XI
LA FEMME DU PETIT RADOÏTZA.
Une blanche Vila du milieu de la forêt s'écrie: «Petit village, pourquoi es-tu si triste? pourquoi les danses ont-elles cessé?» Et une autre Vila lui répond: «Tais-toi, Vila, que ton gosier soit malade! Comment veux-tu qu'on soit gai, quand le petit Radoïtza est mort, celui qui conduisait les kolos? Il a laissé une épouse en deuil, il a laissé une jeune orpheline, bien jeune, de quarante jours, et il a recommandé l'enfant à sa femme: —Mon épouse, si tu ne veux être maudite, ne te remarie point de trois ans, jusqu'à ce que mon orpheline ait grandi.»
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Il ne s'était pas écoulé une semaine[1], que, la lune s'élevant au-dessus de la forêt, la femme de Radoïtza ainsi l'interrogea: «O lune, mon voyageur nocturne, toi qui passes au-dessus des villages et des cités, as-tu vu mon orpheline? Est-elle nue, ou a-t-elle des habits? a-t-elle les pieds nus, ou chaussés? a-t-elle faim, ou est-elle rassasiée? la baigne-t-on le matin à l'aurore? ne sort-elle pas de son doux somme, et ne tourne-t-elle pas les yeux vers sa mère, regardant par où elle va venir, venir lui donner ses douces mamelles?»— Et la lune à Hélène répond: «O petite Hélène, femme de Radoïtza, je passe au-dessus des villages et des cités, et j'ai vu ton orpheline: elle n'est pas nue, mais elle a des habits; elle n'a pas les pieds nus, mais chaussés, elle n'est pas affamée, mais rassasiée; et le matin à l'aurore on la baigne; elle ne sort pas du doux sommeil, pour tourner les yeux vers sa mère, pour regarder par où elle va venir, venir lui donner ses douces mamelles; mais elle est altérée de tes soins.» Quand Hélène ouït ces paroles, elle gémit de douleur, comme un serpent, et le chagrin lui brisa le cœur, morte elle tomba sur la terre noire.
[Note 1: Depuis que la veuve a été forcée par sa mère de revenir chez celle-ci, en abandonnant son enfant aux soins de ses belles-sœurs.—Je supprime trente et un vers, ou moins intéressants, ou qui se trouvent textuellement répétés dans la suite.]