PREMIER DISCOURS.
Justin est d'abord effrayé d'entendre une voix intérieure qui se lamente et gémit de n'avoir point de repos après soixante ans d'une vie enchaînée au travail par l'appât d'un profit misérable.—Qui es-tu, pleureuse?—Je suis ton ame.—Et moi, à ce compte, qui suis-je?—Avec moi, tu es Justin; sans moi, tu ne serais qu'un mort.—Ah! ma chère ame, reste avec moi, puisqu'il est ainsi.—Je le veux de grand cœur; mais fais attention de ne me point chasser.—Te chasser? Dieu m'en préserve!—En ce cas, sois sobre; vis honnêtement; ne t'échine pas comme tu fais, et laisse-moi un peu de repos; songe à moi plus que tu n'as fait jusqu'ici.—Je n'y manquerai pas, mon ame; mais toi, instruis-moi de ce qui convient pour que nous demeurions ensemble plus long-temps que n'a vécu Mathusalem.—Je t'en dirai davantage demain. Le jour se lève, adieu.—Quoi, tu me quittes? je vais donc mourir.—Non; n'aie pas peur; je t'aime autant que tu m'aimes, et je m'éloigne pour un petit, sans te quitter tout à fait.