XX

OÙ CRILLON FUT INCRÉDULE COMME THOMAS

Ce bruit annonçait au peuple l'approche du nouveau maître que la Providence lui avait miraculeusement conservé.

Ce cortège parti on ne sait d'où, escorté par des ligueurs et gentilshommes de la maison de Lorraine, recrutait chemin faisant un grand concours de peuple, et l'on n'eût su dire si tous ceux qui faisaient partie de l'escorte étaient des curieux ou des partisans. Les rumeurs de surprise dans la foule, l'immobilité absolue et le silence des gentilshommes qui s'avançaient, formaient un contraste bizarre avec la douleur bruyante et les mouvements tumultueux de gens qui apprenaient pour la première fois la mort du roi.

Au milieu du cortège, à cheval, venait la Ramée, dont le visage, plus pâle que de coutume, rappelait d'une manière frappante celui de Charles IX. Ses partisans avaient eu soin de l'habiller de manière à rendre plus sensible encore cette ressemblance, et en dépit de la mode, ils promenaient devant le peuple le pourpoint long et serré comme une taille de guêpe, la fraise gaufrée et le toquet à plume du célèbre auteur de la Saint-Barthélémy.

Quelques émissaires, habilement répandus dans la foule, faisaient ressortir cette ressemblance du fils avec le père; et dans ces flots de populace superstitieuse où bouillonnait encore l'écume du fanatisme religieux, le nouveau prétendant récoltait déjà quelque faveur en sa qualité d'héritier d'un prince qui avait voulu extirper l'hérésie en France.

La Ramée avait pris sa route par la place de Grève pour traverser la rue de la Coutellerie, où demeurait la femme dont plus que jamais il eût voulu devenir le maître. L'ardeur de sa passion s'accroissait de l'ivresse d'un succès inespéré. On eût pu voir monter à son cerveau cette double flamme dont les reflets coloraient parfois son visage d'une teinte sinistre.

Il traversait, disons-nous, la place de Grève, au milieu du concours immense de peuple qui se ruait là de toutes les extrémités de la ville, et ses yeux, brillant d'un feu contenu, dévoraient déjà la maison d'Henriette, qu'il cherchait de loin à son balcon.

Il la vit enfin; elle aussi l'aperçut; Marie Touchet, le père Entragues et le comte d'Auvergne reconnurent aussi ce sombre cavalier environné d'un respect étrange comme sa royauté. Leur stupeur, leurs bras levés au ciel, l'expression et le mouvement de toutes ces physionomies qui contemplaient son triomphe, causèrent à la Ramée la plus poignante joie qu'il eût ressentie de sa vie. Cette surprise, cette exclamation des Entragues vengeaient toutes ses humiliations passées, effaçaient tous ses chagrins. Encore un instant, et il serait sous la fenêtre d'Henriette, et celle qui, la veille, le chassait fiancé obscur, allait le saluer illustre et roi.

Mais tandis que la Ramée s'engageait avec son escorte dans la rue de la Coutellerie par la petite rue Jean de l'Épine qui la précède, un grand mouvement s'opérait en sens inverse, c'est-à-dire à l'autre extrémité de la rue, à l'endroit où elle bifurque avec celle de la Vannerie. Là était une foule assez compacte, assez vacillante, et dont les hésitations formaient un engorgement, une sorte de remous tournant autour des premières maisons, au lieu d'aller joindre le grand courant qui entraînait la multitude à la rencontre du triomphateur.

Au centre de ce groupe était un homme à cheval, gesticulant, se démenant, communiquant à ses auditeurs le feu qui éclatait dans ses regards et dans ses paroles. Cet homme c'était Crillon, Crillon, qui du Louvre avait couru au Châtelet pour délivrer Espérance, et qui, sans ordre du roi, n'ayant pas trouvé le gouverneur, occupé pour lors à l'hôtel de ville avec les architectes, allait chercher ce gouverneur et lui redemander son prisonnier.

Mais chemin faisant, le brave chevalier venait de voir courir les effarés qui criaient: «Le roi est mort!» Il avait vu la consternation rouler et grossir devant lui comme un tourbillon, et ces mots: «Le roi est mort!» l'avaient arrêté dans sa course en le frappant au coeur.

Çà et là fuyaient des gens pâles, les yeux pleins de larmes, d'autres couraient vers le Louvre, et pas un de tous ces gens ne doutait de la réalité. Jamais l'homme n'est incrédule à l'avertissement lugubre des plus grandes calamités. C'est en cela surtout que se révèle sa nature craintive et éphémère.

—Le roi est mort! se dit Crillon comme les autres en arrêtant son cheval à la rue des Arcis, mais c'est impossible, je quitte le roi; il était plein de vie et de santé: c'est impossible.

Le chevalier, en songeant ainsi du haut de sa selle, pareil à une statue, ne s'apercevant pas qu'il parlait haut, et qu'un groupe se formait auteur de lui, un groupe d'honnêtes bourgeois, saisis de respect et de compassion pour cette noble figure, pour ces cheveux gris et cette épaisse moustache du gentilhomme que tout Paris connaissait, admirait et adorait.

Il ne s'apercevait pas non plus, le digne guerrier, qu'en parlant seul, en réfléchissant à la possibilité de cet affreux malheur, il avait peu à peu laissé tomber ses bras, pencher sa tête, et que le vent venait d'enlever son chapeau.

Une femme tout en pleurs s'approcha du cheval immobile, qui flairait la terre durcie, elle appuya sa main sur l'arçon, et dit au chevalier:

—Hélas! M. de Crillon, ce n'est que trop vrai, notre bon roi est mort!

—Qui l'a dit? murmura Crillon encore engourdi par la stupeur.

—Tenez, voici mon mari et mon fils, qui sont au service de M. de Ragny.

Elle montrait deux hommes dont les yeux rougis annonçaient le désespoir.

—Ils ont vu le coup, mon bon monsieur.

—Je vous répète que je quitte le roi, il y a une demi-heure.

—Il y a un quart d'heure qu'un écolier scélérat a poignardé le roi dans son Louvre.

—J'étais avec mon maître au bout de la galerie, dit l'un de ces hommes; j'ai vu tomber Sa Majesté; on l'a emportée. Tenez, voici de son sang que j'ai recueilli sur le parquet.

Il montrait une large tache rouge sur son mouchoir.

—Du sang de ce bon roi! gémirent tous les assistants avec un redoublement de pleurs et de sanglots. Qu'allons-nous devenir!

Crillon poussa un soupir si douloureux qu'on eût dit que son âme allait s'échapper avec. Puis brisé, anéanti, il pâlit et deux grosses larmes roulèrent de ses yeux sur ses joues mâles.

—Ah! pauvre sire! murmura-t-il, pauvre cher ami! il faut que je le voie encore.

En parlant ainsi, le chevalier tournait son cheval pour regagner le Louvre.

—Et l'on pense déjà, dit un des bourgeois, à lui donner un successeur.

—Comme si c'était possible! ajouta un autre.

Crillon fit volte-face à ces mots.

—Quel successeur? demanda-t-il.

—Vous entendez ces cris, monseigneur? dit une femme.

—Oui certes.

—Eh bien, ils annoncent l'arrivée du nouveau roi qui se rend au parlement.

—Quel roi?

—Le fils de Charles IX.

—Ah çà, braves gens, que me dites-vous là? s'écria le chevalier se remettant peu à peu. Quoi! l'on nomme roi M. le comte d'Auvergne?

—Oh! non, monseigneur; celui-là est un bâtard, tandis que l'autre est le vrai fils de la reine Élisabeth, conservé par Mme la duchesse de Montpensier.

—Oh! oh! mes enfants, vous battez la campagne, dit Crillon; et votre fils de Charles IX ainsi conservé commence à me faire douter de la mort de notre roi.

—Voyez au bout de la rue, on l'annonce, il vient; regardez tout le monde qui se précipite!

—Ah! je suis curieux de voir cela, et, pour mieux voir, je vais à lui.

En disant ces mots, Crillon poussa son cheval dans la rue de la
Coutellerie, qu'envahissait la tête du cortège à son autre extrémité.

Crillon ne pouvait encore rien voir, mais déjà il avait conçu des doutes: son coeur, solide comme celui du lion, s'était retrempé; sa tête fière se redressait.

—Mes amis, disait-il à ceux qui marchaient autour de son cheval, on dit que le roi est mort, mais moi je n'en sais rien. On m'a montré de son sang; mais si vous saviez tout ce que j'en ai versé, moi, de sang riche et vermeil, et pourtant je ne suis pas mort, comme vous pouvez voir. Harnibieu! quelque chose me dit que si le roi, mon bon ami, avait cessé de vivre, son âme avant de partir m'en aurait donné la nouvelle. Nous nous aimions trop pour qu'il ne me dit pas adieu! Harnibieu! mes enfants, le roi ne peut pas être mort.

Ce discours, vigoureusement coupé de gestes hardis, de vaillants regards, d'attendrissements que comprenait la foule idolâtre du héros, avait amassé autour de Crillon une troupe déjà réconfortée par ses paroles.

—Non, disait le chevalier, tant que je n'aurai pas vu mort celui que tout à l'heure j'ai tenu vivant dans mes bras, tant que je n'aurai pas vu ses yeux éteints, sa bouche muette, je dirai le roi est vivant, mes amis, et je ne connais pas d'autre roi que lui. Allons un peu regarder l'autre en face.

—Suivons Crillon! vive Crillon! répétait la foule, qui portait l'homme et le cheval dans la rue étroite, et s'avançait lentement à l'encontre de la troupe du prétendant caché alors par le coude que faisait la rue à cet endroit.

Mais après le détour de cette courbe les deux partis se trouvèrent face à face. Les yeux enflammés de Crillon cherchèrent et découvrirent sur-le-champ le triomphateur, au centre de son groupe, qui s'essayait déjà à crier: Vive le roi fils de Charles IX!

—Harnibieu! s'écria d'une voix tonnante le chevalier, en se dressant sur ses étriers, qui est-ce qui crie vive un autre roi que le roi Henri IV, le vôtre et le mien?

Cet éclat, cette apparition, cette formidable catastrophe étouffa tout murmure. On vit la Ramée blêmir au son de cette voix, comme le chacal tremble au rugissement du lion. Mais il était sous le balcon d'Henriette; elle le voyait; il eût bravé le ciel et l'enfer.

—Je suis le fils du roi Charles IX, dit-il de sa voix stridente et hautaine…. Je suis roi, puisque le roi est mort.

La foule, qui le suivait, applaudit à ses paroles.

—Oh! s'écria le chevalier d'un accent d'ironie insultante, c'est là votre roi à vous autres? Mais je le connais. Ah! voilà le champion de la Ligue! Eh bien! il est galant!… Et vous suivez ce drôle, tas de bélîtres que vous êtes, et vous donnez du vive le roi à ce larron! Attends, attends, Crillon est tout seul, mais il va te montrer comment on défait les rois de ta trempe! Ça, vous autres qui m'entourez, suivez-moi au nom de notre maître. Quant à vous, traîtres ou idiots, qui entourez le vôtre, haut la main, et qu'on vous voie!… Aux épées! harnibieu! et vive le vrai roi!

A ces mots, dont rien ne saurait rendre l'irrésistible élan, la dévorante énergie, Crillon fit jaillir du fourreau son épée, et voulut prendre du champ pour lancer son cheval. Mais la rue était tellement gorgée de peuple, que le cheval ne pouvait avancer.

On vit les femmes, les enfants fuir et se cacher dans les allées, sous les portes. La Ramée mit bravement l'épée à la main. Mais une troupe de ses partisans, qui s'étaient concertés depuis l'arrivée de Crillon, l'entraîna, l'enleva de cheval et lui fit rebrousser chemin pour sauver ses jours ou pour ne pas compromettre sa dignité nouvelle par un conflit qui pouvait ne rien amener de bon.

En effet, autour de Crillon, nombre de bourgeois reprenant courage s'étaient armés à la hâte. Les bâtons ferrés, les hallebardes, les mousquets commençaient à briller dans la rue. Un combat était imminent.

—Mais, monseigneur, disait-on au chevalier, si le roi est vraiment mort, il lui faut bien un successeur.

—Harnibieu! je ne veux pas que ce soit celui-là. D'ailleurs, voyez comme ses partisans déménagent, voyez comme ils disparaissent! Son armée a déjà fondu. Et lui, où est-il? où le mène-t-on? se cacher dans quelque cave! Ah! malheur! faut-il que cette rue soit ainsi! encombrée! Oui, le lâche, il s'abrite derrière des murailles…. Il s'est sauvé dans une maison, et je ne puis courir le reprendre!

En effet, après s'être un moment consultés, les Entragues avaient conclu que le roi était bien mort, puisque M. d'Auvergne l'avait vu assassiner, que la Ramée n'était plus un homme à tuer ou à laisser tuer pat cet écervelé de Crillon, et qu'en bonne politique il fallait lui ménager une retraite. Telle avait été l'inspiration de Marie Touchet, appuyée par le père Entragues et par M. d'Auvergne lui-même, lesquels, à la vue de Crillon, s'étaient hâtés de quitter le balcon pour n'être point remarqués et compromis.

Il résulta de la délibération, que M. d'Entragues envoya prévenir les partisans de la Ramée qu'on lui offrait un asile dans une maison voisine. L'offre, on le conçoit, fut acceptée d'autant plus volontiers, que dans la maison, la Ramée savait trouver Mme d'Entragues et Henriette.

C'est ainsi que l'héritier de Charles IX disparut aux yeux de Crillon, lequel, plus animé que jamais, lança toute sa troupe au siège de cette maison maudite.

Cependant la Ramée, une fois dans l'hôtel d'Entragues, avait pu entendre les portes résonner sous l'effort des assiégeants. Guidé par ses amis, il arriva sans s'en douter au fond des cours, à vingt pas tout au plus de la brèche faite la veille dans le mur pour donner accès aux soldats chargés de le prendre ou même de le tuer.

La fortune tant de fois capricieuse à son égard lui offrait aujourd'hui pour moyen de salut ce qu'hier elle lui préparait comme chance infaillible de ruine et de mort.

Mais la Ramée voulait expliquer à Henriette et son absence de la veille et sa nouvelle position. Il n'en trouva pas le temps, pressé qu'il était par les gentilshommes commis à sa garde.

Ceux-ci lui représentaient l'instabilité du souffle populaire, le danger de séjourner dans une maison que dix minutes suffisaient à prendre d'assaut. Les gens de l'hôtel lui expliquaient qu'en restant, il perdait sans retour les maîtres de la maison, qui lui avaient donné asile.

—Crillon ne ménage rien, disait-on, et la foule qui seconde son aveugle colère saccagera, pillera et tuera tout ce qui va lui tomber sous la main.

La Ramée appelait opiniâtrement Mlle d'Entragues; rien ne le détournait de cette idée, ni le craquement des gonds qui cédaient peu à peu aux coups des assaillants, ni les cris du chevalier, dont la terrible voix dominait le tumulte de mille voix. Il voulait, disait-il, rester ou mourir jusqu'à ce qu'il eût vu Henriette.

Celle-ci apparut enfin, pâle et tremblante, entraîna par la main le jeune homme incertain, le conduisit à la brèche cachée par une tapisserie, sous l'escalier, l'y poussa, secondée par un nouvel effort de ses partisans.

—Là-bas, dit-elle, est un jardin, puis une cour, puis la rue de la Vannerie. Allez!… allez, et n'oubliez pas que vous êtes sauvé par celle que vous vouliez perdre!

—Bien, répliqua-t-il, bien! je payerai ce service, je le payerai d'une couronne. Le passage que vous m'ouvrez, Henriette, je l'accepte comme le plus court chemin pour me rendre au Parlement. Là m'attendent mes amis, mes sujets. C'est là qu'il faut arriver, dussé-je franchir à pieds joints tous les obstacles, même la honte.

—Une couronne! pensa la jeune fille illuminée par ce mot prestigieux. La devineresse me l'a prédite. Pourquoi ne me viendrait-elle pas aussi bien de la Ramée que de celui qui est mort?

—Adieu, prince, s'écria-t-elle, au revoir!

—Merci, murmura-t-il radieux eu lui serrant les mains.

Il mit dans cette pression d'une main perfide tout le feu de son âme à jamais désarmée par ce qu'il croyait être une preuve d'amour. Le malheureux! Il valait mieux que sa complice, puisqu'il la croyait meilleure que lui!

Cependant, après l'évasion de la Ramée, les Entragues, embarrassés, avaient à se justifier près de Crillon. Le père Entragues parut à une fenêtre basse aux treillis de fer, et appela près des barreaux le chevalier, qui accourut.

—Ah! mordieu! s'écria celui-ci en voyant M. d'Entragues, j'eusse dû m'en douter. Il y a trahison, puisque vous êtes ici.

—Monsieur, dit le rusé gentilhomme, ne perdez pas de temps à nous calomnier, nous avons été envahis chez nous, malgré nous; une troupe de ces partisans du prétendant a forcé nos portes et escaladé nos murs, ils ont pratiqué un trou dans la muraille pour faire fuir leur maître, hâtez-vous, hâtez-vous, sinon nous sommes perdus.

Tout à coup, une clameur auprès de laquelle tous les bruits de la matinée n'étaient que des bourdonnements, s'engouffra dans la rue du côté de la place de Grève. Crillon, dans la crainte d'une attaque dirigea en queue sur sa troupe, dont il était tout au plus sûr, se retourna pour faire face aux nouveaux flots de peuple qu'il voyait s'amonceler dans les environs.

—Vive le roi! hurlait la foule avec des trépignements et des élans indéfinissables.

On vit alors déboucher de la place de Grève un carrosse dont les rideaux et mantelets levés laissaient tout l'intérieur à découvert.

Quatre chevaux traînaient d'un pas pesant la lourde machine entourée de gardes françaises, de gardes suisses, et d'une foule éblouissante de pages, de gentilshommes et d'officiers.

Au fond du carrosse, vêtu de noir, le cordon bleu au col, la tête nue, les joues pâles, était assis Henri IV, souriant malgré sa lèvre fendue, que les chirurgiens avait recousue et pansée. Il tendait ses mains au peuple, qui, de chaque côté du carrosse, se ruait entre les pieds des chevaux, entre les mousquets des gardes, et bénissait Dieu du bonheur inespéré qui lui rendait son roi.

L'air ébranlé par les applaudissements et les cris d'allégresse alla porter cette nouvelle à Crillon, qui, tout frissonnant d'orgueil et de joie, s'alla jeter avec la foule à la rencontre d'Henri IV.

—Quand je vous disais, s'écria-t-il en s'adressant aux bourgeois qui lui avaient prêté main-forte. Vous voyez bien que le voilà et qu'il n'est pas mort!

Ce spectacle, tout imposant, tout merveilleux qu'il fût, n'approchait pas cependant de celui qu'un observateur intelligent eût trouvé sur le balcon des Entragues.

A la vue du roi ressuscité, du vrai propriétaire de la couronne, Marie Touchet et son mari faillirent s'évanouir de peur. Le comte d'Auvergne s'élança par les degrés pour aller complimenter Henri. Henriette poussa un grand cri qui attira l'attention de tous, et tomba sans connaissance aux bras do son père, dans une attitude des plus scéniques.

—Ma fille en mourra de joie, s'écria le père…. Mais vive le roi! vive le roi!…

Henri, en passant, ne perdit pas un seul détail de cette scène et salua gracieusement le balcon, malgré les mouvements de colère et les haussements d'épaule de Crillon, à qui ses gardes venaient de faire place dans le cortège.