XVII

Vilhem à MMM.

«Tu m’aimes donc enfin, cher ange, tu m’aimes! et mon âme est remplie d’une joie que je n’ai jamais sentie, que je n’ai jamais soupçonnée. Que ce mot doit être doux, quand ta voix le prononce! Tu m’aimes, et moi aussi, je t’aime, moi aussi, je ne vis que par toi et pour toi. Mais quel est donc cet amour qui te laisse ainsi maîtresse de ta volonté et ne dépasse pas les limites que tu lui prescris! Quoi! c’est au moment où, par ce charmant aveu, tu me donnes de te voir, d’être auprès de toi, un désir qui me dévore, c’est à ce moment que tu prononces ce terrible arrêt: Nous ne nous verrons jamais!

»Comme tout m’est indifférent maintenant! comme le monde entier conjuré contre moi me trouverait dédaigneux et invulnérable! Tu m’aimes! Ah! comment as-tu si longtemps gardé dans ton cœur ce mot qui devait me rendre si heureux?

»Je suis maintenant à l’abri de tout. Que m’importent cette femme et ses actions? Je suis tout à toi; elle n’aura plus même le pouvoir de m’impatienter, je t’appartiens; je vis dans l’atmosphère dont m’entoure ton amour. Oh! que je voudrais retrancher de ma vie toutes ces inutiles années, tous ces jours perdus, que j’ai passés sans t’aimer, sans être aimé de toi! Mon Dieu! que la vie me semble courte, pour renfermer tant de félicité!

»Cher ange, votre volonté seule peut m’empêcher de tout quitter pour voler auprès de vous, là où est mon âme. Ni préjugés, ni convenances, ni sentiments, ni devoirs, rien ne m’arrêterait. Votre amour est mon seul bien, ma seule ambition. Oh! pourquoi me refusez-vous de vous voir, d’entendre une seule fois le son de votre voix? Et j’irai ensuite vous aimer au fond du désert le plus sauvage, j’emporterai du bonheur pour toute ma vie; vous ne savez pas quel supplice c’est de ne pouvoir jamais me représenter vos traits...

«Aimez-moi, ne m’abandonnez jamais. Je pouvais vivre sans vous, je m’ennuyais seulement, parce que mon cœur restait vide de toute la place qui vous appartenait; mais, maintenant, sans votre amour, je sens que je ne pourrais vivre; car votre amour est devenu ma vie tout entière.»