XV
BATAILLE PERDUE
Les deux dames n'étaient pas encore bien revenues de leur stupeur, elles regardaient encore la Ramée avec une crainte superstitieuse lorsqu'il leur dit:
—Je vous parais une ombre, n'est-ce pas, mesdames?
Marie Touchet, la première, retrouva son sang-froid.
—Il faut avouer, dit-elle, monsieur, que si vous êtes bien une créature réelle et vivante, la façon dont vous vous êtes présenté annoncerait plutôt un fantôme.
—Voilà le véritable ennemi, murmura Henriette assez haut pour que la Ramée l'entendît.
Mais au lieu de répondre, il continua à s'adresser à Marie Touchet.
—Vous dites cela, madame, à cause de ma longue absence, de ma disparition.
—En effet, monsieur, on vous disait mort.
—J'aurais dû mourir si je n'eusse reçu en partage qu'une dose ordinaire de vitalité. Mais, ajouta-t-il avec un effrayant sourire, j'appartiens à la classe des êtres surnaturels. Tout ce qui suffirait à tuer un autre homme me régénère et me rajeunit; ne me trouvez-vous point rajeuni, madame?
Marie Touchet prenait peu de goût à ce badinage, et d'autres sujets de conversation, des sujets plus sérieux lui convenaient mieux en un tel moment. Mais, au fond de cette plaisanterie sarcastique, elle sentait l'inimitié, la menace, et de la part de la Ramée, une menace avait sa valeur.
—Oui, continua-t-il, je suis de fer, d'airain, je suis sinon invulnérable, du moins immortel. Et je m'en réjouis, exposé comme je l'ai été, comme je le serai encore à tant de catastrophes. Mes amis s'en réjouissent avec moi.
—Vous nous expliquerez bien un peu cette absence et cette résurrection, dit Marie Touchet en redressant d'un coup d'oeil Henriette abattue par l'inquiétude.
—Volontiers, madame. On vous aura dit que j'avais été jeté avec les mourants et les morts par une fenêtre de la Tour du Bois?
—On nous l'a dit, et votre silence nous avait confirmées dans cette triste conviction.
La Ramée se tut. Il regardait ou plutôt dévorait des yeux Henriette.
—J'avais, dit-il enfin, plusieurs motifs pour ne plus reparaître. Le premier de tous, celui-là eût pu suffire, c'était le soin de ma guérison. En tombant, je m'étais heurté la tête sur un pilotis à fleur d'eau, une affreuse blessure, mortelle pour tout autre. Pendant six mois j'ai été presque fou.
—Il en a gardé quelque chose, se dirent la mère et la fille du regard.
—Ensuite, lorsque je fus guéri, continua la Ramée, je ne m'appartenais plus. Je me devais à la généreuse qui m'avait couvert de sa protection.
—Ah! quelqu'un vous avait protégé! dit Marie Touchet.
—Vous ne supposez pas que je sois sorti seul de l'eau avec une tête fendue comme une grenade trop mûre, répliqua la Ramée brutalement. Certes oui, j'ai été protégé efficacement et grandement.
—Tout ce que vous dites, interrompit Marie Touchet, soulève en nous un intérêt profond. Vous savez combien nous avons d'amitié pour vous.
—Je le sais, dit la Ramée avec un étrange sourire, dont Henriette et sa mère furent visiblement embarrassées. Aussi n'ai-je donné au silence et à la retraite que le temps strictement nécessaire. Aussitôt qu'il m'a été permis de revenir à Paris j'y suis revenu.
—Vous revenez aujourd'hui?
—J'y suis venu plusieurs fois en secret déjà. Oh! sans que vous vous en doutassiez, je veillais sur vous.
—Comment, demanda Marie Touchet avec un vif sentiment d'orgueil froissé, vous veilliez?…
—Sans doute. N'est-il pas naturel de s'occuper des gens qu'on aime, des amis qu'on regrette?
—Vous n'eussiez rien risqué à vous montrer, monsieur la Ramée, dit la mère en se pinçant les lèvres. Vous nous eussiez empêchées de regarder comme mort un vivant, et cette amicale préoccupation que vous aviez à notre sujet, nous vous en eussions été reconnaissantes.
—Je ne pouvais, madame, dit sèchement la Ramée, et je ne devais pas me montrer.
—Votre protecteur se cache, peut-être?
—A peu près, madame; ou du moins sans se cacher on peut désirer de rester à l'écart. Madame la duchesse, vous le savez, n'est pas bien vue à la cour nouvelle.
—Quelle duchesse? demanda tranquillement Marie Touchet, qui savait bien, mais voulait paraître ignorer.
—Madame la duchesse de Montpensier, répondit la Ramée avec une certaine emphase, ma protectrice!
—Vous avez là une illustre protection, monsieur la Ramée.
—N'est-ce pas, madame? Illustre et dévouée. J'en attends de grands avantages sous tous les rapports.
La façon dont il appuya sur ces derniers mots donna beaucoup à penser aux deux femmes. Elles en cherchèrent mentalement le sens. La Ramée jouissait de leurs angoisses. La conversation tomba tout à plat.
—Il vous reste à nous apprendre, reprit courageusement Marie Touchet, ou pourquoi vous nous avez si longtemps oubliées, ou pourquoi vous vous souvenez de nous aujourd'hui.
—Ah! voilà, dit la Ramée avec son aplomb cynique, nous touchons à la question, à la brûlante question.
—Expliquez-vous, monsieur, car, en vérité, je ne comprends plus rien à vos manières, à votre langage. Je vous ai connu très-réservé, très-civil, plutôt obéissant que libre avec nous.
Elle faisait allusion à l'état d'infériorité, de vasselage dans lequel la Ramée avait toujours vécu par rapport aux Entragues; situation qu'il acceptait, on l'a vu, malgré sa complicité dans la plupart des secrets de famille.
—Il est vrai, répondit-il, que j'ai toujours été discret et soumis, madame; je m'y étudiais. J'espérais alors, je sentais ma jeunesse, j'en avais la patience et la timidité. Je me disais: mon tour viendra.
Il ponctua cette phrase d'un sinistre éclat de rire.
Henriette frémit.
—Pour avouer que vous n'êtes plus avec nous l'homme d'autrefois, monsieur, reprit la mère, vous nous accusez donc d'avoir changé pour vous? En un mot, répondez à ma question: pourquoi revenez-vous aujourd'hui plutôt qu'il y a quatre mois?
—Parce qu'aujourd'hui le moment est favorable à mes desseins. Mais, ainsi que je vous le disais tout à l'heure, ce n'est pas d'aujourd'hui que je suis revenu.
En parlant ainsi, il accablait Henriette du poids de son insoutenable regard.
Fascinée, écrasée, elle prit une résolution désespérée: elle fit comme les coursiers fous de terreur qui se jettent sur le fer des piques.
—Comprenez donc, ma mère, s'écria-t-elle en serrant la main de Marie Touchet, monsieur veut dire que c'est lui qui a envoyé à M. d'Entragues la lettre d'hier.
De la main gauche elle tendit au jeune homme le papier froissé tout à l'heure.
Il y jeta un coup d'oeil indifférent et répondit:
—C'est moi, en effet.
On peut se faire une idée de l'attitude que prirent les deux femmes en entendant cette déclaration de guerre.
—Ah! c'est vous, murmura Marie Touchet toute pâle, vous qui commettez un pareil guet-apens!
—Et qui venez l'avouer, ici! dit Henriette.
—Et qui signez: Un ami, la dénonciation la plus mortelle pour l'honneur d'une femme!
—Jamais ami sincère n'a rendu un plus grand service, jamais on n'a maintenu plus fermement une femme dans son honneur.
—Cette lettre est un tissu de mensonges et d'injures.
—Cette lettre est pleine de vérités, que j'ai adoucies.
—Monsieur la Ramée!…
—Est-il vrai que mademoiselle ait été hier chez M. Zamet?
Les deux femmes voulurent placer une exclamation.
—De même, interrompit la Ramée, que je savais votre dessein d'aller rue de Lesdiguières, de même je vous ai vue entrer chez Zamet. Ah! je crois qu'ici une bonne réponse serait difficile.
—Si j'allais chez M. Zamet, mon père et ma mère en savent le motif.
—Et nous l'avons approuvé, dit Marie Touchet avec sa dignité de reine.
—Voilà qui est exemplaire, madame! Vous savez que Mlle d'Entragues allait chercher le roi, lui faire sa cour; vous savez les habitudes de cette barbe grise, qu'une vieillesse prématurée n'a pas refroidie pour le péché; vous savez qu'une jeune fille à qui le roi parle deux fois de suite, est corrompue et perdue; vous savez tout cela, dites-vous! Mais, madame, c'est invraisemblable; si vous le saviez, vous ne l'approuveriez pas.
—Calomnie! injure! s'écria Henriette.
—Lèse-majesté! dit Marie Touchet.
—Là! là! diminuez les mots, interrompit sourdement la Ramée; plus gros, ils font plus de bruit, mais ne sont pas moins vides. D'ailleurs, votre déclaration est trop positive, vous venez de flétrir trop énergiquement cette spéculation pour que je ne rétracte pas mon écrit et mes paroles. Je m'étais trompé, vous êtes la plus honorable des mères, madame, comme mademoiselle est la plus vertueuse demoiselle de la cour. Voilà qui est entendu, je vous fais réparation d'honneur.
Marie Touchet ne comprit-elle pas, feignit-elle de ne pas comprendre l'amertume cachée sous cette palinodie. Toujours est-il qu'elle répliqua:
—Ce n'était pas la peine, monsieur, de soulever un pareil ouragan pour aboutir à des soupirs de doléance. Nous savons mépriser les attaques, comme nous savons nous passer de justifications. Je m'applaudis que vous n'ayez pas rencontré ici M. d'Entragues ou mon fils M. le comte d'Auvergne; car ils n'eussent pas pris aussi patiemment que nous, la scène d'incroyable démence que vous venez de nous faire subir. Retournez donc croyez-moi, près de votre protectrice qui est femme et vous apprendra peut-être les égards qu'on doit à des femmes. Oubliez-nous puisque vous êtes heureux. Ce sera tout à la fois d'un galant homme et d'un esprit prudent. Adieu, monsieur la Ramée.
Au lieu d'obéir à ce congé, la Ramée fit deux pas en avant.
—Mais, dit-il, ce que vous venez de me déclarer, madame, me ferait rester éternellement près de vous. Depuis que je suis certain de la probité de la famille, de la pureté de cette jeune personne, rien ne s'oppose plus à la démarche que j'étais venu faire.
—Quoi donc? murmurèrent les deux femmes.
—Madame, continua la Ramée avec un cérémonial funèbre, j'aime passionnément mademoiselle Henriette de Balzac d'Entragues, votre fille aînée, et j'ai l'honneur de vous la demander en mariage.
Un coup de foudre éclatant sur la tête d'Henriette l'eût moins épouvantée que ces terribles paroles. Elle se jeta dans les bras de sa mère comme dans un asile sacré. Marie Touchet tremblait de fureur et d'effroi. Ni l'une ni l'autre ne répondit.
—Ai-je eu l'honneur d'être entendu? dit la Ramée après un long silence.
Marie Touchet, s'armant de toute son énergie, regarda fixement l'audacieux provocateur.
-Votre tête blessée, dit-elle, n'a donc pas été guérie complètement?
—Complètement, madame.
—Alors c'est une insulte que vous venez nous faire, en face, dans notre logis?
—Où est l'insulte? Me dites-vous cela parce que je suis le fils de M. la
Ramée, obscur gentilhomme? mais il me semble qu'un la Ramée vaut une
Entragues!
—Oh! comme vous abusez lâchement de notre faiblesse de femmes.
—J'ai eu affaire plus d'une fois à des hommes, et je ne me suis pas montré timide, vous le savez!
—Encore une lâcheté! vous faites allusion à nos secrets.
—Oui, madame.
—Vous vous en servez pour nous dicter vos lois.
—Je n'ai que ce moyen, je l'emploie.
—C'est une infâme noirceur!
—Non, c'est un infâme amour! Je vous dis que j'aime Henriette. Pourquoi? je n'en sais rien. On comprendrait mieux que je ne l'aimasse point. Toute enfant je l'aimais. Après avoir adoré sa beauté, j'ai admiré sa vigueur, son énergie, j'ai admiré l'élan qui la poussait au crime. Je suis une étrange créature, moi, et le démon a pétri mon âme du soufre et du feu les plus violents de son enfer! Henriette avilie, Henriette criminelle, ressemble mieux à l'ange déchu; son amour m'a rendu coupable, mais notre crime commun nous a liés l'un à l'autre. C'est une chaîne qu'elle essayerait en vain de rompre. Je l'ai tenté, moi, sans y pouvoir réussir. Et cependant, si vous saviez ce que j'ai fait! Si vous m'aviez vu pleurant, hurlant de rage, la maudire, l'exécrer, hacher à coups de poignard ses images, son nom même que j'écrivais sur les arbres de ma solitude!… Si vous pouviez voir repasser devant vous tous les songes de mes nuits haletantes, où elle m'apparaissait souriant à mes victimes, les caressant, tendant ses lèvres à ces beaux jeunes gens que je tuais dans ses bras, l'un d'une balle, l'autre d'un coup de couteau. Oui, madame, vous avez raison, un misérable homme devrait être devenu fou cent fois à l'idée seule des tortures que m'a infligées cet épouvantable amour. Mais je suis debout, je vois mon but, je vous dénonce clairement ma résolution, ma volonté. Cet amour, j'en boirai le poison jusqu'à ce qu'il m'enivre, jusqu'à ce qu'il me tue. Donnez-moi donc votre fille, madame, je l'ai payée assez cher, elle est bien à moi! Je la veux!
Marie Touchet et Henriette avaient reculé livides devant l'explosion de ce coeur brisé.
—Oh! n'hésitez pas, reprit la Ramée, ce serait inutile. Quand on a dit ce que je viens de dire, c'est qu'on a tout prévu, c'est qu'on n'a plus rien à ménager. Henriette ne sera pas malheureuse, ou si elle doit l'être, eh bien, elle subira sa destinée. J'ai bien subi la mienne. Vous êtes effrayées du visage que je viens de vous montrer; mais rassurez-vous, je reprendrai le masque. J'étendrai comme un fard joyeux, mon sourire de bonheur sur l'épouvantable ulcère qui s'est trahi un moment à vos yeux. Le protégé de Mme la duchesse deviendra un honnête mari, zélé pour la fortune et l'honneur de sa nouvelle famille; n'hésitez pas, vous ne pouvez faire autrement. Si vous continuez à hésiter, vous me laisserez croire que j'avais deviné vos projets sur le roi.
—Et quand cela serait? dit follement Henriette, qui espéra un moment faire reculer la Ramée par la menace d'un déshonneur nouveau.
Il sourit de pitié.
—Cela ne sera pas, répliqua-t-il. Vous voyez bien que je l'ai empêché une fois déjà; je l'empêcherai toujours!
—Vous? dit-elle avec un rire de défi.
—Cette fois, Henriette, je m'étais contenté de prévenir votre père et la marquise de Monceaux….
Les deux femmes tressaillirent.
—Mais à la prochaine occasion je préviendrai le roi lui-même.
—Oh!…
—Je dirai au roi tout ce que je sais, tout ce qu'il ignore; je lui expliquerai vers quels nuages s'est exhalée la fraîcheur de votre premier baiser.
—Misérable! le roi saura que mon dénonciateur est un assassin.
—Oh! je le lui dirai moi-même, car c'est une page de votre histoire. Et quand j'aurai convaincu le roi, je parlerai à la cour, à la ville; j'apprendrai le nom d'Henriette à l'écho des places publiques, à l'écho des carrefours; je ferai retentir de mes cris, de mes accusations, de mes blasphèmes, tout l'espace infini qui s'étend de la terre au ciel.
—Et moi, rugit Henriette avec un regard dévorant, je….
—Vous me tuerez? Non, vous ne me tuerez pas, car je vous connais et je suis sur mes gardes. Ainsi, pas de projets chimériques, pas d'espoir insensé. Ce qui est fait est fait. Nous n'en pouvons rien changer. Flétrie, perdue, impossible pour tout autre que pour moi, vous serez à moi. Nul homme ne vous touchera la main, nul ne vous adressera deux fois des paroles d'amour. Vous ne serez ni la femme d'un Liancourt quelconque, ni la maîtresse d'Henri IV. Vous n'aurez pas même recours à votre père qui ignore votre passé; pas même à votre frère qui exagérera bientôt pour vous le dégoût du roi. Tout à l'heure, vous me menaciez de leur vengeance. Qu'ils viennent, je suis prêt, je les attends.
Enfermées dans cette main de bronze, les deux misérables femmes palpitaient et passaient des sueurs de l'épouvante aux frissons de la colère.
—Eh bien, dit Marie Touchet à bout de forces, ce n'est pas la peine de lutter; puisque vous voulez nous perdre, soit. Nous préparerons à cet événement étrange M. d'Entragues, mon fils et le monde.
En disant ces mots, elle serrait la main d'Henriette pour lui communiquer un peu de courage.
—Ah! vous voudriez gagner du temps, répondit la Ramée. Mais je n'en ai pas à perdre, moi. Vous aurez, s'il vous plaît, préparé ces messieurs pour ce soir, car, ce soir, j'épouserai Mlle Henriette et l'emmènerai chez moi.
—Ce soir! Mais c'est de la démence, s'écria Marie Touchet.
—Ce soir, je serai morte, dit Henriette, avec un inexprimable désespoir.
—Vous, mourir!… Je vous en défie, répliqua la Ramée. Tant que vous aurez l'espoir que je vous connais, vous ne mourrez pas, et vous l'avez encore, ce fol espoir. Ce soir donc, je reviendrai vous prendre pour vous conduire à l'autel. De là nous partirons. Si MM. d'Entragues et d'Auvergne n'ont pas été prévenus avant, ils le seront après, peu importe.
—Ordonnez, monsieur, bégaya Henriette, aux yeux de laquelle venait de luire une chance de salut.
—Je vous devine bien, interrompit la Ramée; vous essayerez de la fuite. Mais ce serait encore inutile. Je vous l'ai dit, toutes mes mesures sont prises. Vous avez vu si je savais toutes vos démarches, toutes vos pensées. Je les saurai de même jusqu'à ce soir. Votre maison est entourée de gens à moi. J'ai des amis, mesdames; vous ne ferez ni un geste ni un pas que je ne le sache et que, par conséquent, je n'en prévienne les conséquences. Au surplus, essayez. L'épreuve vous convaincra mieux que tous mes discours. Essayez!
Après ces derniers mots, qui achevèrent de briser la malheureuse Henriette, il salua la mère et gagna lentement la porte. Arrivé sur le seuil, il se retourna, et d'une voix fatiguée, mais vibrante encore de son inextinguible passion:
—Rappelez-vous bien mes paroles, dit-il. Sur cette terre, moi vivant, vous ne serez à nul autre qu'à moi, je le jure! Résignez-vous. Peut-être ne vous ferai-je pas attendre aussi longtemps que vous le redoutez. Cela regarde, non pas vous ni les vôtres, mais Dieu et moi. A ce soir nos noces!
En achevant de parler, il souleva la tapisserie et disparut.
—Pour cette fois, murmura Henriette, je crois que je suis perdue. Qu'en dites-vous, ma mère?
—Je cherche? dit Marie Touchet.