CHAPITRE PREMIER.


De la Langue Arabe, de ses Prononciations, et de ses Lettres alfabétiques.

La langue arabe, ainsi que nos langues d’Europe, est composée de trois élémens de prononciation, qui sont:

1o Les voyelles,

2o Les consonnes,

3o Les aspirations.

L’on appelle voyelle[113] tout son simple, indivisible, proféré par le gosier, sans le mélange d’aucun autre son qui en change la modification à l’oreille.

[113] Le mot voyelle vient du latin vocalis, son vocal.

Ainsi â dans âtre est un son voyelle qui continue d’être le même, encore qu’on puisse le proférer sur tous les tons de la gamme musicale; mais qui change et devient une autre voyelle sitôt que le gosier et la bouche prennent une autre ouverture, une autre disposition[114].

[114] Voici le mécanisme du son dans la gorge, soit de l’homme, soit des animaux. Le poumon contracté chasse l’air par le canal du larynx: cet air parvenu au tambour appelé pomme d’Adam, y rencontre deux membranes tendues sur ce tambour, comme on le voit dans les gosiers d’oie dont s’amusent les enfans. En passant entre elles, il les fait frémir, et ce frissonnement occasionne un son plus ou moins grave, plus ou moins aigu, selon qu’elles sont plus ou moins tendues, comme cordes, et plus ou moins ouvertes, comme instrumens à vent; en sorte que le tambour vocal est un instrument partie à vent et partie à cordes.

D’où il résulte 1o qu’il y a autant de voyelles que le gosier et la bouche prennent d’ouvertures différentes; par conséquent, que c’est une erreur d’avoir établi et de répéter, comme on le fait tous les jours, qu’il n’y a que sept voyelles: notre seule langue française en possède dix-sept très-distinctes.

2o L’on appelle consonnes les contacts de certaines parties de la bouche, telles que les lèvres, la langue, les dents; contacts qui par eux-mêmes sont sourds, non sonores, et ne se manifestent que par l’intermède nécessaire des sons voyelles qui les suivent, les précèdent ou les accompagnent. Ainsi b, p seuls et par eux-mêmes ne se peuvent prononcer, puisqu’ils sont un contact des deux lèvres, une véritable clôture de la bouche; et dans cet état on doit les appeler consonnes fermées: pour les prononcer, il faut nécessairement qu’elles soient précédées ou suivies d’une voyelle, comme , , ef, er, et dans ce second état je les appelle consonnes ouvertes.

3o On nomme aspiration une expulsion sèche de l’air par la gorge, sans accompagnement de son; c’est un souffle plus ou moins fort, mais sourd par lui-même, tel que la prononciation peinte par h, surtout chez les Allemands: c’est une espèce de consonne.

Il résulte de ces définitions, que la consonne, pour être proférée, ayant besoin de l’accompagnement d’un son voyelle, elle doit être considérée comme une vraie syllabe, c’est-à-dire comme un composé de deux élémens, ainsi que l’exprime son nom, consonans, sonnant avec un autre; tandis que le son vocal pur, ou voyelle, est un élément unique et indécomposable de la parole: et cette observation aura le mérite de nous donner la solution de plusieurs difficultés de l’alfabet arabe.

Non-seulement les Arabes parlent comme nous avec des voyelles, des consonnes et des aspirations, ils ont encore avec nous cela de commun, d’avoir représenté chacun de ces élémens de la parole par des signes attachés à chacun d’eux, et appelés vulgairement lettres alfabétiques.

Mais là commencent plusieurs différences. Nos lettres européennes venues des Romains se ressemblent toutes à peu près de nation à nation; celles des Arabes au contraire sont originales dans leur genre: nous écrivons de gauche à droite; les Arabes écrivent de droite à gauche: nous ne comptons que vingt-cinq lettres; les Arabes en comptent vingt-huit: nous écrivons tous les sons que nous prononçons; les Arabes n’en écrivent presque réellement que la moitié. Voilà les différences qu’il s’agit de faire disparaître, et pour cet effet il faut les bien connaître et les bien analyser.

Si l’on en croyait quelques grammairiens européens, les vingt-huit lettres de l’alfabet arabe seraient toutes des consonnes; mais si, comme il est vrai, les consonnes ne se peuvent prononcer sans voyelles, il faut, ou que plusieurs de ces lettres représentent des voyelles, ou qu’il y ait des voyelles supplémentaires à l’alfabet; et ces deux cas se trouvent également vrais.

Nous allons donner le tableau des vingt-huit lettres arabes, telles que les rangent ordinairement les grammairiens: il est indispensable au lecteur de l’examiner avec attention, afin de bien saisir les raisonnemens dont il va être le sujet. (Voyez le Tableau ci à côté.)

D’abord l’on remarquera que, sur ces vingt-huit lettres, dix-sept représentent des prononciations absolument les mêmes que dans notre langue française; en conséquence, je les exprime par nos propres lettres, sauf quelques observations qui suivront ci-après.

ALFABET ARABE
SELON L’ORDRE VULGAIRE.

LETTRES
ARABES.
VALEUR
EN FRANÇAIS.
LETTRES
ARABES.
VALEUR
EN FRANÇAIS.
1 اa15 ‏ض‎
2 بb16 ‏ط‎
3 تt17 ‏ظ‎
4 ث‎ 18 ‏‏ع‎‎
5 جdj19 ‏غ‎
6 ح‎ 20 فf
7 خ‎ 21 ‏ق‎‎
8 دd22 كk
9 ذ‎ 23 لl
10 ر‎r24 مm
11 ز‎z25 نn
12 سs26 وou
13 شché27 هh
14 ‏ص‎ 28 ىi
Page 208.No 1er.

Il reste onze lettres qui peignent des prononciations qui nous sont étrangères, et qu’il s’agit de bien définir afin d’y attacher des signes propres et particuliers.

Io La quatrième lettre ث est la même que le θ (thêta) des Grecs, et le th dur des Anglais dans les mots think (penser), with (avec); et non le th doux comme dans those (ceux-là), there (): pour prononcer cette lettre il faut appliquer le bout de la langue contre les dents supérieures; il en résulte un sifflement tenant de l’s mais que l’on ne peut bien exécuter qu’avec les leçons d’un maître. Dans quelques provinces d’Espagne le z se prononce de la même manière: les Français, les Allemands, les Italiens ne connaissent point cette consonne.

Chez les Arabes elle n’est pas universellement usitée. En Barbarie, à Bagdad, à Basra, dans le désert et l’Arabie propre, on la prononce exactement; mais les Syriens et les Égyptiens lui substituent tantôt le t et tantôt l’s; ainsi ils ne disent point θelâθé trois, mais telâté.

IIo La sixième lettre ح est une pure aspiration sèche, un véritable h plus dur que le nôtre. Je ne connais en Europe de comparaison à lui donner que la manière dont les Florentins prononcent le c devant a, o, u: car ils ne disent pas casa, core, cavallo; mais avec une aspiration forte et sèche, hasa, hore, havallo; ils rendent réellement le ح () arabe.

IIIo La septième lettre خ dont la figure ne diffère de la précédente qu’en ce qu’elle porte un point, est le jota des Espagnols, ch des Allemands (buch, un livre); c’est encore le χ des Grecs. Pour la prononcer il faut supposer que l’on veut cracher: dans cette position, la luette touche légèrement le voile du palais, et il en résulte une consonne que l’on n’imite bien qu’en l’entendant.

IVo La neuvième ذ lettre est le th doux des Anglais dans les mots those, there, that. Nul autre peuple ne l’usite en Europe: parmi les Arabes même, plusieurs pays ne l’usitent pas; l’Égypte et la Syrie la remplacent par d et par z.

Vo La quatorzième lettre ص est un véritable s, avec cette différence qu’il veut, pour être prononcé, un gonflement de gorge qui lui donne un ton dur et emphatique.

VIo La quinzième ض est un d prononcé avec la même emphase de dureté.

VIIo La seizième ط est un t également dur et emphatique.

VIIIo La dix-septième ظ est un z pareillement dur et emphatique.

IXo La dix-huitième ع est un véritable à prononcé de la gorge, à la florentine: il faut l’avoir entendu pour le bien concevoir.

Xo La dix-neuvième غ est tout simplement l’r grasseyé à la manière des Provençaux ou des Parisiens.

XIo Enfin, la vingt-unième ق a dans sa formation quelqu’analogie avec le jota espagnol ou arabe; car elle se prononce aussi avec la luette et le voile du palais; seulement elle exige un contact complet: il faut l’entendre pour la concevoir; nul peuple d’Europe ne la connaît. Chez les Arabes bédouins, et dans la haute Égypte on la prononce ga, go, gou; à Damas, on la supprime brusquement, ce qui produit un hiatus ou bégaiement fort désagréable à l’oreille: nos Européens la prononcent défectueusement, ca, co, etc.; mais alors même il y a de cette lettre à la suivante ك cette différence, que cette dernière est toujours prononcée comme un k mouillé, c’est-à-dire comme un k suivi d’i, ce qui s’opère en couchant la langue contre le palais: on dit kia, , ki, kio, etc.[115]; tandis que dans l’autre, ق, la langue ne touche que par sa racine le voile du palais, et que l’on prononce d’une manière sèche et rude qa, qo, qou, presque comme dans quoique[116].

[115] Cette différence est très-marquée dans les mots qalb, cœur, et kalb, chien: pour peu que l’on s’écarte de la juste prononciation, on commet une équivoque risible, comme ce prédicateur, qui disait: élevez votre chien à Dieu, pour dire élevez votre cœur.

[116] Nous ne parlons point du lamalef ﻻ, dont quelques-uns font une vingt-neuvième lettre, mais qui n’est que la réunion de l’a et de l’l.

A l’égard des dix-sept prononciations semblables aux nôtres, nous observerons que la cinquième lettre djé, se prononce diversement, selon les pays: en Égypte, on dit ga, gué, gui, etc.; en Barbarie, en Syrie et dans l’Arabie propre, l’on dit dja, djé, dji, etc.

De même le ك kef, se prononce chez les Bédouins comme le cz des Russes et des Polonais, c’est-à-dire presque comme notre tché, quoique plus doux: ainsi les Bédouins ne disent pas, comme les Égyptiens et les Syriens, kelb, un chien, mais tchelb ou tsielb.

Il nous reste à remarquer que sur ces vingt-huit lettres, quatre sont de véritables voyelles, savoir: a, i, ou et a guttural, ou ăïn; mais de plus, les Arabes emploient dans leur écriture d’autres signes qui, pour n’être pas compris dans l’alfabet, n’en sont pas moins des caractères alfabétiques, de véritables lettres voyelles, ainsi que nous allons le démontrer.

Et tels sont d’abord les trois signes appelés motions ou points-voyelles figurés َ , ِ , ُ ; ces signes, il est vrai, n’existent jamais seuls, et ils ne se montrent que comme des parasites, toujours attachés à d’autres lettres consonnes ou voyelles dont ils déterminent et modifient la prononciation, comme dans cet exemple بَ ba, بِ bi, bo بُ; mais si d’un côté ils n’existent que par d’autres lettres, il est certain d’une part que ces lettres, surtout les consonnes, ne peuvent se proférer sans eux, au point que l’absence des points-voyelles cause des équivoques qui ne se résolvent qu’en les retraçant. Rendons ceci plus sensible par la répétition de l’exemple déjà cité dans le discours préliminaire; nous y avons vu que les trois lettres k, t, b, forment un mot arabe écrit ainsi کتب: composé, comme il l’est, de trois consonnes, l’on ne peut le prononcer, il veut des voyelles; or, selon les signes-voyelles qu’on lui ajoutera, il prendra des sens différens ainsi qu’on le voit dans les mots suivans:

کَتَبkatab,il a écrit;
کُتِبkoteb,il a été écrit;
کُتُبkotob,des livres;
کَتّبkattab,il a fait écrire:

tous sens divers, déterminés seulement par les voyelles supplétives et sur-ajoutées, d’où il résulte plusieurs considérations remarquables.

Le première est que l’écriture arabe, telle qu’elle se pratique, c’est-à-dire, sans les points-voyelles, ne présente réellement que la moitié des mots; que leur squelette, auquel il faut ajouter les ligamens et les muscles; et cette addition de ce qui manque, en fait une divination perpétuelle qui constitue sa difficulté.

La seconde est que lorsque cette écriture est armée de tous ses signes et points accessoires, on peut dire qu’elle est écrite sur deux et même sur trois lignes, l’une composée des caractères majeurs et alfabétiques, et les deux autres composées des signes mineurs ou additionnels.

Or, comme cette distinction d’élémens qui sont réellement de même nature, est non-seulement inutile, mais encore défectueuse, ainsi qu’on le voit; il est bien plus simple de les faire tous rentrer dans une même ligne, et de rendre l’écriture une et complète[117].

[117] Il résulte encore de là que cette écriture est purement syllabique, et si l’on en recherche la raison, on la trouvera sans doute dans la définition que nous avons donnée de la consonne. Il paraît que les premiers grammairiens ayant remarqué comme nous, que la consonne emportait nécessairement avec elle sa voyelle, ils n’en firent qu’un tout, et qu’ils se contentèrent de peindre un seul signe représentatif des deux élémens.

La troisième est que les trois points-voyelles ont précisément le même son que les trois grandes voyelles de l’alfabet a, ï, ou, avec cette différence qu’ils ont brève la valeur que les grandes voyelles ont longue; ce qui est constaté 1o par l’oreille; car pour quiconque a écouté parler les Arabes et analysé leur système de prononciation, il est démontré que le premier point-voyelle appelé fatha َ a le son d’a bref; le second appelé kesré ِ a le son d’i bref, et le plus souvent d’é; et que le troisième appelé domma ُ a le son d’o et d’ou brefs; 2o par la figure même de ces trois points-voyelles; car il est évident à l’œil attentif que le domma ُ n’est que le diminutif de و, le fatha َ celui d’alef ا, et même le kesré ِ celui de l’ïé souvent rendu par ces traits non ponctués ‏ﯩ‎ ‏د‎ ‏ی‎.

Il résulte de là que la langue arabe nous présente déjà au moins sept voyelles très-caractérisées, savoir, quatre lettres alfabétiques ou majeures:

اâ longs,
یï
وou
عaguttural;

et trois supplémentaires ou mineures:

َ abref,
ِ ibref,
ُ obref.

Et il est remarquable que cette distinction de longues et de brèves est très-sentie dans la prosodie et dans la cadence des vers arabes; ce qui établit un rapport sensible avec les voyelles longues et les voyelles brèves des Latins et des Grecs, qui, comme l’on sait, reçurent leurs alfabets de l’Asie, et qui ont conservé aux lettres un ordre et une dénomination très-rapprochés de l’arabe[118].

[118] L’alfabet grec est évidemment modelé sur le syriaque à vingt-deux lettres, dont les Arabes ont pris, comme l’on sait, jusqu’à la figure, et auquel ils ont ajouté quelques lettres très-faciles à reconnaître, puisqu’il n’ont fait qu’ajouter des points à celles qui existaient. Il est d’ailleurs remarquable que les Grecs ont aussi précisément sept voyelles, et qu’ils semblent avoir fait une opération analogue à celle que j’exécute aujourd’hui, en faisant rentrer tout ce qui était sous-entendu ou tracé dehors.

Mais ce n’est pas tout: ces mêmes points-voyelles appliqués aux voyelles majeures de l’alfabet, les modifient encore de manière qu’il en résulte de nouvelles voyelles, distinctes des unes et des autres, et formées à la manière de nos diphthongues: c’est ce que va rendre sensible le tableau suivant.

EXEMPLE.
1اَ vautâ.
2اِé.
3اُo.
4یَai ou ê.
5یِî.
6یُincompatible.
7وَou ô.
8وِincompatible.
9وُoû.
10عَả guttural.
11عِè guttural.
12عُo ou eû guttural.

Ce tableau analysé nous fournit cinq nouvelles voyelles, savoir:

Le no 2اِâ combiné avec i, que les Arabes prononcent exactement é.
4ىَa bref avec i, faisant ai ou ê, comme dans le français.
7وَa bref devant ou faisant ô long, précisément comme au français.
11عِảïn avec i bref faisant è guttural ouvert et aigu.
12عُảïn avec ou bref faisant o ou eu guttural.

Enfin, il faudrait aussi compter pour voyelle distincte le no 3, اُ â avec ou bref faisant o moyen; mais comme le domma lui-même se prononce o, il devient inutile de multiplier les êtres.

Maintenant si nous comptons les voyelles arabes au total, nous en trouverons effectivement douze, comme on peut le voir au tableau ci-après. (Voyez le [tableau], no 2.)

A quoi il faut joindre les trois nunnations ou nasalemens, on ٌ , an ً , en ٍ ; terminaisons fréquentes des mots dans l’arabe littéral; ce qui présente, comme l’on voit, un canon alfabétique bien plus étendu qu’on n’a voulu le croire jusqu’à ce jour.

Or si, comme il est vrai, la perfection d’un alfabet consiste à offrir la liste complète de toutes les prononciations d’une langue, et à peindre chaque voyelle ou consonne d’un signe propre et distinct, simple et indivisible comme elle, il est évident que l’alfabet actuel des Arabes n’est pas moins défectueux que la plupart de nos alfabets d’Europe; qu’il se ressent comme eux de l’inexpérience des siècles où il fut composé[119], et que c’est rendre un vrai service à la science et à la communication des peuples que de le ramener à un état de précision et de simplicité qui débarrasse la langue de ses difficultés accessoires: c’est ce que j’ai exécuté dans le tableau ci-joint, dont je vais donner l’analyse. Tous les signes de l’écriture arabe s’y trouvent rassemblés; tous y reçoivent un équivalent en caractères européens déjà existans ou de convention; ils y sont tellement combinés qu’ils forment un système d’écriture homogène et régulier avec lequel l’arabe, le persan, le turk, et toutes les langues peuvent s’écrire comme on les parle. Dans la description des lettres, je n’ai point suivi la routine accoutumée qui mêle indistinctement les voyelles, les consonnes, les aspirations: je procède par un ordre méthodique fondé sur la nature des prononciations; et, les considérant relativement aux organes dont elles émanent, je les classe par familles d’espèces semblables, ainsi que le tableau va l’expliquer clairement.

[119] La bonne composition d’un alfabet est un ouvrage plus abstrait, plus difficile qu’on ne le pense communément; ce n’est, pour ainsi dire qu’en ces derniers temps que l’on en a bien conçu le mécanisme: ceux de toutes les langues d’Europe sont à refaire, particulièrement ceux des langues anglaise et française, dont l’incohérence et la barbarie sont dignes des siècles qui les ont vu naître.

Voyez le tableau général ci-contre (no 2), et suivez attentivement le renvoi de chaque numéro à chaque lettre: l’intelligence de tout cet ouvrage dépend entièrement de celle de ce tableau.

ALFABET ARABE,
TRANSPOSÉ EN CARACTÈRES EUROPÉENS,
A L’USAGE DES VOYAGEURS ET NÉGOCIANS EN ASIE ET EN AFRIQUE.

NOMBRE.LETTRES ARABES.LETTRES
EUROPÉENNES.
VALEUR
DES LETTRES.
EXEMPLES.OBSERVATIONS.
V
O
Y
E
L
L
E
S.
I.1‏ا‎ ‏اَ‎1 â,â ouvert ou longcomme dans bleuâtre.Les six figures no 1er se prononcent toutes â long, et doivent se peindre par cette lettre mais, pour conserver leur distinction, il convient de leur attacher des signes propres, comme ä pour ىَ;
2‏آ‎ ‏اُ‎2 a’,
3‏ىَ‎3 ä,
II.đarab
il a frappé,
‏ضَرَب(َ )aa brefparasol.
III.eđreb
frappe,
‏اِضْرِب‎اِ (ِ )ée moyenespérance.
IV.ommo
mère,
‏اُمُّ‎اُ (ُ )oo moyen ou brefobole.EXEMPLE.
ra
رَمىَ
il a jeté.
V.bait
maison,
‏‏بَیٺ‎یَ‎aiai ou êmaître.
VI.‏یِ‎î ou ïî longîle (en mer).Cette figure no VII, la même que dans le no III, ne doit se rendre par i que dans les terminaisons grammaticales.
VII.(ِ )ii breffini.
VIII.sωq
marché,
‏سوُق‎وُ‎ωoû françaisvoûte.EXEMPLE.
b’esmi allâhi,
au nom de Dieu,
‏بِسْمِ ٱللَّهِ‎
IX.ʆῶt
la voix,
‏صوَت‎‏وَ‎ô profondmôle.
X.ảdl
justice,
‏عَدْل‎‏عَ‎à du fond de la gorge A la fin des mots ة prend souvent deux points, et se prononce at et et.
Il devra s’accentuer àt, afin de le distinguer de ات qui s’écrira toujours avec le romain ât.
XI.ĕlm
science,
‏‏عِلمْ‎عĕè de même
XII.ỏrđ
honneur,
‏‏‏عُرضْ‎‏عُ‎ò et eù de même
A
S
P
I
R
A
T
I
O
N
S.
I.
lui,
‏هُو‎‏ه‎hh françaishonte.
II.ɦorriàt
liberté,
‏حُرّيَة‎‏خ‎ɦh très-durDÉNOMINATION.

C
O
N
S
O
N
N
E
S.
I. Labiales ‏م‎m ma.Les Arabes n’ont point le v, qu’il faut appeler va, et qui est la mineure de fi, comme m du , et du .
II.‏بb bé.
III. Labiodentale ‏فf fi.
IV. Dentales douces ‏دd da.
V.‏ضđđ durđo.
VI. Dentales dures ‏تt ta.
VII.‏طȶȶ durȶo.
VIII. Zedantes douces ‏ذȥth anglais doux (those).ȥal.
IX.‏ثθth anglais dur (think)θêta grec.
X. Zedantes dures ‏زzzzed.
XI.‏ظʓʓ durʓo.
XII. Sifflantes ‏سsssa.
XIII.‏صʆʆ durʆo.
XIV. Chuchotantes ‏جđj đja.
XV.‏شch français, sh anglaisch.
XVI. Linguales ‏رrrra.
XVII.‏لlllé.
XVIII.‏نnnno.
IX. Glottales ‏غγ gamma grecr grasseyéγamma.
XX.‏خχ jota espagnol χota.
XXI.‏قq ou ga qâf.
XXII. Palatiale ‏كkkké.
Total.36.( ٌ on), ( ً an), ( ٍ en).
Page 219.No 2.
ANALYSE DU TABLEAU.
a long.

Le no 1er offre sous plusieurs formes un même â ouvert ou long[120], tel que nous le prononçons dans âtre (du foyer), noirâtre.

[120] En Syrie, surtout à Alep, on prononce volontiers cet a en ê; et dans quelques endroits, tels que le canton de Sidnaïa, on le prononce ô; mais ce sont des prononciations vicieuses.

Je n’ai donné à l’a qui leur correspond ces trois modifications, a, a’, ä, que pour indiquer les formes diverses de l’alef arabe. La plus remarquable, ä, sera toujours affectée à l’ىَ.

EXEMPLE.

رَمىَ ramä, il a jeté. مَلىَ malä, il a rempli.

En général, cet a représentant l’alef dans toutes ses modifications, doit être et sera toujours peint dans mon système par l’a romain, tandis que le fatha َ ou a bref, no II, sera toujours peint par l’a italique; ce qui conservera même dans l’alfabet transposé la distinction de l’a radical avec l’a motion.

Il est à remarquer qu’à la fin des mots féminins le ه se prononce aussi a, et qu’avec deux points ۃ il se prononce at, ce qui arrive surtout quand le mot suivant commence par une voyelle.

EXEMPLE.

marràt ωâħedàt, une fois seule: cet a sera peint par àt italique accentué en à pour le distinguer des terminaisons d’une autre espèce.

e.

Le no III est notre e moyen, comme dans espérer: il est formé de deux manières en arabe, tantôt par اِ, tantôt par kesré seul ِ : le son est exactement le même en arabe qu’en français; mais pour en distinguer la source, je peindrai toujours اِ par e romain, et le kesré par e italique. D’ailleurs il faut remarquer une fois pour toutes que jamais le kesré ِ n’a lieu que dans le corps des mots, et que quand ils commencent par E, c’est toujours اِ.

EXEMPLE.
o.

Le no IV a également le son d’o sous deux formes: la première اُ a lieu surtout au commencement des mots.

EXEMPLE.

La seconde ُ n’a jamais lieu au commencement, mais seulement après d’autres lettres. Par exemple, ʓor dans onʓor; قُبرُس qobros, l’île de Cypre.

Ces figures sont quelquefois prononcées eu, e, et ou bref, selon les divers peuples. Par exemple, les Alépins disent eumm, mère; les Turks même les prononcent u; mais il suffit de savoir que o représente اُ et ُ , pour lui donner ensuite la valeur usitée dans le pays.

ai ou ê.

Le no V est absolument notre français dans maître, le même que ê ouvert dans être, fenêtre. J’avoue que c’est un défaut de représenter ce son par les deux lettres ai; mais il en résulte un avantage précieux, en ce que très-souvent un nombre singulier en ai ne fait que retourner au pluriel la diphthongue, et se prononce en ia.

EXEMPLE.

dair, maison; diâr, les maisons: bair, puits; biâr, les puits. Dans tous les cas, l’i radical se remontre d’une manière ou d’une autre.

EXEMPLE.

bait, maison; biωt, plusieurs maisons; ῳaix, vieillard; ῳîωx, les vieillards: et cet avantage ne se trouverait pas dans la lettre é.

i long.

Le no VI est notre î bien appuyé, bien senti: il sera toujours peint ï ou î.

i bref.

Le no VII est une seconde fois le kesré ِ , avec cette différence que, prononcé é dans le corps des mots de l’arabe vulgaire, il se prononce i dans l’arabe littéral ou savant, surtout dans les terminaisons grammaticales; en conséquence, je distinguerai toujours cet état par l’i italique, qui évitera toute confusion avec l’i romain affecté pour l’i radical.

ω.

Le no VIII est notre son voyelle ou. Ce son étant simple, indivisible, c’est un défaut de le peindre par deux lettres; je leur substitue donc le double w des Anglais, sous une forme commode à écrire ω.

ô ouvert.

Le no IX est notre son voyelle ô ouvert, le même que au dans pauvre: il est à remarquer que l’arabe le forme de la même manière que nous par la réunion d’a et d’ou. Je l’ai représenté par ῶ surmonté d’un petit a, parce que cette diphthongue se renverse comme la précédente.

EXEMPLE.

ʆaωȶ, la voix; aʆωaȶ, les voix: zaωđj, le mari; zωađjàȶ, les maris.

ả a guttural.

Le no X représente l’à guttural pur et simple.

ĕ è guttural.

Le no XI est l’è guttural, qui a lieu surtout à la fin des mots.

EXEMPLE.

qâȶĕ, tranchant.

ỏ ò guttural.

Enfin le no XII est un son guttural, prononcé tantôt comme ò, et tantôt comme .

EXEMPLE.

qỏod, assieds-toi; el borqỏ (eu), voile du visage.

Ces différences dépendent de l’usage du pays; il suffit de savoir que l’ảïn affecté d’un domma ُ , est représenté par ỏ.

A ces voyelles, il faut ajouter les trois finales nasales on, en, an, qui n’introduisent aucun son nouveau, et que par cette raison nous exprimons avec des figures déjà employées; il n’en résulte pas de confusion pour on et en, en ce que nulle autre terminaison ne leur ressemble, mais an, ayant deux analogues, veut des signes distinctifs. Nous avons donc approprié la figure an italique, à ً pur et simple.

EXEMPLE.
đarban, coup, ضَرْبً.
et celle de a’n à اً đarbâ’n, ضَرْباً.
et celle de an simple à ان, eθnan, اِثْنان
Des Aspirations.
h doux.

Le no I est notre h dans les mots honte, Hollande; les Arabes en font une consonne qu’ils emploient ouverte ou fermée également.

EXEMPLE.
haωâ,l’air.
behi,beau.
bahhah,gaîté, amusement.
nahr,ruisseau.
onhor,les ruisseaux.

Il ne faut pas prononcer béï, nâr, onor; mais bé-hi, na-hr, on-hor, en faisant bien sentir l’h, sans quoi il naîtrait mille équivoques; par exemple, nar, veut dire feu; nehar, jour; béï, en moi.

ħ dur.

Le no II est l’ħ dur, prononcé d’une manière forte: les voyageurs européens l’expriment souvent par deux hh; mais comme ils ajoutent aussi un h à plusieurs consonnes telles que đ, ch, etc., il en résulte une répétition d’h dans un même mot, qui en détruit la simplicité. La figure que nous adoptons évite ce défaut; elle est facile à peindre, et facile à distinguer du petit h par son ligament supérieur, qui dans l’écriture devra toujours être bouclé ainsi ħ, tandis que l’h mineur sera toujours un trait sec.

L’ħ dur est une des lettres arabes les plus difficiles à prononcer, surtout lorsqu’il est dans l’état de consonne fermée.

EXEMPLE.

Quelquefois il n’a pas même de voyelle devant lui, comme dans malħ, sel.

Alors il faut supposer qu’il y a un è, et prononcer brièvement malèħ.

Mais un maître seulement peut bien diriger ces prononciations.

Le reste des consonnes a moins de difficultés; il n’en existe point sur m, ni sur b. Les Arabes n’ont pas le p, qui est la troisième labiale, ils le trouvent trop dur et le remplacent par b; mais les Turks et les Persans l’ont et le peignent par پ.

Les Arabes manquent aussi du , quoique la plupart des drogmans européens veuillent prononcer ainsi le ω; mais c’est une prononciation vicieuse qu’ils imitent des Turks dont ils sont les élèves.

Le , qui est la consonne majeure de , est chez les Arabes le même que chez nous.

Il en est ainsi de toutes les lettres suivantes, lorsqu’elles n’ont pas de forme ou de signe particulier; il nous suffira d’expliquer celles qui ont de nouveaux signes.

Le no V exprime le đ dur: nous l’avons distingué du d doux, en lui attachant au sommet de la tige un ligament qui tient de l’o; ce qui convient d’autant mieux, que ce đ, dans sa prononciation, semble imprimer le son d’o à toutes les voyelles qui l’approchent.

La même observation a lieu pour les trois autres consonnes ȶ dur, no VII; ʓ dur, no XI; ʆ dur, no XIII; aussi leur attachons-nous le même signe, et dans leur dénomination les distinguons-nous par la voyelle o qui les suit et qui retrace leur caractère[121].

[121] La planche gravée indique la manière de tracer ces signes distinctifs, d’une manière courante dans l’écriture. (Voyez pl. Ire.)

Le no VIII représente le ȥal. Les Égyptiens et les Syriens lui substituent tantôt d, tantôt z, comme nous l’avons dit: il suffira de savoir que partout il sera peint par notre ȥ barré, comme l’on voit dans le tableau, sauf à le prononcer selon l’usage des lieux.

Le no IX est le θêta grec que nous adoptons sans altération comme une lettre simple et commode, sauf encore à la prononcer t ou s, à la manière des Syriens et des Égyptiens; car ils prononcent etnân pour eθnân, deux.

Le no XII est notre s, qui jamais ne doit prendre dans l’arabe le son de z que nous lui donnons dans rose, close.

Le no XIV, đj, a l’inconvénient de porter deux lettres à-la-fois, mais les Arabes les font sentir très-distinctement; et l’on ne peut employer ici le g italien, parce que devant a, o, ω, il faudrait ajouter un i; que si l’on prononçait ga, go, à la manière des Égyptiens, il faudrait ajouter u devant é et i, pour faire gué, gui, ce qui romprait la simplicité que l’on doit se proposer. Nous avons remédié à cet inconvénient par la forme liée de la lettre đj qu’il faut prononcer dgé.

Le no XV est une lettre nouvelle pour peindre notre consonne ch. Chez tous les peuples d’Europe cette consonne a le double défaut d’être peinte par des lettres multiples et diverses. Les Anglais la peignent par sh; les Allemands par sch; les Polonais par sz; les Italiens par sci; nous par ch; et cela par la raison que les Grecs et les Romains n’ayant point cette consonne, les Barbares du Nord qui leur ont succédé n’ont pas eu l’art d’ajouter une lettre à leur alfabet. Il eût été à désirer que l’on pût adopter le ش arabe, mais dans notre écriture à la main il se confondrait avec l’m. Nous avons donc préféré d’imaginer un signe nouveau, et celui que nous adoptons a le double mérite de conserver des rapports avec la lettre arabe, et même avec le ja qui est sa consonne mineure, puisque le ῳ est composé du jambage j dans son milieu, avec seulement deux ailes latérales: pour le bien former dans l’écriture, voyez la planche no Ier.

Nous n’avons pas la même peine pour l’r grasséyé, no XXI, parce que le γ des Grecs l’exprime exactement; car les Grecs ne prononcent pas gamma, mais ramma, en grasséyant l’r.

Pour le no XX, nous adoptons le χ grec qui ne doit pas se prononcer iks; mais comme le jota espagnol et le ch allemand: lorsque la prononciation ks se trouvera en arabe, nous la peindrons par ks, qui est un signe composé et divisible comme elle.

EXEMPLE.

Maksωr brisé, venant de kasar briser, où l’on voit k, s, divisés.

Nous n’ajouterons rien à ce que nous avons dit sur q, sinon qu’il ne prendra jamais d’u à sa suite, et qu’il s’écrira qa, , qi, etc.

Nous n’avons rien à ajouter non plus à ce que nous avons dit de k.

Tel est notre système d’écriture dont l’usage démontrera une foule d’avantages précieux de facilité et de simplicité; il a entre autres le mérite de rendre nuls cinq signes usités dans l’arabe, dont les règles sont on ne peut plus embarrassantes. Le premier est le đjam ْ ou signe du repos d’une consonne, c’est-à-dire qui désigne qu’elle est fermée ou sans voyelle après elle.

EXEMPLE.

ضَربْ đarb, un coup; et non pas ضَرَب đarab, il a frappé.

Ce signe devient nul par la nature même de notre écriture européenne.

Le second est le taῳdîd ّ qui désigne que la lettre est redoublée.

EXEMPLE.

Ce signe devient également nul, puisque toute lettre prononcée est écrite.

Le troisième est le hamza ٔ qui avertit qu’il y a un a absent, ou changé en une autre lettre.

EXEMPLE.

Ce signe est encore nul, soit parce que nous écrivons les lettres absentes, soit parce que nous appliquerons à sa place une virgule qui indiquera une élision.

Le quatrième est le madda ٓ ou extenseur de l’alef final, qui se place devant le hamza, et ce signe est entièrement inutile.

Enfin le cinquième est le ωesla ٱ , aussi exclusivement attaché à l’alef initial, pour indiquer qu’il disparaît par la lettre qui termine le mot antécédent.

EXEMPLE.

prononcez: ỏmq os’ sama-i, la profondeur du ciel.

Nous remarquerons plusieurs règles dans cette phrase; 1o l’effet du ωesla qui indique de prononcer o’l au lieu de al; 2o l’effet du hamza sur samâ; 3o l’effet du taῳdid qui indique de redoubler l’s et de dire ossama, au lieu de ol sama; mais toutes ces règles si embarrassantes dans l’arabe, disparaissent dans notre méthode. Nous laisserons donc à part tous ces signes minutieux et embarrassans; et supprimant ainsi, à l’avantage des novices, plus d’un quart de la grammaire d’Erpenius, nous allons produire la langue arabe dans toute sa simplicité et sa pureté.