correctionnelle ne paraissent d’ordinaire, ni par les agréments de leur personne, ni par l’astuce de leurs moyens, justifier ni même expliquer ce qu’on appelle un entraînement.

Il y a dans un adultère beaucoup plus de haine contre le mari que d’amour pour l’amant,—qui n’est, le plus souvent, qu’un élément désagréable, mais malheureusement nécessaire d’un crime qu’on est décidé à commettre.

Quelques procès récents viennent à l’appui de ce que nous avançons.

Le jeune Charles *** est traîné devant les juges par un époux justement irrité;—ledit époux a des preuves accablantes,—il a trouvé la correspondance.

(Les amoureux sont comme les conspirateurs, ils se donnent une peine incroyable pour fabriquer des preuves contre eux. Dans tous les procès en adultère,—on trouve des correspondances. Dernièrement, M. D***, ancien notaire, qui, surprenant sa femme en flagrant délit, s’est contenté de faire signer au docteur R..., son complice, une lettre de change de soixante mille francs,—avait découvert la correspondance,—où?—sur le parquet de son salon.)

Dans l’affaire du jeune Charles ***, le ministère public s’est élevé avec force contre le séducteur qui, par des manœuvres coupables, un art perfide, avait détourné de ses devoirs les plus sacrés une femme jusque-là pure et innocente:—à l’appui de sa vertueuse indignation, il lisait une lettre où on remarquait ce passage:

«Penses-tu un peu à moi? Combien fais-tu de toilettes par jour? Mais écris-moi donc tout cela, GROSSE SCÉLÉRATE.»

En effet, comme dit M. le procureur du roi, résistez donc à cela;—on comprend qu’une mère de famille, une femme honnête et distinguée, risque tout et perde tout—pour recevoir de semblables lettres.

Nous appelons sur ce sujet l’attention des femmes adultères ou sur le point de le devenir.—Certes, pour un semblable usage,—pour s’entendre appeler grosse scélérate, un mari est bien suffisant, et on peut se dispenser de prendre un amant.

Voici un autre exemple que nous tirons des mœurs de magasin:

Un marchand aime la femme d’un autre marchand, son voisin, le sieur D***.

Une première fois, M. D*** surprend une correspondance coupable,—il pardonne.

Mais, une seconde fois, il s’irrite, fait incarcérer sa femme et son complice, et demande judiciairement à ce dernier quarante mille francs de dommages-intérêts, somme à laquelle il évalue les avaries et dégâts causés dans son honneur.—Débat devant la... je ne sais combienme chambre,—comme d’usage, M. D*** produit les lettres.

Une de ces lettres, que nous allons citer textuellement,—est écrite par le marchand amoureux à l’objet criminel de sa flamme adultère,—tout simplement sur une de ses factures, laquelle porte au tiers de la page son nom, sa profession, son adresse.

N*** TIENT MAGASIN ET ASSORTIMENT
DE COUVERTURES
de laines de toutes qualités,
MÉRINOS, SOLOGNE et AUTRES;
Il remet les vieilles à neuf,
Rue ***, nº ***, Paris.

N. B. Autrefois les amoureux appelaient leur maîtresse leur dame ou leur souveraine,—et s’intitulaient leur chevalier ou leur esclave.

M. N*** appelle celle qu’il aime sa gamine, et se donne à lui-même le titre de gamin.—Mais quels sont les amoureux qui seraient charmés de voir imprimés les jolis noms qu’ils ont donnés et reçus?

L’individu, c’est le mari.

Voici la lettre.

«A ma meilleure amie, mon ange idolâtré du plus sincère des amis jusqu’au tombeau, plutôt mourir que de vivre sans Éléonore. Jurement indissoluble, ton gamin ne peut vivre plus longtemps sans te voir; je suis bani de ta maison. J’ai reçu une lettre de l’individu. Je lui ai répondu. Mais, comme je mettais bien des civilités respectueuses pour toi, il n’aura pas manqué de déchirer la lettre en fronsant le sourcil. Ah! ma pauvre gamine, supportent avec courage tes

N*** TIENT MAGASIN ET ASSORTIMENT
DE COUVERTURES
de laines de toutes qualités,
MÉRINOS, SOLOGNE et AUTRES;
Il remet les vieilles à neuf,
Rue ***, nº ***, Paris.

maux, ayant devant nous un chemin qui nous conduira où nos cœurs haspirent. Ah! mon idole, quand tu entends monter des sabots, c’est dit, il n’y a pas moyen de presser la main de ma gamine sur mon cœur, car c’est les sabots de l’individu. Je redoulte l’individu. Tâche, lorsque je passerai et que je pourrai monter, de ne faire qu’un signe de tête en la baissant pour le oui, et en la tournant pour le non. Quand nous sommes ensemble, c’est tant de pris sur l’ennemi. Mais, comme dit le proverbe, un bon os tombe toujours à un mauvais chien. O bonne amie! nos cœurs ne demandent qu’à prendre leur volé, il y a des hommes comme le tient, par exemple, qui regardent leur femme comme leur pissalé.

«Adieu, chère trésore, reçois les serment inextinguibles à la vie à la mort de ton ami. J’ai tant lu et baisé ma lettre, qu’elle est salle. Reçois-la avec ton indulgence et ta bonté accoutumez. Vaincre ou mourir!»

SUR QUELQUES NISARDS[C] (suite).—Voici une note qui a paru ces jours-ci dans les journaux:

«M. CHARLES Nisard, auteur des traductions de, etc., etc., et particulièrement des discours de Cicéron qu’il a épurés d’après une méthode nouvelle, vient de traduire en dernier, et a eu l’honneur de présenter à S. A. R. le duc d’Aumale, les Histoires philippiques de Justin. Son Altesse Royale a bien voulu encourager le traducteur dans l’étude de ces écrivains sérieux qui seront toujours les éternels modèles de tous les littérateurs.»

Il faut savoir gré au jeune prince, qui, ayant sans doute remarqué que M. Désiré Nisard et M. Auguste Nisard se sont donné la mission de dépecer les vivants, a pensé à garantir les contemporains de ce troisième Nisard, et tâché de l’amener par des gracieusetés à se contenter d’écorcher les morts; mais les critiques sont comme les médecins, leur travail sur le cadavre n’est qu’une étude préparatoire.

SUR LES CAPACITÉS.—M. Ducos a présenté à la Chambre une proposition ayant pour but d’admettre les capacités dans son sein.

Les discours qui ont été prononcés en faveur de la proposition ne pouvaient être agréables à la Chambre;—en effet, ils peuvent tous se résumer par cette phrase:

«Il est temps d’appeler l’intelligence au pouvoir. Je demande à MM. les députés qu’ils reconnaissent et certifient par un vote solennel, que le système électoral actuel n’envoie à la Chambre que des buses et des oisons.»

Le plus grand nombre des députés a refusé de faire cette profession de foi humiliante.

Je dois dire à mes lecteurs ce que ce serait que l’adjonction des capacités.

Au premier abord et en théorie, il n’y a pas un seul argument raisonnable contre cette proposition: appeler au pouvoir les hommes d’intelligence! Qui osera faire une objection? Il faudra seulement, pour l’honneur de la France,—faire un carton au Moniteur,—antidater et intercaler cette loi pour la mettre au premier jour du gouvernement représentatif,—afin que la postérité ne croie pas que la France a hésité vingt-cinq ans sur ce sujet; je dirai plus,—toujours en théorie et au premier abord,—ce n’est pas assez d’admettre le sens à partager les honneurs du cens,—il faut se dépêcher de substituer entièrement le premier au second.

Quelles seront vos bases pour reconnaître l’intelligence et la capacité? Quels seront les juges et les électeurs? Pourrez-vous garder encore pour électeurs des gens qui ne seront pas éligibles? Puisque tout homme intelligent et capable sera éligible, les électeurs, c’est-à-dire ceux qui ne seront ni capables ni intelligents, seront des juges médiocres pour apprécier l’intelligence et la capacité des autres. Il faudra abolir l’élection de bas en haut.

Si vous lui substituez l’élection de haut en bas,—quels seront alors les juges? C’est un sentier qui vous conduit à l’arbitraire ou gouvernement absolu et nullement représentatif.

On peut prouver qu’on paye le cens d’éligibilité;—mais il est difficile de prouver sans réplique qu’on est un homme capable.

Vous pouvez dire à un homme: «Monsieur, vous ne payez pas cinq cents francs de contributions.»

Ou bien, comme on a dit dans le temps à M. Pelletier-Dulas: «Monsieur, il s’en faut de trente-quatre sous que vous payiez le cens.»

Et M. Lepelletier ou Pelletier-Dulas s’en est retourné avec ses pareils,—c’est-à-dire avec ceux qui payent trente-quatre sous de moins que M. Ganneron.

Et, s’il a tenu à faire des discours,—il n’a eu d’autres ressources,—ainsi que je le lui ai conseillé dans le temps,—que de se faire philanthrope,—agronome, membre d’une Académie pour l’éducation des vers à soie, ou du comité des prisons, etc.,—toutes ces choses qui, sous divers prétextes, n’ont qu’un seul et même but, qui est de monter sur quelque chose et de faire des discours sur n’importe quoi!

Mais prenez dans l’intelligence de M. Ganneron une fraction équivalente à trente-quatre sous dans le cens d’éligibilité, et osez dire à M. Pelletier-Dulas: «Monsieur, vous êtes moins intelligent de cela que M. Ganneron.»

Qui est-ce qui se chargera de cette commission?—Ce n’est pas moi,—car le M. Pelletier-Dulas, auquel on adresserait ce compliment, pourrait le trouver mauvais et me faire un mauvais parti.

Voulez-vous seulement (et c’était ce qu’on demandait) admettre les capacités et l’intelligence parmi les électeurs? Quel sera le rôle des éligibles? Dans quelle position secondaire les placez-vous? L’intelligence par votre vote sera déclarée valoir deux cents francs,—mais pas un sou de plus.

Et puis encore le même inconvénient: comment dresserez-vous vos listes?

Quand on dit à un commis: «Monsieur, d’où vient que je ne suis pas sur la liste électorale?» il vous répond: «Monsieur, c’est que vous ne payez pas le cens.»

Vous n’avez pas le moindre prétexte de vous fâcher,—et d’ailleurs, vous avez, pour consolation, des phrases toutes faites contre l’argent et les richesses,—et vous dites: «J.-J. Rousseau n’aurait pas été électeur,—je suis comme J.-J. Rousseau.»

Mais, si vous admettez le sens au lieu du cens, ou si vous admettez l’un avec l’autre, la chose change de face.

Le commis vous répond d’abord: «Monsieur, c’est que vous ne payez pas le cens.»

Vous répliquez: «Parbleu, monsieur,—mais ce n’est pas à ce titre.

—Monsieur, répond alors le commis, c’est que...»

De quelque euphémisme que s’avise le commis pour dire: «Vous n’êtes pas électeur,» il est impossible qu’on ne lui réponde pas: «Imbécile vous-même,» car sa réponse négative ne veut pas dire autre chose.

Et, c’est alors que vous verriez bien d’autres réclamations encore dans les journaux.

C’est alors qu’on lirait:—«Notre grand Aristide Bachault n’a pas été inscrit sur les listes électorales,—c’est ainsi que les gens qui nous gouvernent répudient toutes nos gloires! etc., etc.»

On constate facilement qu’un homme a cessé de payer le cens; mais comment constater d’une année à l’autre qu’il est devenu un peu plus bête, et comment surtout le lui faire comprendre et admettre?

«Mais, dit M. Ducos en m’interrompant, j’ai prévu toutes ces objections,—je fais représenter l’intelligence par la seconde liste du jury,—par les médecins, les avocats, etc., etc.»

Oh! oh! monsieur Ducos, les médecins! votre proposition est donc bien malade! les avocats,—n’en avez-vous donc pas assez à la Chambre, bon Dieu! et qu’en voulez-vous faire? ou plutôt, que voulez-vous qu’ils fassent de vous et de nous?

M. Ducos ne fait pas semblant d’entendre ce lazzi d’un goût médiocre, et il continue:

«Les citoyens qui ont assez de lumières pour décider, comme jurés, de la vie, de la fortune et de l’honneur de leurs compatriotes, n’en ont-ils pas assez?.....»

Pardon, monsieur Ducos, et qui vous dit qu’ils en ont assez pour décider de l’honneur et de la vie de leurs compatriotes?

Et d’ailleurs, l’intelligence, reconnue seulement dans certaines professions, n’est-ce pas encore un mensonge, et un faux semblant, et un privilége absurde?

Prenez garde à votre édifice de gouvernement représentatif; il est,—comme disent les maçons, soufflé;—n’y mettez pas trop la truelle pour le réparer, parce qu’il tombera sur vous.

Les institutions politiques sont comme les vieux chênes,—elles se creusent au dedans, et il vient un moment où elles ont encore la forme, l’écorce et l’apparence, un moment où elles sont debout,—et où il ne faut pas grand’chose pour les abattre.

Si vous vouliez appeler réellement l’intelligence au pouvoir,—il ne faudrait pas seulement que les hommes intelligents fussent électeurs, il faudrait qu’ils fussent éligibles, et qu’ils le fussent seuls.—Je viens de vous dire ce que vous auriez d’impossibilités dans l’application.

A. M. GUIZOT.—M. Guizot a dit dans le débat relatif à la proposition Ducos: «Ce n’est pas un besoin réel du pays de se mêler ainsi aux affaires publiques, c’est une certaine démangeaison, une maladie de la peau.» L’histoire naturelle devra à M. Guizot la découverte de l’acarus de l’ambition,—qu’elle rangera à la suite de l’acarus de la gale.

M. de Lamartine, qui soutenait l’adjonction des capacités, parce qu’en effet il n’y a pas, en théorie, d’objection possible,—a trouvé peu parlementaire cette façon de dire à ses adversaires: Vous êtes des galeux, grattez-vous les uns les autres et laissez-nous tranquilles;» et il a dit en parlant de M. Guizot: «Je ne répéterai pas l’expression dont s’est servi M. le ministre.»

Je répondrai, moi, à M. Guizot: «Monsieur, vous avez parfaitement raison, c’est une démangeaison qu’ont aujourd’hui toutes les classes de la société;—mais vous l’avez eue aussi cette démangeaison, et vous vous êtes fait gratter par ces mêmes gens qui veulent que vous les grattiez aujourd’hui qu’ils ont gagné votre acarus en vous grattant.»

Sérieusement,—si les gens ont cette démangeaison, c’est vous autres, aujourd’hui au pouvoir, qui la leur avez donnée en les chatouillant pendant quinze ans.

L’élection de M. Ballanche a présenté un singulier hasard; les candidats étaient M. Ballanche, M. de Vigny, M. Vatout, M. Patin. M. de Barante a tiré les noms de l’urne, et ils sortis dans l’ordre que voici:

Voici une affaire qui fait bien du bruit à la Chambre et dans les journaux, et qui me paraît la plus simple du monde.

Il s’agit du droit mutuel que s’accorderaient la France et l’Angleterre,—pour les croiseurs des deux nations, de visiter les vaisseaux de l’une et de l’autre.

Cette convention a pour prétexte d’empêcher la traite des nègres.

1º On n’empêchera pas la traite tant qu’on n’aura pas aboli l’esclavage,—et ceci n’est pas une petite question,—si ce n’est pour les philanthropes qui ne voient aucune difficulté à affranchir les nègres des autres. Le prix des esclaves augmente au moins à proportion des risques.

2º Si la France ne fait pas la traite,—c’est qu’elle ne veut pas la faire;—elle n’a pas besoin que l’Angleterre l’aide à faire la police de ses vaisseaux.

3º Permettre la visite, c’est admettre que la France ne fait pas la traite parce que l’Angleterre ne le veut pas.

4º Ce serait tout simplement une lâcheté.

On lit dans les journaux:

«Le ministre de la marine a alloué aux auteurs de divers faits de sauvetage, des gratifications montant, en totalité! à neuf cents francs.

Le pouvoir ne veut pas ôter à la vertu et au courage le mérite du désintéressement.

La totalité de ces récompenses serait loin de satisfaire la plus modérée des corruptions pendant trois mois.

Notre âge aura dans l’histoire un éclat tout particulier. A toutes les époques on a dit et fait des sottises;—mais le temps et l’oubli en effaçaient le plus grand nombre. Aujourd’hui, on écrit, on imprime, on enregistre tout, et ceux qui viendront après nous nous prendront pour une génération d’insensés.

L’ambassade de M. de Salvandy a duré une semaine; à son retour, il parut à la Chambre.—La première personne qu’il rencontra fut M. de Lamartine. M. de Lamartine va à lui: «Ah! vous voilà, mon cher Salvandy! comment allez-vous?»

M. de Salvandy s’apprête à répondre agréablement. M. de Lamartine, qui est la politesse et l’aménité même, l’interrompt cependant et lui dit d’un air distrait: «Eh bien! avez-vous fait un bon voyage... physiquement

Physiquement voulait si bien dire: Bien entendu, qu’en homme bien élevé je ne vous parle pas de votre voyage sous le rapport politique,—que M. de Salvandy en fut un moment embarrassé; et M. de Lamartine, voyant son embarras,—était prêt d’en avoir plus que lui.

D’où venez-vous, Grimalkin, et dans quelle fleur déjà ouverte vous êtes-vous vautrée que vous m’arrivez toute jaune de pollen?

Il n’y a au jardin que des primevères,—des violettes et des perce-neige, et le colicothus.

Ah! je devine;—j’ai vu en me promenant tout à l’heure les noisetiers qui sont déjà couverts de leurs fleurs mâles et femelles;—les fleurs femelles sont un petit pinceau du plus beau pourpre, les fleurs mâles semblent des chenilles couvertes d’une poussière jaune.—Vous venez des coudriers.—Pourquoi paraissez-vous si pressée?

—Maître,—dit Grimalkin,—c’est que j’ai quelque chose à dire sur les Tuileries.

Voici ce que m’a rapporté Grimalkin:

«Le jardin des Tuileries est un jardin royal; comment se fait-il qu’on y paye les chaises; ne serait-il pas convenable qu’on pût s’y asseoir gratuitement?—Est-il royal de donner à bail,—à des vieilles femmes à châles bruns,—les chaises du jardin des Tuileries,—et le roi doit-il tirer un bénéfice des gens qu’il laisse entrer chez lui?

«Les bancs de pierre et de bois,—qui du reste sont fort rares,—ne sont occupés que par les bonnes d’enfants,—parce que s’asseoir sur un banc gratuit,—quand il y a des chaises qui se payent,—c’est avouer qu’on n’a pas deux sous ou qu’on les destine à un autre usage.»

—Grimalkin,—vous avez raison;—retournez à vos noisetiers.

On m’écrit: «Monsieur, je vois, dans vos Guêpes du mois dernier, que le duc d’Orléans n’a remis que deux cents francs pour être partagés entre les veuves des malheureux Layec et Hervé, victimes de leur noble dévouement lors du naufrage dans la Méditerranée du brick la Picardie.—Ajoutez, monsieur, que le roi a envoyé quatre mille cinq cents francs.»

Allons, allons,—cela me rend un peu plus indulgent pour les chaises du jardin des Tuileries.—Néanmoins, mon observation subsiste.

A la bataille de Waterloo, vers la fin de la journée, un régiment français fut forcé de mettre bas les armes. Un officier, nommé Bonnardin, fut comme les autres emmené au bivac,—ou plutôt emporté, car il était grièvement blessé et évanoui.—En reprenant ses sens, il se trouva comme de raison complètement dépouillé; mais ce qui le mit au désespoir, ce fut de voir qu’une croix, qui lui avait été donnée par l’empereur à Wagram, était devenue la proie des lanciers anglais.—Il s’adressa à un officier, et le supplia, les larmes aux yeux, de la lui faire restituer. L’officier prit son nom et lui donna sa parole de gentilhomme qu’il ferait toutes les recherches nécessaires.

Le pauvre Bonnardin alla comme tant d’autres souffrir sur les pontons; puis, à la paix, il rentra en France.—Mais, quoiqu’il n’eût plus que quelques années de service à faire pour obtenir sa retraite, il refusa de prendre du service sous les Bourbons.

Lorsqu’en 1830—il revit le drapeau tricolore, il pensa à gagner sa retraite;—quelques affaires, un voyage, une maladie, retardèrent ce projet de plusieurs années; enfin, il y a un an,—il entra comme capitaine dans un régiment (le 41e, je crois). Il n’y avait que peu de temps qu’il avait repris son ancien métier, lorsqu’il reçut de Londres une lettre ainsi conçue:

«Monsieur, il y a vingt-trois ans que j’achète tous les ans et que je lis avec la plus complète attention l’Annuaire militaire de France—pour y découvrir le nom de Bonnardin.—Êtes-vous le Bonnardin auquel un officier anglais fit une promesse solennelle après la bataille de Waterloo? Si c’est vous, faites-le-moi savoir et donnez-m’en la preuve: il y a vingt-trois ans que je suis en mesure de remplir ma promesse;—si ce n’est pas vous, je me remettrai à lire l’Annuaire

Le bon capitaine répond en toute hâte, et quelques jours après reçoit par l’ambassade anglaise—le don regretté de l’empereur Napoléon.

LES SAVANTS SOUS LA HAUTE SURVEILLANCE DES GUÊPES.—En général, je ne suis pas partisan de l’embaumement mis à la portée de tout le monde.—Si l’on réfléchit que sur la surface de la terre il meurt un homme par seconde, c’est-à-dire à chaque battement de pouls; si l’on songe que cette terre, sur laquelle nous vivons, est tout entière formée de la poussière humaine,—il deviendrait vite difficile de savoir où mettre les morts,—ou du moins où mettre les vivants, qui, eux, ne sont pas embaumés.

A quoi a-t-il servi à cinq pharaons d’Égypte, un peu avariés, du musée Charles X, d’avoir été embaumés en leur temps?—Ils ont été jetés sur la place du Louvre à la révolution de 1830, et ensuite enterrés sous la colonne comme héros de Juillet.

Les enfants conserveraient leur père.—Très-bien.—Les petits-enfants conserveraient leur père et leur grand-père,—mais la troisième génération serait encombrée.—Les administrations des cimetières n’accepteraient pas les morts embaumés aux fosses communes,—parce que le temps pendant lequel ils doivent occuper la terre,—qui ne leur est que louée, est prévu;—le temps après lequel ils doivent avoir divisé leurs molécules entre les éléments entre en ligne de compte:—les cimetières seraient trop petits.

D’ailleurs, pour les idées pieuses attachées à la mort de ceux que l’on a aimés,—tant que le corps garde la forme, l’imagination ne voit qu’un cadavre sous la terre;—quand il n’en reste plus rien,—elle songe à une âme dans le ciel.

Aussi les anciens avaient-ils bien raison de brûler leurs morts.—Il n’y avait pas dans un sentiment pieux un mélange de dégoût dont on ne peut se défendre—pour un mort enterré.

Mais voici quelque chose de plus dangereux.—On lit dans un journal de Nantes, du 16 février:

»Jeudi dernier, 12 février, M. Cornillier a fait une expérience publique du procédé Gannal. MM. le commissaire général et le directeur des subsistances de la marine, le directeur et l’inspecteur des douanes, le sous-intendant militaire, plusieurs de MM. les membres de la chambre de commerce et M. Guépin, docteur-médecin, étaient présents.

«M. Cornillier leur a montré du mouton conservé depuis deux mois, qui avait l’aspect de viande fraîche.»

Je déclare qu’à compter de ce jour—je perds toute confiance à l’égard de la viande. A quelles côtelettes se fier, bon Dieu!—Un homme de trente ans ne sera pas assuré contre la chance de manger un bifteck plus âgé que lui,—ou recevra en héritage un pot-au-feu octogénaire et patrimonial,—resté de père en fils dans la famille;—les gigots seront des momies, et nous aurons, au lieu de côtelettes panées, des côtelettes empaillées.

Horace dit à Mécènes: «Nous boirons d’un vin mis en pot—le jour où le peuple salua par trois fois Mécènes, chevalier, à son entrée au théâtre.»

Dans vingt ans d’ici, un poëte de ceux qui tettent aujourd’hui, écrira, non pas à M. Mécènes,—les Mécènes aujourd’hui coûtent trop cher et minent les poëtes,—mais à un simple ami: «Viens manger des côtelettes d’un mouton tué le jour où M. Pasquier fut élu membre de l’Académie française.»

Je m’élève contre l’embaumement de la viande de la boucherie.—Les bœufs de Poissy ne doivent pas être traités comme le bœuf Apis, parce que celui-là on ne le mangeait pas. Et puis, à force d’embaumer et d’empailler tout le monde,—les pharaons, les doyens, les bourgeois, les moutons, les gardes nationaux,—il se mettra dans la boucherie une confusion fâcheuse.—Je ne veux pas être exposé à manger un jour, au café de Paris, M. Gannal au beurre d’anchois.

J’ai donné place de si bonne grâce aux réclamations, qu’on ne me saura pas mauvais gré d’en faire une moi-même,—et je l’adresse à M. Émile de Girardin, qui, j’en suis convaincu, aura la loyauté de la mettre dans la Presse,—autrement ce serait imiter ce prédicateur, qui, voulant réfuter les doctrines de Rousseau, adressait ses objections foudroyantes à son propre bonnet placé sur le bord de sa chaire,—sommait ledit bonnet de répondre;—et après quelques instants, disait: «Tu ne réponds pas, philosophe de Genève, donc tu es convaincu sur ce point.—Passons à un autre.»

«Monsieur, je lis dans un des derniers numéros de la Presse, après quelques lignes où il est question de moi:

«Si nous citons ici le nom de M. Alphonse Karr, c’est que, contrairement, cette fois, à son habitude, il a insisté avec plus d’esprit que de bon sens, dans plusieurs numéros des Guêpes, sur la nécessité d’obliger les auteurs à signer leurs articles, comme la meilleure base qu’on pût donner à une nouvelle loi sur la presse.»

«Je vous remercie d’abord, monsieur, d’avoir bien voulu mentionner mon opinion dans un article où vous passez en revue celle des publicistes les plus distingués,—même quand vous ne faites paraître la mienne que pour déclarer qu’elle n’a pas le sens commun.

»Je n’appellerais pas de ce jugement, monsieur, car je sais que, pour les hommes même les plus sincères, «il a tort,» veut dire «il ne pense pas comme moi;»—«il a raison» signifie «il est de mon avis;»—nous sommes les antipodes des Chinois comme ils sont les nôtres.

»Mais l’opinion que vous me prêtez n’est nullement exprimée dans les Guêpes;—voici le résumé de celle que j’y ai émise en diverses circonstances.

»J’ai dit aux hommes du pouvoir:

»Il n’y a pas de loi sur la presse qu’on ne puisse éluder et qu’on n’élude.—Chaque loi répressive est le barreau d’une cage; quelque serrés que soient les barreaux, il y a toujours un espace entre eux, et la pensée, plus mince et plus ténue que la vapeur, passe aisément entre deux.—Osez-vous supprimer la liberté de la presse? c’est-à-dire fermer la cage par un mur au lieu de la fermer par des barreaux; c’est un coup qui peut se jouer, mais l’enjeu en est cher,—et d’ailleurs, il ne faut pas oublier votre origine.—Quand on veut opposer une digue à un torrent, il faut la construire sur un terrain sec que les eaux n’ont pas encore envahi;—et vous, vous êtes le premier flot du torrent.

»Laissez-le passer libre;—il se divisera en une multitude de petits filets d’eau et de ruisseaux murmurants.

«Loin de là;—par vos lois fiscales,—par le timbre, par le cautionnement, vous mettez la presse aux mains des marchands, et vous créez pour elle des priviléges qui font sa puissance.—Vous vendez les verges cher, mais vous les vendez pour vous fouetter.—La presse libre,—chaque nuance, quelque bizarre qu’elle soit, aurait son organe—et son petit pavillon.—La presse, sous les lois fiscales, est obligée, pour vivre, de réunir douze ou quinze nuances sur un gros drapeau d’une couleur fausse.

»Vous lui donnez, malgré elle, l’unité qui vous tue et la fait vivre.

»Vous réunissez les ruisseaux en un lit profond entre des berges de lois,—et cela devient un torrent.

»Laissez la presse sans timbre, sans procès pendant un an, et elle sera morte ou réformée.»

«Voilà ce que je dis depuis trois ans dans les Guêpes, monsieur, je n’ai jamais donné l’obligation de signer les articles comme la meilleure base à une nouvelle loi sur la presse.

»J’en ai parlé comme d’un des moyens de la moraliser et de la réduire en même temps à son importance réelle—en lui ôtant le prisme des royautés anciennes dont on ne voyait jamais le visage,—et vous savez par quelles transitions,—du jour où les rois se sont laissé voir, on est arrivé, par une pente lente, mais continue, à les guillotiner ou à leur tirer des coups de fusil.

»Un article signé n’aura plus que l’influence qui lui est due, c’est-à-dire celle du raisonnement et de l’esprit.—Une opinion mise en avant ne sera plus l’opinion de la presse, mais l’opinion de monsieur un tel.—Un livre est amèrement déchiré,—dans un article anonyme,—le public dit: «La critique est défavorable à l’ouvrage,» et il passe condamnation.—Si l’article est signé, le public dit: «Ah! ah!—c’est ce monsieur,—un petit,—très-frisé.—Ah! très-bien!—c’est son idée à lui,—eh bien! je vais lire pour avoir la mienne.»

«Tout journaliste qui signe n’a plus de pouvoir que celui qu’il se donne par son talent et par son bon droit.—Ses opinions sont celles de monsieur un tel;—on les discute et on les repousse si elles ne sont pas bonnes.—Mais un article non signé,—c’est l’opinion de la presse,—du boulevard de nos droits, de la plus vivace de nos libertés.—(Dieu sait toutes les phrases emphatiques imaginées à ce sujet.)—On accepte l’opinion toute faite,—comme article de foi.

»D’ailleurs, pour un écrivain, signer un écrit politique ou littéraire, c’est dire:

Me me adsum qui feci.

»C’est moi,—me voilà,—ce que je vous reproche de faire, vous pouvez chercher si je l’ai fait.—Je loue tel homme, vous pouvez dire s’il m’a donné quelque chose,—j’attaque tel autre, dites s’il m’a refusé.

»Signer un article, c’est sortir des remparts d’où la presse tire depuis longtemps contre les autres pouvoirs combattant en rase campagne.

»C’est renoncer au bénéfice des cavernes sombres d’où elle exerce une inquisition si sévère dans les maisons de verre qu’elle a faites à tous ceux qui ne sont pas avec elle.

»Voilà mes raisons pour que les articles soient signés, monsieur, vous en avez donné de meilleures, vous prouvez qu’il est plus commode de ne pas signer.

»Au fond, monsieur, vous savez bien que l’autre parti est plus loyal, et vous signez les vôtres.

»Agréez, monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.

Alph. KARR.»

M. Alexandre Dumas, voyant que ce n’était pas encore son tour d’être de l’Académie, a dit en s’en retournant à Florence, où il demeure depuis quelque temps: «Je demande a être le quarantième,—mais il paraît qu’on veut me faire faire quarantaine.»

On a nommé,—comme nous l’avions annoncé à l’avance,—M. Pasquier et M. Ballanche.—Je me rends d’ordinaire peu volontiers complice des criailleries vulgaires;—mais, cette fois, je dois dire que je ne comprends pas l’étrange aplomb avec lequel l’Académie ouvre de si bonne grâce les bras d’un de ses fauteuils à un homme qui n’a jamais rien écrit; le pauvre M. Cuvillier-Fleury, obligé de faire, dans le Journal des Débats, l’éloge de M. Pasquier, s’est avisé de faire remonter sa gloire littéraire à Étienne Pasquier,—il ne nous dit pas qu’Étienne Pasquier, né à Paris en 1529, y est mort le 31 août 1615. Gloire, dit M. Cuvillier, discrettement cultivée par M. Pasquier le président.

La candidature de M. Pasquier a dû singulièrement encourager, sinon faire naître celle de M. Dubignac, qui a envoyé à chacun des membres de l’Institut les deux pièces authentiques et imprimées que voici:

«Monsieur, désireux d’avoir l’honneur de devenir membre de l’Académie française ou de l’Institut, et voulant vous épargner une visite de moins, que je regarde comme importune ou peu agréable, j’ai l’honneur de vous écrire et de vous adresser ci-joint l’analyse de mes ouvrages; daignez avoir la bonté de la lire, vous jugerez de leur utilité pour ma patrie; c’est pour éclairer votre religion et impartialité pour le choix d’un membre digne de l’Institut.

»Daignez agréer l’hommage de ma considération distinguée.

DUB.»

M. Dubignac, qui ne garde dans sa lettre que le tiers de l’anonyme, est agronome—comme M. Pasquier est président de la Chambre des pairs; ces deux positions, qui ont peu de rapports entre elles, au premier abord, en ont cependant un qui va jusqu’à la plus parfaite ressemblance, c’est leur égale et commune et complète absence de rapports avec l’Académie française.—M. Dubignac n’écrit pas bien, il serait naturel qu’on lui préférât un homme qui écrit mieux,—mais non un homme qui n’écrit pas. Voici les documents destinés à éclairer la religion et impartialité de MM. les trente-huit (qu’ils étaient alors);—j’élaguerai les passages les moins importants.

ANALYSE DE L’AGRONOME DUBIGNAC.—«Cet ouvrage se composera de deux volumes in-12.

»Son style est simple, tout naturel, à la portée de tout le monde, notamment des communes rurales, pour lesquelles il a été fait.

»Méthode pour la composition des différentes espèces de fumiers, engrais, terreaux, et les moyens de leur conservation d’un an à l’autre en étant meilleurs. C’est l’âme de toute ferme.

»Très-bonne méthode pour donner une excellente éducation aux chevaux, à qui il ne manquait que la parole; et notion sur la parfaite connaissance de leurs défauts, vices, comme de leurs bonnes qualités et de leurs âges, qu’on connaît jusqu’à dix ans.

»Notion sur la vraie et bonne position d’un jardin, sur sa fermeture, sa distribution, plantation; car, quoi de plus agréable qu’un joli jardin à la campagne; mais sa culture, d’un jardinier, talents, expérience, soin, travail, comme une surveillance de tout propriétaire.

»Notion très-étendue sur la vraie culture de tout légume, fèves, pois, nantilles, notamment des haricots à donner cent pour cent, comme sur la conservation de la plupart en verdure d’un an à l’autre.

»Notion sur la culture des pommes de terre, sur sa grande utilité pour les bestiaux et volailles, comme pour les hommes.

»Il en est de même du blé de Turquie, dont la culture est la même, qui également est d’une très-grande ressource pour les gens de la campagne, dont la nourriture est un régal pour eux.

»Notion sur le chanvre, denrée très-précieuse par sa grande utilité, dont le commerce en est très-grand,—ainsi que sa graine très-bonne pour la volaille, dont la farine est utilisée dans le commerce.

»Il en est de même du lin, dont la graine est très-précieuse pour l’espèce humaine; l’un et l’autre exigent que la terre soit bonne, bien amendée, bien préparée,

»Notion sur une excellente méthode pour conserver le blé au moins d’une année à l’autre, au moyen des appareils lithographiés joints à l’ouvrage, qui, une fois encaissé, ne donne aucuns soucis pour sa conservation.

»Notion sur la vigne et le vin, qui est une branche de commerce et d’industrie la plus étendue par sa grande utilité; nécessaire à l’homme pour la conservation de sa santé, préférable à tout, et lui procurant plaisir, jouissance, joie, gaieté.

»Excellente méthode pour avoir du beau fruit et améliorer l’espèce et qualité, comme d’en varier, multiplier les espèces sur le même arbre, et de préférence sur l’amandier, qu’on doit regarder comme la mère de tous les arbres fruitiers à noyaux.

»Grand nombre d’autres expériences curieuses; enfin, le joli tableau de la France et de sa belle capitale couronne le premier volume en disant:

«Qui mon Tableau de Paris lira,
Paris très-beau, tel qu’il est, trouvera
De la France admirable, son organisation,
De l’Europe digne de grande admiration.
Qui mon tableau lira connaîtra Paris.
Plus d’envie et désir n’aura de voir Paris,
Et, après l’avoir lu, l’on jugera
Si de le louer il ne mérite pas.

»Dans le second volume, deuxième édition, corrigée, augmentée, le Vrai Guide de la Santé, dédié à l’humanité, dont le but de l’auteur a été de faire connaître combien est grand le malheur de perdre la santé, si difficile à rétablir, et à, etc., etc.

»Résultat d’une expérience pratique pendant les dix-huit ans qu’il a été maire de sa commune, où il avait de grandes propriétés, dont tous les habitants le regardaient comme leur père et lui comme ses enfants.

»Amateur de la médecine, il s’occupait à en lire les meilleurs ouvrages sur le botanique, herborisant dans ses bois et champs, il se familiarisait avec les simples, dont il parvint à en connaître les propriétés; il était leur médecin, pharmacien, avocat, aussi n’y avait-il jamais de procès; il se faisait un vrai plaisir de leur donner des soins, et avait-il la bien grande jouissance de les soulager, et bien souvent la douce consolation de les guérir, et par des moyens consistant en infusions, en décoctions de quelques simples dont il connaissait les propriétés et vertus (les remèdes les plus simples sont souvent les meilleurs), des nombreuses maladies qui les affligeaient, plus exposés que les habitants des villes par leurs travaux ou par leurs imprudences.

»L’auteur, dans cet ouvrage, s’est regardé comme un vrai père de famille, aimant tous ses enfants, voulant, désirant leurs prospérités, bonheurs, félicité, et leur procurer cette chère santé sans laquelle on ne peut être heureux, et qui, à cet effet, l’a écrit et fait d’après la théorie-pratique la mieux suivie, et des expériences très-réfléchies et avec soin; aussi peut-on dire:

«De plus instructif, nul en sera des agronomes,
De plus utile, il serait de la campagne aux personnes;
Pour faire fortune, il faut bien travailler.
Pour bien travailler, il faut se bien porter,
Des vrais moyens l’un donne en travaillant,
De s’enrichir en peu de temps, travail faisant,
Et vous procurera bonheur, prospérité;
L’autre, de rétablir, conserver sa santé.
Vive, vive, l’agricuture
Et sa chère sœur la culture!
Vive, vive le commerce
En tout genre, de toute espèce!
Vive, vive l’industrie
De ma patrie c’est la vie!
Vive, vive cette chère santé,
Sans elle, bonheur ni félicité!

»S’adresser à l’auteur, passage de la Treille, 5, près l’église Saint-Germain-l’Auxerrois.»

Imprimerie de DUCESSOIS, quai des Augustins, 55.

M. Dubignac n’a pas été élu.