III

Madame Michaïloff faisait bonne mine à Glouskine, mais lui en voulait à mort d'aller chez la marquise.

On se vit au théâtre, Glouskine ayant persuadé à madame Michaïloff qu'en restant chez elle, elle ferait une sotte figure; elle alla donc à l'avant-scène du Thalia, accompagnée de Son Excellence. La marquise et Vera étaient en face. Vera avait une robe neuve. Madame Michaïloff connaissait toutes les toilettes de la marquise, il n'y avait pas à s'y tromper. Le spectacle ne fut pas agréable pour madame Michaïloff, et le lendemain matin elle fut doucement surprise quand on vint lui dire que mademoiselle Dognieff était au salon. Elle entra hautaine.

Vera se leva et lui baisa la main en riant.

—Je viens te demander pardon et faire la paix.

—Ma chère, je te remercie, et te laisse à ta conscience. Pour combien de temps es-tu installée chez les Santa-Pierra?

—Eh! je ne m'en vais pas encore, et si tu le veux, je viendrai te voir souvent.

—On t'habille, je vois?

—C'est de ma robe d'hier que tu me parles? Oui, c'est un cadeau de la marquise.

L'entrevue fut aigre-douce. Madame Michaïloff triomphait.—Elle se ménage un abri, on aura assez d'elle là-bas; et, comme, au fond, voir revenir Vera lui convenait parfaitement, pour s'en donner honorablement la possibilité, elle fit ce jour-là à Glouskine une sorte de demi-éloge de sa cousine.

—Je suis aise de vous voir plus juste, elle est tout cela et plus encore.

Pour le coup, madame Michaïloff regretta du fond de l'âme de n'avoir point laissé Vera et ses qualités se faire valoir à Moscou; elle le dit à son mari, qui la consola en vantant les mérites de Vera, ajoutant qu'elle au moins rendait la maison possible.

—Tu verras, elle se mariera parfaitement.

—Je ne le crois pas.

—J'ai mon idée, et je serai surpris si je me trompe.

Madame Michaïloff ne daigna pas répondre.