CHAPITRE III.


Des Pronoms personnels et possessifs, des Conjonctions et des Particules.

Les pronoms personnels, quand ils régissent et gouvernent la phrase, s’expriment comme il suit:

Genre.
Je ou moi anâcommun.
tu ou toi
entmasculin.
entiféminin.
Il ou lui masc.
Elle hifém.
Nous naħncomm.
Vous
entommasc.
entonnfém.
Eux hommasc.
Elles honnfém.

Dans l’arabe littéral on dit: anta, anti, hωa, hi, naɦno, antom, antonna, hom, honna.

On se sert aussi du duel dans l’arabe littéral pour les deux termes suivans:

Vous deux,commun;antomâ.
Eux deux,commun;homâ.

Mais ils sont peu usités dans le vulgaire.

Que s’ils sont gouvernés et régis par un verbe, ils s’accolent à la fin du verbe régissant dans la forme ci-après.

EXEMPLE.
naʆar-niil a aidé moi.
naʆar-akil a aidé toimasc.
ek
toifém.
naʆar-hoil a aidé lui
ha
elle
naʆar-nail a aidé nouscomm.
naʆar-komvousmasc.
konnvousfém.
naʆar-homeuxmasc.
honnellesfém.
AUTRE EXEMPLE.
amä-kil a jetétoimasc.
ïarmi-kil te jette masc.
ïarmi-ki
fém.
γaȥâ-kil a attaquétoimasc.
γaȥâ-ki toifém.
ïaγȥω-kil attaquetoimasc.
ïaγȥω-ki toifém.

Par où l’on voit que le k désigne proprement le tu et le toi, et qu’il reçoit l’influence de la voyelle qui le précède.

Dans le littéral on ajoute sans cesse a final à naʆar, et à quelques-uns de ces pronoms: l’on dit, naʆara-ka, naʆara-ki, naʆara-konna, naʆara-honna.

Dans plusieurs cas l’on sépare le pronom du verbe; mais alors on interpose la particule eïâ.

EXEMPLE.
đarab-eïâ-ïil a frappé moi
đarab eïâ-k
toimasc.
eïâ-ki
toifém.
eïâ-ho, etc.
lui

Les mots confirmatifs, même, moi-même, toi-même, etc., s’expriment par mon ame, ton ame, etc.

Je m’aime moi-même,aħebb nafs-i.
j’aime mon ame.
Vous vous aimez vous-mêmes;taħebbω anfos-kom.
vous aimez vos ames.
Aimez votre prochain comme vous-mêmes;ħebbω qarib-kom, ka-anfos-kom.
comme vos ames.

Les pronoms possessifs mon, mien, mes, ton, tien, tant masculin que féminin, et tant singulier que pluriel, s’expriment comme il suit:

ketâb ïlivre mien
aktienmasc.
ektienfém.
hosonmasc.
hasonfém.
nanotrecomm.
komvotremasc.
konnvotrefém.
homleurmasc.
honnleurfém.
AU FÉMININ.
đjaddàt imon aïeule
akton aïeulemasc.
ek
fém.
ho, etc.son aïeule

Dans l’arabe littéral on dit toujours ka, ki, kom, konna, hom, honna, avec les finales grammaticales du mot qui précède.

ketâbo-ka.
Gén.ketâbi-ka.
Acc.ketâba-ka.

Pour le duel dans le littéral on suit la même marche, et l’on accole également le pronom à la suite du nom.

EXEMPLE.
ketâbâ ïdeux livres mien
katienmasc.
kitienfém.
hosienmasc.
hasienfém.
nanotre
komâvotrecommun.
homâleurcommun.

Des Pronoms démonstratifs.

Celui-ci, ȥâ ou haȥa; au Kaire, dé.

Celle-ci ȥeh, ȥi, ȥehi;
ou tâ, teh, ti, tehi, et haȥéhé.
Ceux-ci
et Celles-ci
oωlâ, et haωlâ.

Pour exprimer l’éloigné on ajoute à la fin de ces mêmes mots la seule lettre k, et l’on dit:

Celui-là,ȥâk, haȥâk, et ȥalek,
Celle-là,tàk, et telk.
Ceux-là oωlâk, oωlaïek, oωlâlek, etc.
Celles-là

En littéral ces deux-ci:

ȥâni et ȥainimasc. ouhaȥâni.
tâni et tainifém.hatâni et hataini.
En littéral ces deux-là ȥâneka, ȥaineka.masc.
tâneka, taineka.fém.

Des Pronoms relatifs.
Qui, que, lequel, laquelle.

Ces pronoms s’expriment par les mots,

ellazi ou elladi, pour le masculin singulier

ellazin ou elladin, pour le masculin pluriel,

et par ellati, au féminin singulier,
ellâti, au féminin pluriel,

avec cette singularité, que lorsqu’il faut leur joindre des particules telles que, avec, par, en, dans, pour, etc., on prend cette tournure, qui, ou lequel avec lui, au lieu de dire avec qui; de manière que le pronom reste indéclinable.

SINGULIER.
Nom.qui, lequel,ellaȥi.
Gén.de qui, duquel, dont,ellaȥi men-ho.
Dat.à qui, auquel,ellaȥi l’ho (lequel à lui).
Acc.que, lequel,ellaȥi.
Abl.duquel, de qui,ellaȥi men-ho (lequel de lui).
dans qui,ellaȥi fi-h.
PLURIEL.
Lesquels, qui,ellaȥin.
Auxquels, pour qui,ellaȥin l’hom (lesquels à eux).
Avec lesquels,ellaȥin mả hom.
Dans lesquels,ellaȥin fi hom.
SINGULIER FÉMININ.
Nom.laquelle,ellati.
Dat.à qui, pour laquelle,ellati l’ha.
Abl.de laquelle,ellati men ha.
PLURIEL.
Lesquelles,ellâti.
Auxquelles,ellâti, l’ha (lesquelles à elles).
Dans lesquelles,ellâti, fi ha.

Que si ces pronoms relatifs se rapportent à d’autres personnes qu’à la troisième, citée en exemple, on répète le pronom de cette personne.

EXEMPLE.

Vous que j’ai vu, ent ellaȥi rait-ak

Nous en qui votre confiance, naħn ellaȥin amân-kom b’-na.

Ainsi des autres personnes.

Quand ces pronoms qui et lequel sont interrogatifs, on les exprime par aï au masculin, tant singulier que pluriel, et par aïat au féminin singulier, et aïât au pluriel.

EXEMPLE.

De quel droit, b’aï ħaqq?

Par quels sentiers marches-tu? b’aïàt dorωb ent sâlek?

Que et qui pris au sens neutre s’expriment par ma.

Ce que j’ai dit, ma qolt.

Et l’on ajoute élégamment le pronom ho à la fin: mâ qolt-ho.

Ce qui arrive par fois, mâ ïoʆđaf.

S’ils sont interrogatifs, on se sert de la phrase quelle chose, au lieu de que; et l’on dit: aiῳ par abréviation de aï-ῳai; qu’est-il arrivé? aiῳ ʆađaf?

En arabe savant l’on dit plus élégamment: a? ma ʆađaf?

Des Particules conjonctives.

Les particules conjonctives, c’est-à-dire qui servent à lier le sens des mots dans la phrase, sont de deux sortes; les unes sont essentiellement attachées au mot; les autres peuvent s’en séparer. Nous allons d’abord traiter des premières; elles consistent dans les huit lettres suivantes:

A, b, t, s, f, k, l, ω: dont chacune a un sens complet.

A est le signe de l’interrogation; il ouvre la phrase comme pour avertir de la question:

â safar zaid? Zaid est-il parti?

â ent? est-ce toi? â fi-h? est-ce dedans?

B. b qui se prononce , a plusieurs sens: 1o il signifie dans; b’el bait, dans la maison, où l’on voit l’élision de son e devant une voyelle: nous n’écrirons jamais cet e, même devant les consonnes, et il sera toujours remplacé par une virgule: b’nafs-i, dans mon ame; b’-nâ, en nous.

2o Il signifie par et avec: par Dieu, b’ellah. Par le tombeau de mon père, b’torbet âb’i. Ils sont venus avec l’enfant, âtω ou đjâω b’el fatä (au lieu de dire ils l’ont amené.) J’ai écrit par ou avec la plume, katabt b’el qalam.

Il prend aussi le sens de pour et de à cause; b’doχωl-ak, pour ton entrée.

3o Par une tournure singulière d’affirmation et presque de serment on dit: moi fidèle croyant, ana b’mωmen. Dieu puissant, allah b’qađir.

4o Enfin b’ prend le sens de sur et de outre; marr b’i, il m’a passé, il a passé sur moi, outre moi.

T. t prononcé , est un jurement qui n’a lieu que dans la forme suivante:

allah, b’ellah, t’illah, par Dieu; comme si l’on voulait décliner tout l’alfabet en attestant le nom de Dieu.

s, prononcé sa, est le signe spécial du futur: il s’ajoute en première lettre aux personnes du verbe; il attaquera, s’ïoγȥω; je partirai, s’asâfer; tu m’aideras, sataor-ni.

f, prononcé fa, signifie or, et commence ou soutient très-élégamment une phrase ou une période; or il mourut, fa-mât; ils mangèrent tout, fa akalω el koll.

k, prononcé ka, signifie de même, ainsi que, comme; comme un torrent, ka sîl; ainsi que la foudre, ka el ʆaảqàt.

l, prononcé , a plusieurs sens; 1o il signifie le datif à, pour, à cause; dis au juge, qoll l’el qâđi; je l’ai châtié pour ou à cause de son mensonge, addabt-ho l’keȥb-ho.

Avec les pronoms tu, toi, vous, etc., on le prononce en vulgaire comme il suit:

A toi, masc.l’ak;à vous,l’kom.
A toi, fém.l’ek;l’konn.
A moi,l’ï;à nous,l’na.
A lui,l’ho;à eux,l’hom.
A elle,l’ha;l’honn.

En arabe littéral on dit l’ka, l’ki, l’kom, l’konna, l’hom, l’honna.

2o Il est formule de serment; l’ellah, par Dieu, ou pour Dieu.

3o Il sert à appeler: ïâ l’moʆtafa, ô Mustapha!

4o Il assure fortement une chose; enn allah l’qađir, Dieu est puissant; enn el ensân l’meskin ωa raȥîl, l’homme est faible et misérable.

5o Enfin, joint au prétérit il le change en optatif; pour qu’il vienne! l’đjà (qu’il fût venu).

ω, prononcé ωa, prend une foule d’acceptions dans le discours arabe, quoiqu’il ne signifie littéralement que et; on l’emploie signifiant par, dans le serment suivant que les Arabes ont sans cesse à la bouche: ωallah, par Dieu.

Des Particules disjonctives.

Nous renfermons sous ce titre les adverbes, les prépositions, les conjonctions, les interjections, toutes particules formées de mots invariables.

Adverbes de lieu.

, en quel lieu, par interrogation, ain? et fi ain?—Dans le cours de la phrase ħaiθ, et fi, avec le pronom convenable à l’objet; le puits où il tomba, el bir ħaiθ ωaqả, () ellaȥi ωaqả fi-h: d’où, men ħaiθ, men ain.

Vers où, jusqu’où, elä ain, elä ħaiθ.

Où que ce soit, ħaiθmâ, ain mâ, aïï.

Ici, honâ, héné, hâhonâ.

D’ici, men honâ, ou men héné.

, honâk, honâlek; de là, men honâk.

Vers ici, vers là, elä honà, elä honâk.

Adverbes de temps.

Quand, lorsque: matâ, lamma.

Déjà, avec un sens affirmatif: qad: il est déjà venu: qad đja.

Jamais, qaȶ, faqaȶ, faqad, l’qad.

Ensuite, pour lors, θomm, et θommat.

Alors, ħîn, ïῶm, ħinaiȥen, ïῶmiȥen.

Puisque, sitôt que, dès que, eȥ, eȥâ, eȥma, aïan.

Après que, bảd-en, bảd-men, bảd-ma, lamma.

Après, bảd, sωf, sω, sai, saf, men bảd.

Après cela, bảd haȥa.

Avant, qabl; avant que, qabl ma, qabl-en, men qabl; avant cela, qabl haȥa.

Jusqu’à ce que, elä en, ħattä en, ħattä eȥa;

Les adverbes pour appeler, sont:

â et aïâ, pour un objet voisin.

haïa, pour un objet éloigné.

ïa, et aïoha, pour un objet masculin.

ïa aïàt-ha, pour un objet féminin.

Voici (pour le masculin), eȥ, eȥa, ha, hωȥa, hahωȥa, hanaza.

Voici (pour le féminin), hanaȥeh.

Quoi, Eh? interrogant, â, hal.

N’est-ce pas? a’ma, a-la, a’fa-la, a’lam, afalam, aω lam, aω-la.

Oui, certes, nảm, en, balä ađjal, đjîr, amîn.

Non, la, kolla (tout non), lam, ma, et lais.

Mais lais se conjugue en verbe; lais, il n’est pas, laist, tu n’es pas, laistom, vous n’êtes pas.

Nullement, lan, lan-ma.

Comment, kaif, anni; kaif ma, comment que, de quelque façon que.

Pourquoi, l’ma, l’aiῳ, l’ai-ῳai; pour quelle chose seulement, l’aiῳai faqaȶ.

Absolument tout-à-fait, b’el koll, kollian.

Plût à Dieu, puissé-je! lait, ïa lait!

Peut être, lảl, robb, robb-ma.

De même que, et comme si, k’ann, ka-ma.

Toutes fois que, tant que, koll ma.

Allons donc, or donc, eȥan, fa eȥan.

Beaucoup d’adverbes se forment de l’adjectif, en lui ajoutant la finale an.

Bon,ħasan;bien,ħasan-an.
Mauvais,arr;mal,arran.
Avec,mả,ensemble,mảan.
Éloigné,bĕïđ;de loinbĕïđân.
Premier,al;premièrement,alan.
Maintenant,elan;jusqu’à présent,elä elan.

Désormais, dorénavant, men elan.

Ou distinctif: l’un ou l’autre, aω, am, amma.

Mais, bal, laken, enn’ma.

Afin que, b’ma, l’kaï, l’kaïma.

Parce que, l’ann, bema.

De peur que, l’illa, kaila, l’kaïla.

Si conditionnel, pour le passé; lω, en, l’ain.

Sinon, ella, lωla; lωma.

Quoique, ωa en, ωa lω.

Or, fa enn, famma, enn, ennama, ann, amma pour ann-ma.