CHAPITRE V.


Des Conjugaisons dérivées.

Les conjugaisons dérivées sont au nombre de douze, ce qui, avec la première que nous venons de voir, forme treize conjugaisons pour la première classe; le tableau ci-joint (no 3) en donnera une idée plus claire que tout ce que nous en pourrions dire en détail; il suffira d’y ajouter quelques observations.

La première est que les douze formes que présente ici le verbe naʆar, sont purement fictives, attendu qu’aucun verbe ne se combine de toutes ces façons; un grand nombre n’est usité que dans une forme; plusieurs le sont dans deux, trois, quatre et même jusqu’à six, mais aucun jusqu’à douze, soit en actif, soit en passif. Ce modèle sert seulement à indiquer comment se combinent les lettres radicales, les lettres ajoutées et les voyelles mineures intercalées.

CONJUGAISONS
DÉRIVÉES DU VERBE RÉGULIER.


ACTIF.

PRÉTÉRIT[129].PRÉSENT ET FUTUR.IMPÉRATIF.PARTICIPE.SUBSTANTIF.PRÉTÉRIT.
1 naʆar.iaor.onʆor.nâʆer.naʆr.il a aidé, etc.
2 naʆʆar.ïonaʆʆer.naʆʆer.monaʆʆer.tanʆîrân.il a fait aider, et il a rendu nazaréen.
3 nâʆar.ïonâʆer.nâʆer.monaʆer.monaʆaràt.
4 anʆar.ïoer.anʆer.moer.enʆârân.
5 tanaʆʆar.ïatanaʆʆar.tanaʆʆar.motanaʆʆer.tanaʆʆorân.
6 tanâʆar.ïatanâʆar.tanâʆar.motanâʆer.tanâʆoran.ils se sont entr’aidés.
7 ennaʆar.ïannaʆer.ennaʆer.monnaʆer.ennaʆâran.
8 entaʆar.ïantaʆer.entaʆer.montaʆer.entaʆâran.il a été aidé et délivré
9 enʆarar.ïaarar.enʆarer.moarer.enʆerârân.
10 estaar.ïastaer.eʆtaer.mostaer.estenʆâran.il a imploré l’aide
11 enʆârar.ïanʆârar.enʆârer.monʆârer.enʆirâran.
12 enʆωʆar.ïansaʆer.enʆaʆer.mooʆer.enʆiʆâran.
13 enʆaωar.ïoaωer.enʆaωer.moaωer.enʆωâran.
[129]Dans l’arabe littéral, toute la colonne des prétérits ajoute un a à l’r, et l’on dit naʆara;naʆʆara, etc. Toute la colonne du présent change cet a en o: ïaoro, ïanaʆʆero, etc. L’impératifn’ajoute rien, et les deux autres colonnes, le participe et le substantif se déclinent comme les noms.
No 3.Page 272.

La première forme, dite primitive ou radicale, a une signification simple, soit active, comme:

naʓaril a vu.
naʆaril a aidé.
đarabil a frappé.

soit neutre comme ħazen, il a été triste.

La seconde forme naʆʆar, qui redouble sa deuxième radicale, et la quatrième anʆar, désignent l’action de faire faire, et s’appellent par cette raison factitives.

EXEMPLE.
naʆʆar, anʆaril a fait aider.
ħaȥȥanil a fait triste, il a affligé.

La troisième forme nâʆar, exprime une action sur la personne ou la chose dont on reçoit une action semblable. On peut l’appeler forme réciproque.

EXEMPLE.

đârab-ni il me frappa le premier (mais je le lui rendis); il me provoqua.

La sixième désigne une action réciproque et concurrente.

EXEMPLE.
tađârails s’entrebattirent.
tanâʆails s’entr’aidèrent.

Les cinquième, septième et huitième forment des passifs.

EXEMPLE.
tảallamil a été instruit.
enkasaril a été brisé.
eqtaʆaril a été abrégé.

La dixième exprime par le mot est le désir de faire.

EXEMPLE.
estaȶảamil a désiré de goûter.
estaγferil a demandé grace.

La neuvième et la onzième sont consacrées à exprimer l’état intense des couleurs ou des difformités.

EXEMPLE.
du terme aʆfaril a été jaune, l’on fait
eʆfarraril a été d’un jaune vif, très-jaune.
esfâraril a été excessivement jaune.
eđxamam et eđxâmam il a eu la bouche de travers.

La douzième et la treizième sont d’un usage infiniment rare, elles expriment aussi une intensité de l’action ou de la qualité.

EXEMPLE.
xaanil a été âpre.
exῳaωῳanil a été très-âpre.
ảlaȶil s’est attaché, il s’est collé.
eảlaωωaȶil s’est fortement attaché.

Quant aux passifs, il n’y en a qu’un très-petit nombre d’usités; et ce sont ceux de la première et de la seconde forme dont nous allons donner un exemple pour servir de modèle à tous les verbes de ces deux formes.

Passif du verbe régulier naʆar.

PRÉTÉRIT.
noʆerail a été aidé.
noʆeratelle a été aidée.
noʆertatu as été aidé. masc.
noʆertitu as été aidée. fém.
noʆertoj’ai été aidé.
noʆerω (en littéral noʆerωâ) ils ont été aidés.
noʆernaelles ont été aidées.
noʆertomvous avez été aidés.
noʆertonnavous avez été aidées, fém.
noʆernânous avons été aidés.

L’on voit que dans le passif, la première radicale se prononce en o, la deuxième en e, et la troisième en o dans le littéral; car dans le vulgaire, on dit simplement noʆer.

Dans le littéral on dit pour le duel:

noʆeeux deux ont été aidés.
noʆeraelles deux ont été aidées.
noʆertovous deux avez été aidés.
PRÉSENT ET FUTUR.
ïoaroil est ou sera aidé.
toarelle sera aidée.
toartu seras aidé. masc.
toatu seras aidée. fém.
onʆaroje serai aidé.
ïoarωnils seront aidés.
ïoarnaelles seront aidées.
t’oarωnvous serez aidés. masc.
t’oarnavous serez aidées. fém.
n’oaronous serons aidés.

Le présent et le futur, comme l’on voit, tournent les trois radicales comme dans l’actif, avec la différence des voyelles supplétives qui sont o, a; et comme à la troisième personne singulière le pronom a ne peut se montrer comme dans a-nʆor, le petit o caractéristique devient dominant, et remplaçant cet a, il produit o-nʆar; ce qui est une règle générale dans tous les passifs de cette classe.

Dans le littéral, on dit pour le duel:

ïoarânieux deux seront aidés. masc.
toarânielles deux seront aidées. fém.
toarânivous deux serez aidés. commun.

Pour former l’impératif on se sert des personnes du présent, auxquelles l’on ajoute la particule l’.

l’toarsois aidé.
l’ïoar, etc.qu’il soit aidé.
PARTICIPE SINGULIER.PLURIEL.
masc. manʆωronaidé;manʆωrωnaaidés.
fém. manʆωràtonaidée;manʆωrâtaaidées.

Dans le littéral on dit pour le duel:

manʆωrânieux deux aidés.
manʆωratânielles deux aidées.

Les substantifs sont tantôt en a, i, comme naʆir, tantôt en a, ω, comme naʆωr; et souvent ils manquent et s’empruntent des autres conjugaisons.

Quant au passif de la conjugaison no 2, naʆʆar, il se forme en o, e, a pour le prétérit; en o, a, e pour le présent; et en o, a, a pour le participe.

EXEMPLE.
PRÉTÉRIT.PRÉSENT ET FUTUR.IMPÉRATIF.
noʆʆera.ïonaʆʆero.l’ïonaʆʆer.
PARTICIPE.SUBSTANTIF.
monaʆʆar.tanaʆʆir.

Mais cette classe de passifs est peu employée dans l’arabe vulgaire, et l’on s’y sert plus généralement de la forme 5, tanaʆʆar, de la forme 7, ennaʆar, et de la forme 8, entaʆar.

C’est au dictionnaire, composé selon notre méthode, qu’appartiennent les remarques convenables à cet égard; la multitude des exceptions dans les grammaires embarrasse et décourage les commençans, et il leur est plus utile et plus agréable de ne les apprendre qu’à mesure du besoin qui alors fixe mieux leur attention.

Verbes à quatre lettres.

Quelques verbes font exception à la règle générale des trois lettres radicales, et en ont quatre comme daħrađj, il a roulé, qaar, il a lié par étranglement. Ces verbes suivent la forme no 2, c’est-à-dire que privant de voyelle la seconde radicale, ils prononcent leur prétérit en a, a; leur présent et futur en o, a, e, et leur participe en o, a, e comme naʆʆar.

EXEMPLE.
PRÉTÉRIT.PRÉSENT ET FUTUR.IMPÉRATIF.PARTICIPE.
daħrađja.ïodaħređj.daħređj.modaħređj.

Quant au substantif, l’on dit tantôt daħrađjàt, et tantôt daħrađjâ’n.

Le passif se conjugue en o, e, a comme noʆʆera.

EXEMPLE.
PRÉTÉRIT.PRÉSENT ET FUTUR.IMPÉRATIF.
doħređja.iodaħrađjo.l’ïodaħrađj.
PARTICIPE.SUBSTANTIF.
modaħrađj.modaħrađjân.

C’est encore au dictionnaire à indiquer les exceptions.